Josh Ritter : Golden Age Of Radio (2004)  (*** 2000's ***) posté le dimanche 23 juillet 2006 13:05

Genre  :  Pop Rock Canada
Note :  ***


Le deuxième album de Josh Ritter arrive aujourd’hui en France avec plus de trois ans de retard. Le succès d’estime récolté par le pourtant très inégal Hello Starling n’est probablement pas autant responsable de cette (re)sortie que la série TV Six Feet Under, qui clôt l’un de ses épisodes par Come And Find Me. Le meilleur titre d’un album qui doit beaucoup plus aux légendes du folk américain qu’au talent supposé de ce jeune songwriter. En effet, si le but avoué de Golden Age Of Radio était de faire des courbettes à Dylan, de baiser les pieds de Johnny Cash ou de louer l’esprit de Nick Drake, la réussite est indéniable. La comparaison est forcément démesurée, mais l’initiative en revient à Ritter lui-même, dont les refrains et les arpèges sont au mieux des hommages appuyés, au pire de vagues copies appliquées. En revanche, si l’on juge ce disque sur la seule qualité d’écriture de ses chansons, les illusions de la première écoute s’effondrent subitement. Il est d’autant plus regrettable d’entendre Josh Ritter se fourvoyer par d’insipides et laborieux décalques quand les vraies réussites reposent sur des idées et des mélodies personnelles, pas toujours aussi accrocheuses dans la forme (encore que), mais réellement plus touchantes. S’affranchir de ses maîtres sans toutefois les renier. Tel est non pas la morale d’un mauvais film de kung-fu, mais un conseil qu’aurait pu lui inspirer l’écoute de contemporains autrement plus doués, le regretté Elliott Smith en tête.

Sylvain Collin dans magic n°78 de mars 2004
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Dans l’Idaho, les parents de Josh Ritter étaient neurologues. On les soupçonne d’avoir tenté d’inavouables expériences sur le système nerveux de leur fils : les nerfs en coton, il semble aujourd’hui étranger à toute tension, toute colère, toute anxiété. Apathique sympathique, il a ainsi passé une adolescence allongée en excellente compagnie : Leonard Cohen, Nick Drake, Townes Van Zandt ou Gillian Welch. Tous lui ont soufflé à l’oreille des règles élémentaires de simplicité, d’humilité, de sincérité. Aucun effet de manches, aucun trémolo de trop dans ce folk intemporel, dans ce storytelling fourmillant. Avec seulement une guitare, trop irriguée pour être sèche, et une voix riche et plaintive, Josh Ritter installe une quiétude alarmante, impose son bucolisme prosélyte. Et on finit le tendre Song for the Fireflies dans une profonde béatitude, les nerfs en pelote (de laine mohair). Les parents de Josh peuvent être fiers : leur fils soigne.

Simon Triquet dans Les inrockuptibles du 20 janvier 2004
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JOSH ROUSE : Under Cold Blue Stars (2002)  (*** 2000's ***) posté le dimanche 23 juillet 2006 12:51

Genre  :  Pop Rock USA
Note :  ****


Il y a des disques dont on n’a presque rien à dire, puisqu’il y a si peu à redire. Accoler une série d’adjectifs doucereux et flatteurs au gré de ces onze parfaites mélodies, cela serait encore la façon la plus simple de parler de la musique de Josh Rouse, qui compte aujourd’hui parmi les plus délicats arrangeurs-compositeurs de la scène folk pop. Avec son troisième Lp, ce Nashvillien pourrait enfin connaître la notoriété d’un Mark Everett (Eels) ou d’un Mark Linkous (Sparklehorse). Ses fines programmations s’enchevêtrent magistralement avec les cuivres et les violoncelles, et les claviers servent une fidèle et toujours subtile section rythmique. De sa collaboration passée avec Kurt Wagner (Lambchop), Josh en a gardé ce qui lui faisait sûrement le plus défaut : la densité. Non pas qu’auparavant sa musique manquait de profondeur, mais les petites histoires richement ornées de ce Under Cold Blue Stars marquent une nouvelle ère dans sa discographie. À force de travail, Rouse a indéniablement trouvé l’accord parfait, la rime adéquate. Sans faille, cet album devrait trouver preneur chez tous les mélomanes abonnés aux refrains implacables et sans mauvais goût. Rare.

