Low : Drums and Guns (2007) (*** LOW : les archives ***) posté le dimanche 17 juin 2007 14:03

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Genre  :  Rock alternatif USA
Note :  ****

En 2005, Low publiait The Great Destroyer, un septième album en forme de chef-d’œuvre, mais qui ne manqua pas de diviser. Confiant pour la première fois son slowcore languide aux mains du grand bâtisseur sonore Dave Fridmann, et poussant ses guitares dans leur tranchant, le trio s’était attiré les foudres de quelques inflexibles aficionados de la première heure, en même temps qu’il avait rallié à sa chapelle les plus hér(m)étiques. Que les premiers se rassurent, bien que toujours épaulé par le producteur suscité, voilà le groupe de Duluth retourné à son minimalisme introspectif d’antan. D’une effarante noirceur, Drums And Guns, marqué de toute part par la guerre et la mort, débute par une incantation macabre (Party People) aux paroles presque insoutenables (“All soldiers they’re all gonna die/All babies they’re all gonna die”) avant de passer à un Belarus apaisé, où apparaissent, ô surprise, les premières sonorités électroniques (vous avez bien lu) qui parsèment cet album, ici joliment dispersées sur un tapis de cordes. Et si, à ce stade du disque, on avance encore à tâtons, le gospel blanc de Breaker, ses clappements de mains et son orgue rassurant permettent de pousser un soupir de soulagement. Oui, Zak Sally a mis les voiles il y a deux ans pour s’occuper à plein temps de sa maison d’édition, laissant la quatre-cordes aux mains de Matt Livingston. Oui, le groupe semble ici expérimenter encore une nouvelle voie, ouverte aux boîtes à rythmes et autres loop (elles constituent même parfois l’essentiel des morceaux, comme sur Always Fade, où la basse de Livingston et les voix d’Alan Sparhawk et Mimi Parker sont les seules âmes organiques qui vivent). Mais, non, Low n’a rien perdu de sa force évocatrice ni de son insolente faculté à toucher la beauté du doigt. Et si, à tous ceux qui ne se sont pas remis de The Great Destroyer, certains conseillent même de commencer l’écoute de Drums And Guns par la fin, – le bien nommé Violent Past faisant idéalement le lien entre les deux Lps et la seconde moitié du disque étant moins lénifiante que la première –, on pourrait aussi se servir des paroles de Hatchet comme d’un manifeste introductif : “You’ll be my Charlie and I can be your George/Let’s bury the hatchet like The Beatles And The Stones”.

Faustine Kopiejwski dans magic n°108 de mars 2007

© 2007 magic. Tous droits réservés.


Avec The Great Destroyer, son précédent album aux claires velléités pop, Low était à une larmichette de recevoir l’onction grand public que sa belle endurance aurait sans doute méritée. Ce qui échoua à l’époque, prévenons leur banquier, ne risque en aucun cas de se produire avec ce Drums and Guns qui équivaut, commercialement parlant, à une rafale de mitraillette dans les deux pieds. En rempilant avec l’imprévisible producteur Dave Fridmann, Low a rajouté à sa vulnérabilité naturelle une dose puissante d’aléatoire, sa musique ne reposant plus sur un socle folk-rock classique mais se retrouvant au contraire soumise à un dérèglement radical comparable à une infection virale, à un génial pourrissement. Drums and Guns est une bombe à fragmentation en même temps qu’un envoûtement, pas du tout une supplique autocomplaisante que l’on écouterait comme on visite un malade testant des chimies désespérées. Il faut néanmoins l’apprivoiser. Une ouverture psalmodiée sur fond de guitares tournoyant au ralenti, qui évoque l’isolation liturgique de la Nico de The Marble Index, donne un peu le ton de l’affaire. Ensuite, les programmation à tâtons, les boucles obsédantes, les arythmies électroniques, les violons perçants, les basses et les orgues rasant les chansons et menaçant de s’écraser sur ce qu’il reste de mélodies, tout concourt à faire vaciller le décor, à troubler les lignes.
Chansons plus volontiers modelées dans la brume qu’écrites dans le béton, voix qui évoquent au mieux un gospel sans illumination, au pire un lamento médicamenteux, paroles à se pendre en ouvrant le gaz, la description forcément réductrice de ce disque sensitif sera, on s’en excuse, peu engageante. Pourtant, derrière ce tableau lacéré, cette aquarelle désolée et criblée de flèches, se dessine une œuvre prenante, irradiée par une grâce pas ramenarde, une grâce en sourdine, et si l’on gratte un peu le mille-feuilles (mortes) sonore qui lui sert de carapace, alors on y découvrira peut-être l’annonce d’un futur printemps, où d’autres hivers dont Low fut jadis le plus beau des conteurs. En attendant, cet album aurait mérité le titre de son prédécesseur : “The Great Destroyer.”

Christophe Conte dans Les inrockuptibles du 20 mars 2007

© 2007 Les inrocks. Tous droits réservés.


