Genre : Folk Rock
USA
Note : *****
Mister lonely man est de retour, il a su se faire attendre. On a tous bavé à en perdre la salive depuis quatre mois, on aurait pu l’économiser. Attention, ce disque est très beau... il aurait pu l’être plus. Un climat blues, très triste, comme Neil sait les amener. Sa voix qui pleure de ses vibrations cassées crée l’intimité des compositions. La pochette renforce l’image de l’homme solitaire, seul sur une plage il regarde la mer le dos tourné à un parasol dont le motif du tissu est repris à l’intérieur, une aile de «Cadillac Fleetwood» git, plongée dans le sable. Le disque devait s’intituler «Night Be-tonight» on ne trouve pas trace du morceau, c’est en fin de compte «On The Beach». Laissant tomber les violons de «Harvest» le disque replonge dans la tradition «After The Goldrush», un blues country larmoyant. Ce disque ressemble beaucoup à la direction musicale qu’il a prise sur scène, telle qu’il l’a présentée à Londres l’année passée. Des sons aigres de guitare qui se chevauchent, déambulant dans des envolées étirées sur une rythmique soutenue et en perpétuel mouvement. Neil n’a jamais été un grand technicien mais il possède un sound totalement original, à la fois criard et précieux, collant à merveille avec sa voix. Des accents de grande tristesse. On trouve au hasard des plages : David Crosby, Graham Nash, Levon Helm, Rick Danko, Ralph Molina, Billy Talbot, toute une mafia. Les compositions de Neil sont prétexte à un boeuf continuel, sur les thèmes proposés viennent se greffer des envolées diverses qui évoluent par chassé-croisés jusqu’à l’atteinte d’un point culminant où tous les instruments se rejoignent puur reprendre le thème initial. «On The Beach» provoque un intérêt plus grand à chaque nouvelle écoute parce qu’il plonge l’auditeur dans un climat inhabituel... he’s got the blues.
Alain Wais
dans
EXTRA n°46 de septembre 1974, le mensuel de la
rock-music
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Un nouveau Neil Young est toujours un événement. Celui-ci l’est d’autant plus qu’il vient à point effacer la légère déception causée par ses deux albums précédents. Neil Young a retrouvé ici cette grâce unique qui fut la sienne dans «After The Gold Rush». Les compositions sont remarquables, courtes et efficaces. Nul délayage instrumental pour cacher un certain manque d’inspiration. Neil Young va droit au but. Les climats sont toujours aussi envoûtants. Tendresse, passion, émotion sont rendues superbement par cette légendaire voix moins chevrotante qu’à l’ordinaire. On remarquera également que sa voix est moins haut placée. Pour cet album, Neil s’est fait accompagner par certains musiciens du Band et l’on retrouve également ses amis David Crosby et Graham Nash. Un très grand disque qui vient juste à point redonner à la production du chanteur un coup de fouet qui s’avérait nécessaire.
non
signé
dans BEST
n°73 d'août 1974
© 1974 BEST. Tous droits
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Quand on sait quelle préparation narcotique a présidé à la conception de On The Beach, on se pose beaucoup moins de questions. Neil Young vient de finir l’enregistrement de Tonight’s The Night (grand disque de deuil) dans un climat de chaos permanent, il est en train de perdre sa femme, l’actrice Carrie Snodgress, à la suite d’une tournée où aucun excès ne fut oublié. Bref, tout va pour le mieux. Sa consommation de tequila est telle que certaines mauvaises langues prétendent que le nouveau membre de Crazy Horse s’appelle José Cuervo. Derrière ce surnom, se cache un personnage à l’aura sinistre, Rusty Kershaw, engagé pour ses talents de violoniste et de joueur de pedal steel guitar, qui donne le ton des sessions, préparant une friandise à base d’herbe et de miel dont tous les protagonistes abuseront. Que ce disque ait alors une dominante laidback ne surprendra donc personne. En revanche, presque trente ans après les faits, ce qui continue de terroriser l’auditoire, c’est son excellence. Paru en 1974, On The Beach n’est en effet pas loin de Zuma ou Everybody Knows This Is Nowhere dans le panthéon intime qui nous lie au personnage : on aimerait toutefois l’écouter d’une oreille vierge, comme tous ces gens heureux qui vont le découvrir via cette toute première réédition en Cd. Walk On, morceau bien trempé, ouvre ce chef-d’oeuvre de la manière la plus naturelle qui soit. En troisième position, Revolution Blues, probablement l’une des meilleures choses que le Canadien ait enregistrées, mérite un livre à lui tout seul. Le fait que Young ait choisi de se mettre dans la peau de Charles Manson en tant que narrateur donne à cette chanson un caractère sinistre quoique totalement détaché. À bout de nerfs après plusieurs tentatives d’enregistrement, un membre du groupe (la section rythmique du Band, excusez du peu) se met à saccager tout ce qui se trouve à portée de main, hurlant aux autres : “Putain, les gars, vous croyez qu’on va faire un morceau sur la révolution comme ça ? Voilà comment débute une révolution !” La prise suivante sera la bonne. David Crosby (garçon calme s’il en est), présent en tant que guitariste rythmique, tergiversera pendant des jours pour savoir s’il peut jouer sur un morceau aussi malsain (“I hear Laurel Canyon is full of famous stars/But I hate’em more than lepers and I’ll kill’em in their cars”, une bluette quoi). Pourtant, au final, Revolution Blues est probablement l’un des titres les plus stoniens et palpitants jamais couchés sur bandes. For The Turnstiles est aussi un grand moment d’aridité, le reste du disque baignant dans une ambiance de blues de fin de monde. Sur la pochette, Young regarde l’océan, où l’idéalisme des années 60 est en train de se déliter dans la basse toxicomanie des 70’s. Lui restera toujours plus ou moins intact. Sur la plage.
Etienne Greib
dans magic, n°75 d'octobre 2003
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