Stéphane Mottet dans magic n°58 de février 2002
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Depuis trois albums, Josh Rouse réussit à sublimer le rock des grands espaces, à dépoussiérer tous les clichés du rêve américain avec grâce et légèreté. D’apparence, sa recette ne révèlera aucun ingrédient réellement étrange : sur Under Cold Blue Stars, on a droit à d’accrocheurs entrelacs mélodiques, de ravissants chorus de guitare et de soudaines poussées de fièvre qui retombent en douceur. Avec quelques phrases aux lèvres, comme sur la mini-symphonie domestique Summer Kitchen Ballad, il brosse de charmants petits tableaux à qui son lyrisme étranglé insuffle suffisamment de vie pour hanter la mémoire. Mais le songwriter, aussi intéressé par les fêlures, attend son heure. Avant qu’il ne dévoile sa part d’ombre, on se contentera largement de ces fulgurances de pop campagnarde (Miracle, Nothing Gives Me Pleasure). Convaincant appel à l’évasion, le final The Whole Night Through ("Tout ce dont nous avons besoin maintenant/est un endroit pour se coucher/et rêver toute la nuit") rappelle même l’ambigu Gram Parsons, autre voix d’ange perdue dans le rock.

Vincent Brunner dans Les inrockuptibles du 4 avril 2002
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TRAM : A Kind Of Closure (2002)  (*** 2000's ***) posté le dimanche 23 juillet 2006 12:45

Genre  :  Rock alternatif UK
Note :  ***


Paul Anderson et Nick Avery ont su toucher droit au cœur les amateurs de pop mélancolique avec deux très bons albums, dont le gracieux Frequently Asked Questions. Et alors que les accords laconiques de Now We Can Get On With Our Own Lives résonnent encore dans nos cortex, le duo londonien livre un troisième opus plus douloureux que le précédent. A Kind Of Closure, un quasi concept album sur le thème de la rupture, est d’une tonalité nettement plus cafardeuse, et d’une facture beaucoup plus élaborée. Car si Tram avait un petit quelque chose de lo-fi à ses débuts (Heavy Black Frame), ça n’était probablement qu’une simple question de moyens. Depuis, le groupe n’a cessé d’évoluer vers une mise en forme opulente, des arrangements travaillés. Ainsi ce disque est-il truffé de cordes tremblotantes, de cuivres graves, de claviers dépressifs, ce qui donne pourtant un son assez chaud — une production habile, car en contrepoint avec la voix qui, elle, n’a jamais semblée aussi triste. Reste que ce qui fait de A Kind Of Closure le meilleur Lp de Tram à ce jour, c’est aussi et surtout qu’il contient les plus grandes chansons d’Anderson, songes nostalgiques et intimistes qui font honneur à ses influences américaines (Lambchop, Smog, Spain...) autant qu’aux oreilles les plus exigeantes.

Gilles Duhem dans magic n°62 de juin 2002
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Il faut de l'imagination à Tram pour envisager de tels espaces, un tel détachement dans un ville, Londres, aux horizons invisibles. Mais Tram, comme Dead Can Dance ou Low, vit à un autre rythme, une autre époque : les averses serrées de cordes, orgues et instruments précieux évoquent la mélancolie suintante de Thomas Hardy, la voix assexuée de Paul Anderson semble psalmodier le De Profundis d'Oscar Wilde. Tram joue ainsi la country-music d'une campagne blafarde et brûlée, à la quiétude et l'euphuisme d'autant plus dérangeants que tout ici appelle aux orages de larmes (Painful Education ou You Let Me Down font passer jusqu'aux proches Tindersticks pour Benny Hill). Les plus sensibles (et patients) offriront à ces larmoiements une épaule compatissante. Rien n'empêche les insensibles de mettre un grand coup de pied dans les tibias de Tram.

Simon Triquet dans Les inrockuptibles du 22 mai 2002
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DOMINIQUE A. : Auguri (2001)  (*** 2000's ***) posté le dimanche 23 juillet 2006 12:24

