The Cure : The Head On The Door (1985) (*** THE CURE : les archives ***) posté le mercredi 03 mai 2006 15:24

Blog de cocosuodo : ~~ lost songs and other blues ~~ les archives rock, The Cure : The Head On The Door (1985)

Genre  : Pop Rock UK
Note :  ***


Qu’on ne se leurre pas : Robert Smith et sa Cure se sont toujours efforcés de faire des pop-songs. Leurs plus belles réussites en sont («Boys Don’t Cry», «Charlotte Sometimes»). Et comme par hasard, les seuls albums du groupe vraiment écoutables d’un bout à l’autre, si l’on excepte le «classique» «Seventeen Seconds» (et celui-ci répétait la même antienne sur divers modes), sont les compilations «Boys Don’t Cry» et à un degré moindre «Japanese Whispers». Par contre, c’est ailleurs que Cure a fait sa force, disons son charme et son tenace succès populaire : dans les «climats», cotonneux, dans une «ambiance» que l’on peut aisément résumer par spleen adolescent. Smith est un angoissé qui rit. Passé la Grande Frousse (paroxystique avec le vertigineux «Pornography»), il s’est mis à jouer avec des masques, brouillant ainsi les cartes de son petit théâtre (japo-niais parfois, cruel, souvent), forçant sur le mascara et le négligé hirsute. Mais sans cesse, l’envie de fricoter des petites chansons. Avec l’obligation «légale» de donner le change, la dose de circonvolutions glauques, bref de compliquer l’affaire, et de continuer à jouer le drame en public, sur les scènes.
Cet album-ci, avec sa pochette indéchiffrable et laide (c’est devenu une habitude), son titre qui joue les mystérieux (tête de chouette clouée au-dessus de la porte, vieille superstition ?), fait en quelque sorte culminer le dilemme : plus que jamais on est le cul entre deux chaises, et Smith avec. D’un côté le trône des langueurs à spirales et guitares pointilleuses que lui a dressé son peuple. De l’autre le siège électro-pop qu’il convoite comme un enfant, en sifflant des comptines. La résolution du dilemme ne se fait, cela va de soi, que quand les tentatives tiennent debout (à défaut de s’asseoir ici ou là) : curieusement, ce sont les plus frêles et délicates («Six Different Ways», «Close To Me») qui emportent le pompon. Plus douloureux sont les rappels précis au Cure d’avant : «Kyoto Song» ou surtout «A Night Like This», qui ne fonctionne qu’au sentimentalisme. Pour le reste, Smith se condamne (rieur?) à redistribuer une formule, pas toujours adroitement : ainsi on se balade d’une ritournelle à la New Order («Inbetween Days», mais les Quatre de Manchester sont loin devant, maintenant) à une autre plongée en eau profonde («Sinking», obsession majeure et redondante de Smith) en passant par du romantoc hispanisant («The Blood») ou du pseudo-Siouxsie («The Baby Screams»), tout ça pour un album... plaisant. Un adjectif qui cache son malaise.

François Gorin dans Rock & Folk n°223 d'octobre 1985
© 1985 Rock & Folk. Tous droits réservés.





En trois ans, The Cure s’est construit une belle notoriété : on ne remplit pas le Zénith de Paris ou le Hammersmith Palais de Londres (trois soirs) d’un coup de baguette magique. Pourtant, rien ne semble annoncer le succès interplanétaire de “The Head On The Door”. Si Smith est une nouvelle fois le seul compositeur de ces dix morceaux, The Cure est plus que jamais un véritable groupe. Toujours accompagné de Tolhurst, le leader a rappelé Simon Gallup alors que Porl Thompson à la guitare et le batteur Boris Williams complètent la formation qui restera comme la plus populaire de l’histoire du groupe. Produit par Dave Allen (simple ingénieur sur “The Top”), et porté par deux singles tonitruants, “In Between Days”, accrocheur et enjoué, et “Close To Me”, entêtant et... irritant, “The Head On The Door” transforme The Cure en phénomène de société. Cette “collection de chansons” (Smith dixit) est certes servie par une impeccable production mais est pourtant loin de constituer le meilleur album du groupe car le médiocre côtoie parfois le sublime. Si la guitare flamenco de “The Blood” est une merveille, les accents funk de “Screw” sont franchement épuisants. La rythmique façon valse de “Six Different Ways” finit par lasser, et “The Baby Screams” s’essouffle après deux minutes. Mais il est également vrai que le très Roxy Music “A Night Like This” ou l’intro jouissive de “Push” sont de nouvelles preuves du savoir-faire d’un Robert Smith dont le look va devenir un modèle pour des centaines de milliers d’adolescents.

Christophe Basterra dans Rock & Folk n°346 de juin 1996
© 1996 Rock & Folk. Tous droits réservés.





