Note : **
Le single, The End Of The World, au rythme presque allègre n’est pas le meilleur titre du disque éponyme des derniers survivants de la vague new-wave anglaise originelle. En revanche, Lost et The Promise font partie des meilleurs jamais commis par le groupe. Le premier, qui ouvre ce treizième album est une montée en tension obsessionnelle et implacable. Et le second, l’un des morceaux les plus directement rock qu’il ait jamais tenté. The Cure est et a toujours été piloté sans partage par Robert Smith. Il a plusieurs fois sonné le glas de la formation pour finalement toujours rester accroché à cette bannière tourmentée. Pourtant, cette fois, il a laissé une part de son pouvoir à un producteur, Ross Robinson, plus connu pour son travail avec la vague néo-metal (Korn, Limp Bizkit, Slipknot), mais fan absolu de The Cure. Sans changer la forme même de la musique, Robinson a réussi à réveiller la passion et secouer les habitudes. Pour la première fois depuis l’inaugural Three Imaginary Boys, Robert et ses comparses ont enregistré en conditions live. Pour la première fois depuis toujours, Robert Smith a achevé tous ses textes avant d’enregistrer. Que le texte puisse influer sur l’intention du jeu est un concept évident, ce ne l’était pas pour The Cure. Le résultat est un disque dense et souvent intense qui retrouve même cette petite dose d’agressivité primale montrant qu’on est bien vivant. Smith explore en détail les thèmes de l’amour perdu ou aliénant avant de conclure par un Going Nowhere évocateur d’une réconciliation aussi fragile qu’inquiète. The Cure a trouvé son remède à la routine et c’est vraiment une bonne nouvelle.
Philippe Richard dans
magic, n°83 de août/septembre 2004
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Dégraissé, The Cure échappe à son destin de dinosaure et se transforme en papillon noir.
La pochette, ornée d’un dessin d’enfant griffonné avec ardeur et sommairement peinturé, annonce la couleur autant que le trait : le treizième album de The Cure est une œuvre rêche et revêche, crayonnée à la pointe sèche et arrangée sans manières. En s’adjoignant les services du producteur américain Ross Robinson (Korn, Slipknot), les Anglais semblaient s’engager dans la pire des impasses : on les imaginait déjà en clowns grimaçants et vieillissants, vociférant comme de pauvres diables sur les tréteaux vermoulus d’un pathétique Barnum rock’n’roll. Lucides, Robert Smith et les siens n’ont heureusement pas souhaité s’aventurer sur le terrain du nu-metal ; ils ont préféré jouer la carte du nu intégral. Avançant à découvert, couteau entre les dents, ils sortent enfin des épaisses brumes vespérales dans lesquelles ils s’étaient enfoncés et réfugiés depuis Disintegration. Dès Lost, spirale ascensionnelle dans laquelle il est impossible de ne pas être aspiré, le décor est planté : voix aussi brûlante qu’un jet de salive, guitares biseautées, lignes de basse tracées au cordeau, batterie sévère mais juste, synthés réduits à la portion congrue... Débarrassée des enduits sonores qui lui graissaient les ailes, la créature de Smith s’arrache enfin, cesse de jouer les chenilles processionnaires new-wave pour se transformer en papillon noir. S’il n’a pas abandonné sa coiffure d’épouvantail ni son nécessaire à maquillage, le chanteur a au moins compris qu’en matière de musique il n’est pas de métamorphose plus spectaculaire que de tomber les masques et de revenir à soi. La démarche est d’autant plus courageuse et honnête qu’elle ravale la façade du groupe sans gommer pour autant toutes les empreintes laissées par vingt-cinq ans de travaux en tous genres. Tour à tour pop (The End Of The World, improbable bras de fer entre New Order et Sonic Youth), psychédélique (Labyrinth, The Promise) et atmosphérique (Anniversary, Going Nowhere), The Cure est un disque à facettes anguleux, plein d’aspérités, dans lequel la voix même de Smith, hier pâteuse, retrouve son grain d’origine, sa sonorité grêle et grinçante. Précis dans ses colères (Us Or Them) comme dans ses élans amoureux (Taking Off), The Cure retrouve la formule explosive qui était la sienne du temps de Pornography, et parvient enfin à faire parler une poudre qui ne soit pas seulement de perlimpinpin. Après un disque pareil, qui évoque moins un dépôt de bilan qu’un assainissement des comptes, on ne serait pas tout à fait étonné que Smith et ses sbires rempilent pour un petit quart de siècle.