Genre  :  Chanson française
Note :  ***


À mon tour de l’être... remué. C’est peu, c’est rien, mais si Dominique A oublie de poser l’ensemble de ses doigts sur le manche, John Parish, lui, fait de même, pour compléter avec les notes les arrangements restant à naître, ni minimalistes, ni discrets, juste à leur place dans l’univers de l'”Ascentiel”. Tranquille, libéré et épaulé, Dominique A chante, avec moins de circonspection, pas pour autant avec prestance, ses histoires... Pornographes ? Souriantes ? À double-fond ? À fond propre et souillé ? Oui, quand même, quoique... Dominique A, en observateur de son ombre fidèle, se projette. Beau, il l’est. Et il sourit, mine de rien. Même si. Même si la porcelaine, au fond de la rétine, inversée, renvoie et projette l’image de la cuisine, du lavabo, lieu particulier de ses méditations mélodiques et narratives. Lieu-objet, familier, surtout pas résidentiel, normalement. Ça dépend chez qui, tout dépend de la situation. Ça peut faire mal d’être moins blanc, moins froid que cette porcelaine entachée et si domestique. Mais comme, suppose-t-on, il faut aimer quand même, quelque chose ou quelqu’un, ce seront les hommes, les femmes et la fatalité douce-amère qui joueront la scène. Dominique A est de ceux-là, metteur en scène, acteur, spectateur, victime pour ceux qui y croient. On lui pardonne d’avoir ce courage volatil, cette pensée décalée, pleine d’humour et d’humeurs. Dominique chante l’amour et la vie, depuis tout le temps. Mais aujourd’hui avec une bienveillance sacrificielle qui vaudrait bien une Leçon De Piano. C’est agréable. On accepte alors ses cernes, les histoires trop petites pour les êtres sublimés qu’elles ont créé... Ah Dominique, salaud, pourquoi ces vœux ? Sont-ce les meilleurs (Auguri en italien) ? Venise n’arrange rien. Un masque, une mélodie, une histoire, et l’arrivée à destination... Les flots. Toujours.

Jean-Fabien Leclanche dans magic n°55 d'octobre 2001
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Inespéré maillon fiable entre Barbara et Alan Vega, Dominique A fait partie de ces bardes experts tellement à l'écart de la médiocrité ordinaire qu'on les estime incapables de nous décevoir un jour – et ce n'est pas ce cinquième album de très belle tenue qui risque de venir lézarder un si coriace pressentiment. De fait, après l'aventureuse traversée des ténèbres entreprise il y a deux ans avec l'impressionnant Remué – disque crucial dont Auguri porte, épars mais saillants, les stigmates – Dominique A reprend ici goût à des ambiances plus contrastées. Mais il n'a en route rien perdu de la fébrile justesse et de la profonde authenticité qui caractérisent son art et sa manière. Rares sont les chansons qui donnent autant que les siennes l'impression de jaillir ex abrupto du cœur de leur auteur pour foncer droit au nôtre : peut-on ainsi imaginer une chanson plus immédiatement touchante que Pour la Peau, l'épidermique acmé d'Auguri ? Il est vrai qu'au long des quatorze petites cantates contenues dans Auguri le maître de cérémonie joint l'agilité extrême du geste musical (la production de John Parish, plus encore que chez PJ Harvey, rend l'amidon doux et sensuel comme le talc) à la précision incisive des paroles.

Jérôme Provençal dans Les inrockuptibles du 16 octobre 2001
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HOWIE BECK : Hollow (2001)  (*** 2000's ***) posté le dimanche 23 juillet 2006 12:21

Genre  :  Rock alternatif Canada
Note :  ***


Tête basse et guitare à la main sur la pochette de son premier album, Howie Beck erre le long d’une antédiluvienne voie ferrée envahie par les mauvaises herbes. Achevant probablement de composer là son précieux Hollow, le Canadien n’a pourtant rien du chanteur folk imaginé, mais, bien au contraire, d’un authentique mélodiste pop que l’on imagine éduqué aux accords des Beatles et Elvis Costello. À l’instar d’Ed Harcourt, auquel on ne peut s’empêcher de le comparer, Howie Beck a écrit et enregistré seul, des nuits durant, dans son modeste appartement de Toronto envahi d’instruments. Le parallèle ne s’arrête d’ailleurs pas là, et révèle chez les deux musiciens cette même aptitude à pondre ces refrains universels (le tubesque Baby Plays Around Me, The Chance Is Gone, The One You Wanted) fréquemment enveloppés d’un tapis de cordes habilement dirigées. Bénéficiant d’un enregistrement artisanal aussi ample et riche que The Newton Plum de Bed, dont il partage manifestement quelques maniaqueries en matière de prise de son, les onze titres de Hollow, construits autour d’une guitare acoustique et d’une batterie économe, ne montrent à aucun moment de signes de faiblesse. Tout porte ainsi à croire que ce Beck-là devrait, dans les années à venir, transformer ce premier essai d’ores et déjà adopté et enfin relever la tête. Oh oui, Beck !

Renaud Paulik dans magic n°55 d'octobre 2001
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