La Cure est en fête. Danse et champagne pour tout le monde, avec un rien de spleen pour donner à ces dandies la juste dose de gravité romantique qui fait les plus grands séducteurs. Le Smith & Chandon, cru nouveau 1985, grand cru s’il en est, pétille dans l’air. Et cette mousse de musique risque d’en soûler plus d’un parmi vous.
Le contraste est d’ailleurs assez frappant : après ce live un rien austère d’allure, terriblement puriste, juste de ton mais aux fastes très minimalistes, on en revient à un rock bigarré, bariolé, fantaisiste, de la veine de «The Top». Une veine d’ailleurs considérablement mieux exploitée. Il y avait un côté bric-à-brac sonore dans «The Top» — qui était d’ailleurs son charme — qui montrait que Robert Smith n’en était qu’au début de l’exploration des nouvelles directions musicales qu’il souhaitait pour The Cure. Avec «The Head On The Door», le déclic s’est totalement opéré, il a trouvé LE TRUC, le truc magique qui fait que cet album est un régal complet, en attendant, avec le temps, d’accéder probablement au statut de disque essentiel.
Auparavant, l’on avait du Cure agrémenté de petites joailleries sonores intrigantes autant qu’exotiques. Cette fois, chaque morceau a acquis une personnalité musicale pleine et entière. Selon le cas, il est plutôt à base de claviers narquois et terriblement légers (rien à voir avec le système sonore de Depeche Mode et consorts), ou à base de guitares triomphantes ; tantôt, il dérive vers des horizons hispaniques («The Blood»), tantôt vers des décors orientaux. Il n’y a continuité ni de son ni de ton. Seule la voix de Smith est là pour assurer qu’il s’agit bien du même groupe à chaque fois. Un groupe kaléidoscope une fois encore, mais bien plus mûr que pour «The Top». Bien plus radio-actif aussi. Et dans les deux sens du terme, car, s’il est appelé à connaître un joli succès en radio ou, à défaut, sur les ondes de votre affection, grâce à une enivrante fournée de hits chatoyants dont bien sûr «In Between Days» (mais c’est loin d’être la seule romance olympique que Smith ait inventée pour ce disque), «The Head On The Door» possède aussi la véritable radioactivité, celle du rayonnement plus confus, mais tout aussi imprégnant, d’un génie profond qui sait, notamment dans les vocaux, teinter tous ces voluptueux tissus sonores de nuances plus cafardeuses, toujours un peu morbides, un peu «Quai des suicides».
Cet album ne se contente pas de sonner de la plus multicolore des façons, il jouit aussi du privilège décisif de posséder une résonance, une profondeur, quelque chose qui vous émeut et vous remue en plus de vous distraire. La plénitude quoi, entre la fascination morose que crée un «Sinking» et les grandes bouffées d’adrénaline-rock qu’apportent «The Baby Screams» ou le grandiose «Push».
Il faut noter d’ailleurs que ce disque est instrumentalement très mûr, qu’il n’y a pas ici seulement des effets et des arrangements, mais une vraie densité musicale, particulièrement sensible dans les prologues des morceaux, si travaillés qu’on croirait souvent qu’ils ne vont être qu’instrumentaux. Avec Gallup de retour et cet album suprême, The Cure monte encore un peu plus haut dans notre admiration.  

Hervé Picart dans BEST n°207 d'octobre 1985
© 1985 BEST. Tous droits réservés.





1985. Après avoir enregistré sa trilogie infernale (Seventeen Seconds, Faith, Pornography) puis tenté un virage pop, histoire de remettre un peu de lumière dans la maison (The Top), The Cure semble arriver à un point névralgique de sa carrière. Quel chemin prendre alors ? Comment continuer à vivre ? Instinctivement, Robert Smith semble trouver la réponse dans un mélange astucieux de toutes ses personnalités musicales. The Head on the Door est en effet un album aux mille facettes, aux mille atmosphères. Un disque de synthèse qui résume en une poignée de morceaux tout ce que The Cure a tenté d’accomplir jusque-là, mais tout en ébauchant d’autres pistes, empruntées aux musiques et aux traditions les plus variées. On y trouve ainsi de vrais bijoux pop comme In Between Days ou Close to Me, mais aussi des perles sombrement nacrées, à la manière de The Blood ou A Night Like This. Et même s’il ne frôle pratiquement jamais la beauté ombrageuse des moments les plus hantés du groupe, The Head on the Door n’en est pas moins un bel album de rock bigarré qui va permettre à Robert Smith d’imposer entièrement sa vision musicale, sa manière de dire, de chanter, de décrire le monde. Dans ses chansons, devenues ici un peu moins glauques, un peu plus mordorées et enjouées, toute une génération de gamins va commencer à se reconnaître — et se mettre, aussi, à adopter l’apparat du chanteur au pied de la lettre. Ainsi, en apprenant à écrire de vrais tubes, Robert Smith est aussi devenu l’épouvantail attitré de la new-wave. Un état de fait qu’il semblait d’ailleurs avoir prédit dans la plus belle chanson de The Head on the Door : une ritournelle ralentie, une élégie prenante baptisée Kyoto Song dans laquelle il évoque un réveil abrupt en pleine nuit après un cauchemar, découvrant un corps étranger à ses côtés. Un peu comme s’il voyait, tout près de lui, le cadavre encore brûlant du Robert Smith de Seventeen Seconds, Faith et Pornography. The Head on the Door est donc bien cela : le disque d’un ressuscité tentant d’échapper aux souvenirs de sa première mort.

Joseph Ghosn dans Les inrocks 2 THE CURE (1er trimestre 2005)
© 2005 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits réservés.

Retrouvez tous les articles

Déposez un commentaire !


Mieux vous connaître (facultatif) :

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.103.63.59) pour vous identifier.

Tous les commentaires liés à l'article : The Cure : The Head On The Door (1985)

Aucun commentaire

 -