Le 9 décembre au soir, les Américains de Low donnaient une prestation splendide au Café de La Danse parisien. L’occasion d’entendre live une bonne partie de leur album Trust sorti en septembre dernier.
Trop vite
catalogué au rayon des dépressifs américains,
taxé d’être le groupe "le plus lent du monde" et
si souvent conspué pour n’avoir rien d’autre
à proposer depuis sa formation en 1993 qu’un slow-core
froid et sans âme, Low mérite définitivement
que l’on se penche un peu plus sur son cas.
En presque dix ans d’existence, et presque autant
d’albums (on vous épargnera le décompte des
EPs, singles, split singles et autres projets…), la musique
de ce trio débonnaire a subi l’une des mues les plus
captivantes repérées dans tout le Grand Ouest. En
effet, Low a progressivement abandonné les tics
maniérés de ses camarades d’époque
(Codeine, Acetone…) pour confronter son écriture
racée au riche patrimoine musical de son pays.
Originaire de Duluth dans le Minnesota, région où la
neige fait si souvent office de second manteau, Low a ainsi
réchauffé sa musique près du feu, apportant
chaleur et réconfort au bienheureux osant passer
par-là.
Dans les superbes harmonies vocales d’Alan Sparhawk et Mimi
Parker, couple à la ville comme sur disque, le visiteur
reconnaîtra ce bonheur simple du chant à plusieurs
qui, des Beach Boys à Simon & Garfunkel, a toujours
été l’apanage de nos cousins américains.
Les sons qu’Alan tire de sa vieille Telecaster ont
également plus à voir avec le sorcier Neil Young
qu’avec l’amicale des dépressifs
indépendants.
Folk, country, soul, gospel et blues se retrouvent ainsi dans le
répertoire de Low, mais ne tournent jamais à
l’exercice de style tant le groupe a su trouver ses habitudes
dans un minimalisme exigeant qui pourrait passer pour de
l’ascétisme s’il ne se révélait
d’une richesse insoupçonnée après
quelques écoutes. Unis pour en faire le moins possible,
Alan, Mimi et leur bassiste Zack jouent chaque note comme si
celle-ci était la vérité même.
On retrouve également ce caractère typiquement
américain dans cette volonté inébranlable de
toujours parcourir la planète pour jouer sa musique à
la manière des pionniers. Low a ainsi posé une
nouvelle fois ses valises à Paris (six fois en quatre ans,
ça commence à ressembler à une réunion
de famille !) pour le plus grand plaisir de ses fans.
Extrêmement fier de son dernier album, le splendide
Trust, Low gratifiera son public de presque la
totalité de ses chansons, commençant par un
glaçant (That's How You Sing) Amazing Grace et
terminant après une heure et demie de concert avec I Am
The Lamb, splendide démonstration de la puissance
hypnotique de Low sur scène.
Entre ces deux morceaux de bravoure, le public est happé
dans la terrible montée de Little argument with
myself, dans le folk reposé d’In The
Drugs, retrouve avec plaisir ces toujours précieux
Sunflower et Two Steps d’antan,
découvre les reprises habités de Fearless,
piqué au Pink Floyd période Meddle, et du
classique bluegrass You Are My Sunshine (récemment
entendu sur la BO du film O' Brother Where Art Thou?
interprété par Norman Blake).
Une prestation exemplaire - une habitude chez Low -
renforcée par un silence religieux du public. Un silence
dont la musique du trio se nourrit, laissant chaque souffle, chaque
glissé sur le manche hypnotiser un peu plus
l’assistance.
Martin Cazenave
dans Les inrockuptibles du 10 décembre
2002
© 2002 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits
réservés.
Monday, 9 December
2002
Café de la Danse, Paris, France
Track list :
(That's How You Sing) Amazing Grace / John Prine / Tonight / Candy
Girl / Sunflower / In the Drugs / Fearless / La La La Song / Canada
/ Two-Step / Laserbeam / Little Argument With Myself
encore: Last Snowstorm of the Year / Bright / Long
Way Around the Sea encore #2:
Sunshine / The Lamb


