Genre : Pop Rock
UK
Note : **
Là où tout le monde attendait The Cure trip hop, voire jungle, Robert Smith nous prend de court en étant directement - hum - easy listening avec les trompettes mexicaines de The 13th, single étonnant et risqué, qui s'il n'avait pas eu l'idée de démarrer du mauvais pied par deux fois, aurait pu se révéler une plaisante entrée en matière. Want, même s'il reste du Cure pur jus n'en est pas moins agréable et aurait dû figurer sur Wish, tout comme Club America (?) où il fait l'effort de changer sa voix. Les Mint Car(encore une fois pompé sur Felt ?) ou Round & Round & Round se voulant des chansons pop sucrée ressemblent pourtant plus à un loukoum bien lourd à digérer qu'à un Just Like Heaven, alors que le chant essoufflé et les cuivres de Return en font la seule compo rafraîchissante. Même bancal, le jazz commercial de Gone! semble presque réussi, car décalé et drôle. Et Strange Attraction reste la chanson la plus surprenante de par son xylophone et son côté délibérément enfantin et irréel. Clôturant l'album assez mal, Bare nous plonge habilement dans une mélancolie inévitable Quant au reste, on est ici confronté, au mieux à des faces B, au pire à des chutes de studio des enregistrements de The Top ou de Wish. Le talent de Smith étant ce qu'il est, vous vous habituerez sans doute à ces nouvelles chansons. Mais il est bien dommage que toutes les idées et arrangements ici présents aient déjà été utilisés une (plusieurs ?) fois . Or, là où Cure réussissait à surprendre, parfois, l'auditeur, c'est bien au niveau du son de leurs albums qui, bien que gardant un même fil conducteur, ne se ressemblaient jamais. En ce sens, Wild Mood Swings déçoit davantage, en étant rien d'autre qu'une arlésienne de leurs précédents disques. Peut-être vieillira-t-il ainsi moins vite...
Robert Alves dans magic! n°8 de mai-juin 1996
© 1996 magic. Tous droits réservés.
Ni
wild ni swing, un nouveau Cure
revisite l'univers de Robert Smith : à peine quelques
mètres carrés, mais avec
lumière.
Mai 1981 : The Cure vient de publier Faith. Il n'en a
déjà plus pour longtemps à vivre. Pourtant, un
an plus tôt, il s'apprêtait à enregistrer un
album "plutôt optimiste", comme Robert Smith s'en
souviendra quelques années après. Rien de très
anormal, somme toute : à cette époque, Cure n'est
qu'une bande de morveux à l'imagination fertile, jouant
à se faire peur dans le noir, flirtant de loin avec la
neurasthénie et la nécrose en se gardant bien de leur
soulever le jupon. Ce sont elles, filles de très mauvaise
vie, qui vont les déniaiser : sur Faith, tout part
en quenouille et les trois benêts, comme étrangers
à eux-mêmes, se regardent accoucher d'un disque sans
fond, noir comme un puits de mine, à n'emprunter qu'à
la descente. A l'issue de Pornography, agonie assez
rigolote dont la réputation gore a toujours
éclipsé l'aspect grand-guignolesque - taloches
d'opérette et sang en grenadine -, Cure
décède. Puis renaît: on l'appelle
désormais Cure. Avec, écrit dessous, en tout petits
caractères : le groupe à Robert Smith. On
s'était juré, malgré quelques
velléités de rabibochage, de ne plus jamais
fréquenter cette formation fantoche, forcément
promise au syndrome Rolling Stones. Ainsi, Wild Mood
Swings est sans conteste le meilleur plus mauvais album du
bibendum mal peigné depuis The Top, son Aftermath
à lui. Et on l'apprécie comme on aime écouter
The Top, ou plutôt l'entendre, c'est-à-dire
par erreur, malgré nous, dans notre dos. Wild Mood
Swings est un album bordélique et dosé à
la truelle, dont la plupart des morceaux - assez bien
attifés au demeurant, ornés de claviers mutins, de
cuivres élastiques ou de violons énervés,
comme sur le remarquable Bare ne font que ressasser les
obsessions d'un chanteur cyclothymique et recréer les
ambiances afférentes. A la différence près
qu'en cumulant les défauts de ses
prédécesseurs - tour à tour morne comme
Wish Round & round & round ou geignard comme
Disintegration sur This is a Lie - cet album
réussit simultanément à les transcender avec
un sacré mélange d'arrogance et de nigauderie :
Wild Mood Swings est donc globalement assommant, mais de
plein de manières différentes. A cela, ajouter une
voix constamment défaillante, famille "chant des baleines
rouillées". Autant de couleuvres à avaler pour
goûter The 13th, pitrerie mexicaine mafflue -
forcément écrite dans l'optique de porter sombreros
et bacchantes en guidon de vélo le temps d'une vidéo
arrosée de tequila -, et Gone!, swing-beat
parodique renvoyant The Lovecats au rang d'éloge
funèbre. Deux escroqueries, sans aucun doute, aux yeux salis
de khôl d'une certaine armée des ombres; mais deux
rogatons qui, à eux seuls, justifient notre
déroutante obstination à resservir en catimini la
soupe à l'increvable Robert Smith, cet impayable Giscard
new-wave.
Vincent
Laufer dans Les Inrockuptibles n°57 du 15 mai
1996
© 1996 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits
réservés.