Longtemps Low – trio très « down » pour ne pas dire franchement dépressif – du Minnesota s’est amusé (?) à jouer le plus lentement possible. Comme s’il s’était lancé un défi. Le tour de force du couple Alan Sparhawk (guitare) et Mimi Parker (batterie) et de leur complice bassiste Matt Livingston fut non pas d’atteindre leur drôle de but, mais de nous entraîner dans leur monde quasi en apesanteur, temple à l’esthétique minimale où chaque note, chaque parole avaient leur valeur. Ecouter Low donnait l’impression d’être en proie à une douce hypnose : nos paupières devenaient lourdes, on s’endormait pour aussitôt se réveiller dans un monde parallèle où le temps était autre et les sensations, plus intenses. Et puis, après quelques albums, le trio a du se dire qu’il était allé assez loin, que plus lent que très très lent, ça ne rimait à rien. Il ne lui restait plus qu’à tenter d’accélérer le tempo, mais tout en préservant les vertus uniques de sa musique.

Mission accomplie, en 2004, avec le nettement plus énervé (toutes proportions gardées) The Great Destroyer.Qu’attendre alors de ce Drums and Guns : Low transformé en Ramones ? Non. Ce huitième album est celui d’un groupe arrivé à maturité qui peut se retourner sereinement sur son remarquable parcours sans sombrer pour autant dans la redite ou la régression. Drums and Guns se permet ainsi de démarrer par son titre le plus étouffant, suffocant, le minimaliste et synthétique (mais un vieux synthétiseur asthmatique et rouillé), fataliste et incantatoire Pretty People (« tous les bébés vont mourir ») avant de s’avancer vers la lumière. A tel point qu’arrivé à Hatchet, on n’en croit pas nos oreilles : ce titre énigmatique où il est question d’« enterrer la hache de guerre comme jadis les Beatles l’ont fait avec les Stones » n’est rien d’autre qu’une chanson pop ! Enfin presque, à la Low quand même. N’empêche, qui aurait cru que Parker et Sparhawk sauraient, un jour, nous faire sourire ?


Hugo Cassavetti dans Télérama n°2990 du 5 mai 2007

© 2007 Télérama. Tous droits réservés.




Si l'écoute du nouvel album de Low ne constitue assurément pas une expérience très agréable, elle est par contre assez édifiante : on mesure dès les premières minutes avec le massacre de Pretty People que la frontière qui sépare la grâce du ridicule était finalement pour le groupe assez ténue. Ici, on voit à peu près où Low voulait en venir : ambiance sombre et frappante, minimalisme brut et plus rêche qu'à l'accoutumée, chant venu direct des tripes, bref, une recette pour un nouveau succès. Sauf que là, non, ça ne fonctionne pas du tout et la chanson ressemble plutôt à un poème miteux d'adolescent angoissé ("All you pretty people/We're all gonna dieeee") mis en "musique" de manière sommaire et mal foutue.

Après un départ aussi abyssal, on aura du mal à se plonger réellement dans ce Drums And Guns, qui, Dieu merci (ou plutôt Low merci), ne stagne pas toujours à un niveau aussi effarant. Comme sur le très inégal précédent The Great Destroyer et ses grosses guitares souvent bien boursouflées, souffle sur ce disque un souffle de changement, de métamorphose pas encore bien dirigée et digérée. Au pire, cela donne des titres fatigants ou quasi inécoutables (sauter à tout prix l'imbuvable Your Poison), au mieux a-t-on l'impression d'assister à l'accouchement d'un nouveau Low, encore juste sorti du berceau et pas bien cohérent, mais pourquoi pas prometteur (Belarus, In Silence).

L'impression générale qui ressort tout de même de Drums And Guns est celle d'un album courageux mais bordélique, et pour tout dire assez raté. Le groupe, épaulé par le controversé Dave Fridmann, ne parvient pas à réellement imposer une production et des arrangements curieux, souvent intéressants mais pas toujours bien utilisés (voix uniquement dans le canal droit, boucles de batterie ou de voix très présentes, nombreux sons électroniques éparpillés) ; Alan Sparhawk se sent trop souvent obligé de pousser sa voix dans ses retranchements pour chanter des textes parfois franchement mauvais (le contraire de Mimi Parker, qui elle assure sur un joli Dust On The Window) et on doit de nouveau subir quelques tentatives peu judicieuses visant à chanter des chansons pop comme les autres (Hatchet, fourvoiement contre-nature).

Low traverse actuellement une période difficile, avec récemment la maladie d'Alan Sparhawk et le départ du bassiste de toujours Zak Sally, et on peut saluer l'énergie qu'ils mettent actuellement à se renouveler. On peut malheureusement aussi, après deux ratages discographiques (celui-ci néanmoins pas loin d'être sauvé par trois bonnes chansons pour terminer, en particulier Violent Past), commencer à trouver le temps long et à se demander vraiment où le groupe veut en venir actuellement et s'ils ne se sont pas tout simplement égarés en chemin.

 

Jean-Yves B. sur Mille-feuille.fr (Avril 2007)

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