The Cure : Mixed Up (1990)  (*** THE CURE : les archives ***) posté le mercredi 03 mai 2006 15:47

Genre  :  Pop Rock Electro UK
Note :  **


D’abord, que cela soit dit une bonne fois pour toutes : Cure a fait beaucoup de mal à la jeunesse de ces dix dernière années. Oui, vous. Vous et vos frères et sœurs aînés. Cure vous a fait morfler. Moi aussi par la même occasion. Cure vous a fait passer à côté des plus belles années de votre vie, vous plongeant dans le culte du marasme existentiel et dans l’idolâtrie du désespoir adolescent. Ils vous ont habillés en noir, couleur de la mort. Ils vous ont tranformés en fantômes ankylosés, étouffés dans la croyance qu’il n’existe pas de salut possible dans ce monde tangible. Amadoués par un vernis de fantaisie somme toute appréciable du point de vue esthétique, vous avez plongé au fond de cette illusion que la vie est un conte ancestral peuplé de sorcières et de petits enfants perdus. L’instigateur du complot, compositeur doué quoi qu’on en pense, continue, lui, de planer au-dessus de ce vol de corbeaux, s’amusant comme un démon à extérioriser ses rêves et cauchemars en musique. Et voilà que, dans un élan de perversion que seuls les vrais grands osent mettre en pratique, le géranium chantant décide de pousser plus loin l’expérience. De vous refaire morfler. Vous détestez la dance-music, la “musique de boîtes” ? Parfait, prenez ça dans les gencives. Ceci dit, ce n’est là qu’une hypothèse car on ne sait jamais avec Bobby le maléfique. Alors, pour essayer de comprendre ce qui se trame dans le cerveau de Robert Smith, interrogeons-nous sur les tenants et aboutissants de cette collection de remixes (vous voyez que je parle du disque). Robert a-t-il besoin d’argent ? Est-il jaloux du succès de certains de ses plus jeunes compatriotes ? Pourquoi un morceau sur deux fait-il bailler ? Robert a-t-il vraiment donné carte blanche à Paul Oakenfold sur le remix de “Close To Me” ? Ce disque est-il tout à fait dansable et si oui, comment vont réagir les croquemitaines paralysés du plexus ? Robert a-t-il cherché à engendrer l’album le plus inutile du mois ou le plus intelligent de l’année ? Comment fait-on pour pondre des classiques de la trempe de “A Forest”, “InBetween Days” ? Tapie va-t-il virer Beckenbauer ? Les Rita Mitsouko ont-ils eu l’idée les premiers ? A quand un duo Robert Smith-Adeva ? Dois-je m’arrêter là ? Non, attendez — une dernière : les aberrations de ce genre constituent-elles aujourd’hui le summum de la créativité musicale ? Amis lecteurs, ceci est le sujet de méditation du mois.

José Guerreiro dans Rock & Folk n°279 de novembre 1990
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Si pour certains, la parution d'un double album de remix de Cure constitue une surprise, c'est sans doute qu'ils ont raté quelques épisodes en cours de route. A savoir que depuis le début de sa carrière, Robert Smith a tenu à rajuster les distances entre lui et son personnage (lequel s'est fait au cours des ans une réputation de poète incompris et déchiré, rappelez-vous les mois qui précédèrent la sortie de "The Head On The Door" où la rumeur le voulait tour à tour over-dosé puis suicidé et enfin pendu !). Ce fut le cas avec la parution de Love Cats interrompant à point la trilogie Faith , Pornography et 17 seconds , comme ce fut le cas lorsqu'il. choisit de sortir "Why Can't I Be You" en premier extrait du très attendu "Kiss Me album". Donc, Robert Smith a beau aimer Camus, le noir et les effets flanger cela ne l'empêche pas de passer le mois de juin devant sa télé à regarder le mondial avec ses Jordans aux pieds et "World In Motion" à fond la caisse dans les oreilles. Pas étonnant, donc.
Hélas si l'intention était bonne, le résultat est en deçà de ce qu'on pouvait espérer. Ceci tout simplement parce que l'essentiel des Remix n'en sont pas. Plutôt que de remix on devrait parler "d'extented mix", ce qui est loin d'être la même chose. Alors que l'extented mix consiste à rallonger un morceau pour le rendre utilisable des DJ qui ont besoin de place au début et à la fin du morceau pour l'enchaîner, le remix est un nouveau travail à partir des bandes déjà enregistrées la plupart du temps, en vue de donner une autre couleur au morceau. D'ailleurs, il est de plus en plus fréquent de voir un remixeur réenregistrer des instruments pour changer l'orchestration d'un morceau. Ainsi William Orbit, qui n'en est pas à son coup d'essai, a eu le courage de défigurer In Between Days pour en donner une délirante version House à peine techno qui détonne dans un double album où même Paul Oakenfold, le génial remixeur-producteur d'Happy Mondays, semble bien pâle avec son remix "service minimum" de Close To Me . Cela dit, l'ensemble de l'album fonctionne à peu près dans la mesure où des chansons comme Lullaby ou Pictures of You s'en sortent très bien avec juste quelques ajouts rythmiques Groovy. Enfin la meilleure nouvelle est peut-être dans ce Never Enough , seul inédit qu'on versera au compte des réussites post-hendrixienne ce qui de la part de Cure laisse entrevoir de nouveaux horizons. Après dix ans de route, ils nous devaient bien ça.

François GERALD dans Best n°267 d'octobre 1990
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Et dire que Robert Smith est fier comme un pape de nous présenter ce cageot… C’est quand même fou – et un peu inquiétant – cette capacité à ne plus discerner les choses à ce point ; que ce type puisse dire que cet anachronisme ambulant est son meilleur disque, “tout juste avant Disintegration, hein !”. Le manque de fierté s’organise insidieusement depuis quelques années… Résultat, aujourd’hui, Smith boit du petit lait alors même qu’on lui refile les remix les plus pourris de toute l’histoire de l’électricité. En exergue sur la pochette, une phrase de l’inattendu Jules Renard, en guise de conseil de ce qu’il ne faut pas faire : “Cherchez le ridicule en toute chose, et vous finirez par le trouver”. Qu’est-ce qu’on peut bien répondre à ça ?

J.O. Pills dans Les Inrockuptibles n°26 de novembre-décembre 1990
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