Un nouvel album de Cure est un événement à la fois attendu et redouté. Attendu parce que Robert Smith, le gavroche peinturluré aux angoisses délurées, demeure, à travers modes et courants, un personnage résolument en marge de la pop britannique. Redouté parce qu'un disque de Cure ne s'appréhende pas à la légère comme le dernier Phil Collins ou le prochain Blur... On sait, à l'avance, qu'on va y trouver de quoi s'irriter et de quoi se passionner. Qu'on va se sentir agacé devant les redondances flagrantes, les tics rituels, mélodies subtilement monocordes, lyrisme aquatique oppressant, voix inamoviblement au bord de l'extinction fiévreuse. Mais s'étonner qu'à chaque fois, pour peu qu'on s'intéresse au groupe et à son univers, on finit par y trouver son compte. Le problème avec Cure, c'est qu'il est difficile de faire abstraction de son contexte historique, de son oeuvre passée. Ici encore, on glane de multiples références aux obsessions sonores du groupe : "Tiens, celui-là me rappelle tel morceau dans tel disque... " Bien sûr, on note des éléments incongrus : mariachis, sitar, clin d'oeil au jazz, etc. Mais l'ensemble conforte le sentiment que Cure, c'est Robert Smith, et inversement. Ou l'art d'intriguer sans cesse avec les mêmes marottes.
Philippe Barbot
dans Télérama N°2415 du 24 avril 1996
© 1996 Télérama. Tous droits
réservés.
Il est vrai que personne ne croyait à un nouvel album de Cure. De toute façon les rumeurs étaient toutes contradictoires : un jour, le groupe était en studio, le lendemain, il jouait au foot, et le troisième, il s'était séparé. En tout cas Thompson et Williams ont abandonné leurs compagnons d'aventures et O’Donnel est revenu. Pourtant, avec cette formation une nouvelle fois remaniée, “Wild Mood Swings” sonne encore et toujours, comme du Cure, un style inimitable et nouvelle preuve que ce groupe est avant tout le jouet du seul Smith. Si “Disintegration” rappelait “Seventeen Seconds” et “Faith”, ce nouvel album est à prendre comme le petit frère de “Kiss Me...” pour son côté pluridimensionnel et pluri-directionnel. Mieux encore, il pourrait être en fait un résumé des vingt années du groupe. Car une fois passée la surprise du single “The 13th”, de ses cuivres estampillés Tijuana Brass, Smith prend l'auditeur par la main et lui fait visiter la maison Cure, de ses fondements à sa toiture. “Want” et “Club America” auraient pu figurer sur “Wish”, “Mint Car” rappelle “Just Like Heaven” alors que “Gone !” et ses accents jazzy renvoient indirectement à “The Lovecats”. Le tout à l’avenant. Et ces similitudes soulèvent l'éternelle question de la pérennité du groupe. Car, après tout, il ne serait pas étonnant que Robert Smith ait préféré, plutôt que de se contenter d’une simple compilation, retracer ainsi une incroyable carrière. Mais rien ne sert de s'interroger puisque comme d'habitude seul l’incontournable leader détient les clefs de cette drôle d'énigme.
Christophe
Basterra dans Rock & Folk n°346 de juin
1996
© 1996 Rock & Folk. Tous droits
réservés.
Robert Smith,
à force de tisser une toile imperméable à
l’euphorie, avait omis de nous dire à quoi elle
pouvait ressembler chez lui. En 1996, la tête pensante des
Cure va bien. Il a quitté Londres, s’est
installé à la campagne, a décidé de
s’occuper de sa famille et “d’emmener ses
neveux à Eurodisney" comme il le déclare alors.
Il a pansé pas mal de ses plaies et s’humanise,
rêvant de rire enfin avec ses contemporains. Comme souvent,
le groupe a failli mettre la clé sous la porte après
Wish, et a pris quatre longues années pour pondre
ce qui restera comme l’album le moins apprécié
et le plus controversé.
Œuvre puzzle, Wild Mood Swings est jalonné de
refrains ratés, de grandeurs musicales, de joies mal
contrôlées, de cris assumés. Le plus frappant,
ce sont les maracas et les trompettes, responsables de
sonorités latines sur The l3th, titre qui en
bouchera un coin à plus d’un. Strange
Attraction, dans la continuité, puis Mint Car,
Round & Round & Round ou Return assument,
pas toujours avec finesse, cette toute nouvelle envie de sauter au
plafond en s’écriant que la vie est belle, et
l’amour aussi.
Mais en parallèle, pour ne pas totalement perdre son
identité, The Cure soigne ses complaintes, où les
cordes prennent une place prépondérante.
Want, l’ouverture exponentielle de cet album, tout
en force, s’avère brillante. Aussi ravageuses, les
incursions indiennes du violon sur Numb, ainsi que ses
claviers pleureurs — à la manière
d’Untitled sur Disintegration. Enfin,
Jupiter Crash compare avec beaucoup de poésie une
comète catapultée sur Jupiter avec un amour
raté.
Seulement voilà, difficile de s’extasier sur des
refrains naïfs et d’enchainer sur de noires
introspections sans perdre le fil. Kiss Me, Kiss Me, Kiss
Me affichait le désordre, mais une même couleur
d’ambiance. Wild Mood Swings est un arc-en-ciel dont
les teintes sont franchement dépareillées. Si
disparates que Srnith a même renoncé à
certaines chansons, trop éloignées de
l’ambiance de cet album. Parmi elles, It Used to Be
Me et Adonais, faces B de The l3th, deux
titres forts aux ambiances habitées.
Robert Smith va mieux, mais son public répugne à le
voir si optimiste. Pour aimer cet album, il faut pourtant se
laisser aller, ne plus concevoir les Cure comme un groupe à
la mélancolie fixe, aux réflexions spirituelles
increvables. Celui qui a accompagné nos états
d’âme d’ado avait bien droit à sa dose de
fun.
Caroline Halazy
dans Les inrocks 2 THE CURE (1er
trimestre 2005)
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