Richard Robert dans Les Inrockuptibles
n°448 du 30 juin 2004
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La félicité, ce sentiment banni de la cité intérieure de Robert Smith, 26 ans à courir après ses démons... Mais d’ailleurs, sont-ils toujours réels, ou devenus une simple marque de fabrique ? Peu importe, tant qu’ils insuffleront pareille inspiration... Ce douzième album studio ne déroge pas à la règle. Il compte ses diablotins, colériques, cinglants. Ici, c’est The Cure face sombre, plus tendu que le précédent “Bloodflowers” (2000), plus percutant que le désastreux “Wild Mood Swings” (1996). A vrai dire, les Anglais n’avaient jamais été aussi bons depuis “Wish” (1992). Voire meilleurs, tant la production de Ross Robinson (Slipknot, Korn, At The Drive-In...) épure leur musique, la débarrasse de ses ornements parfois superflus. “The Cure” sera brut, rock et lancinant, les amateurs de la face pop du groupe risquent d’être déçus... Et “The Cure” sera frais, tant les références au passé ne sombrent pas dans l’évidence, seule l’hystérie des guitares suggérera, parfois, le morceau “The Kiss”. Et Robert Smith se balade, avec grâce, affichant ses rancoeurs (“Us Or Them”), cédant à un hypnotisme morbide (“The Promise”) ou se réfugiant dans une bulle psychédélique (“Labyrinth” et son thème oriental façon “Wailing Wall”). La seule accalmie viendra alors de “The End Of The World”, premier single en forme de jolie comptine pop, frêle et romantique. Certes, ce groupe ne retrouvera jamais l’ivresse suicidaire de “Pornography”. Certes, on pourra désormais déplorer la surexposition, inutile, du chant de Fat Bob... Mais pour le reste, rien à dire : The Cure vient de réussir un nouveau hold-up, magistral, dans le jardin secret du spleen.
Damien Almira dans Rock &
Folk n°443 de juillet 2004
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«C’est le meilleur disque de notre carrière. Si vous ne l’aimez pas, vous n’aimez pas The Cure.» Ainsi Robert Smith présente-t-il le nouvel album, sans titre et au son brut, de son endurante formation — vingt-six ans d’une tortueuse existence. Première réaction, à l’écoute des douze chansons dont les mélodies, les montées d’accords, les roulements de batterie, les chorus de guitares et les lignes de basse en évoquent immanquablement d’autres, plus anciennes : on a connu Robert Smith plus inspiré. Mais on a appris, avec The Cure plus qu’avec tout autre, à se méfier des réactions hâtives. Le leader du groupe, en conservant depuis ses débuts le même style — autant dans l’apparence que dans le son, à commencer par son unique râle vocal —, a tissé une relation à part avec ceux qui l’écoutent. Un lien exigeant, impliquant une immersion totale qui seule permet de distinguer et d’apprécier les vertus d’une trop grande familiarité. Car les émotions que chante encore et toujours Robert Smith — le combat quotidien pour entretenir la flamme de ses premiers émois, la vaine tentation d’un changement pour le changement — sont identiques à celles qui l’unissent à son public. Il s’agit bien ici d’une histoire d’amour, avec son lot de lassitude et d’usure, mais aussi le plaisir irremplaçable de la redécouverte, de l’approfondissement de la connaissance de l’autre. Qu’apprend-on, au long de cet album enregistré quasiment live en studio, qui rappelle tantôt les plages intenses de l’austère Pornography, tantôt les expérimentations de Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me ? Qu’avec le temps plus Robert Smith s’égare (le disque démarre par le superbe et lent Lost), plus il se retrouve. Fidèle à lui-même.
Hugo Cassavetti dans
Télérama n°2844 du 14 juillet 2004
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Pour
fêter son 28e anniversaire, le groupe s'offre un nouveau
label américain (I am/ Geffen), avec un contrat de trois
albums, dont le premier sort le 28 juin. Sans oublier la
tournée d'été «Curefest»,
comparée à l'«Ozzfest» du revenant hard
glitter Ozzy Osbourne, rouge à lèvres en plus. Cet
été américain sera-t-il «le meilleur
de Cure», comme le prophétise Entertainment
Weekly ?
Premier disque depuis Bloodflowers en 2000, le 13e Cure
doit beaucoup à Ross Robinson (Limp Bizkit, Slipknot, At
the Drive in). A Londres, le producteur a tenu à
enregistrer les titres en direct afin de retrouver un son proche
des débuts. «L'album s'appelle The Cure,
si vous n'aimez pas, vous n'aimez pas The Cure», a
souligné Robert Smith, en un hasardeux clin d'oeil à
la formule bushienne («Si vous n'êtes pas avec
nous, vous êtes contre nous.»)
Après le concert de Coachella, le chanteur immuable a fait
écouter le disque et une quarantaine de morceaux à un
groupe de fidèles. Réactions discordantes : une
«fan de longue date» s'est «retenue
de chialer» et pas de bonheur. Mais, comme souvent
avec The Cure, la première impression est sujette à
évolution. Dense et sombre, l'album démarre avec
Lost, lent, torturé et peu flamboyant (I can't
find myself). Les treize chansons suivantes se fondent en un
long lamento : Smith distille erreurs, souffrance et sentiment de
trahison dans des textes introvertis, comme s'il tournait en rond
dans sa coquille. Ou, plus exactement, ne sortait plus de sa
demeure anglaise de bord de mer. C'est d'ailleurs sur un mur de sa
maison, toujours dans la même pièce, qu'il affirme
écrire ses textes.
Mais le passé se fait sentir : un plan de guitare de 17
Seconds par ci, un épisode recyclé de The
Kiss par là. Le chant impressionne, mais
peut-être pas tant que sur les récentes collaborations
extérieures de Smith : le tube dance Da Hype avec
Junior Jack, le lascif Truth is sur l'album de Tweaker,
voire All of this sur le dernier Blink-182 autant de
foucades qui ont stimulé la relève curiste
américaine.
Emmanuelle Richard dans Libération du
lundi 21 juin 2004
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Cela fait six bons mois, voire plus, que le suspense perdure. Depuis que l’on sait que Robert Smith, leader et âme de The Cure a travaillé avec un certain Ross Robinson. Les observateurs se demandent donc si Robinson (qui, pour mémoire, a produit Korn, Limp Bizkit, Slipknot, At The Drive-In) a transformé The Cure en groupe de néo-metal. Eh bien non. Après une paire d’écoutes, il semblerait bien que l’influence de Robinson se situe plus au niveau de l’attitude qu’à celui du son proprement dit... même s’il est indéniable que celui-ci a subi quelques modifications par rapport à l’album précédent, Bloodflowers. Ce dernier aspect trouve sa parfaite illustration dès le premier morceau : “Lost” constitue sans doute le titre le plus “violent” et torturé qu’ait jamais enregistré The Cure, avec de ces guitares, pour lors, assez typiquement “robinsoniennes”, discordantes et corrompues par une wah-wah malade. Et Robert monte, monte, poussé par une batterie cardiaque, tentant de hurler ce “I can’t find myself”. Le titre suivant, “Labyrinth”, confirme l’orientation très brumeuse de l’album qui culmine avec “The Promise”, l’avant-dernier titre, dix minutes furieusement psychédéliques poussées par un Jason Cooper en plein délire derrière ses fûts et une wah-wah cette fois “kornienne” en diable. Il y a bien trois titres plus pop et même un rock assez sauvage, “Never”, sur lequel Smith grimpe assez haut grâce à un Cooper décidément déchaîné. Mais l’atmosphère de The Cure est, globalement, assez plombée. Le répit ne vient qu’en toute fin du disque, avec “Going Nowhere”, une ballade mélancolique posée au piano avec la seule intervention — audible — de guitares acoustiques. Mais honnêtement, il s’avère encore tôt pour savoir si l’on a affaire à un grand disque de The Cure ou à un grand disque tout court.
Manuel Rabasse dans Rolling Stone
n°20 de juillet/août 2004
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