Note : *****
Rarement groupe aura si bien porté son nom. Depuis 1993, le trio de Duluth (d’où est également originaire un certain Robert Zimmerman), Minnesota, fait l’éloge de la lenteur, avec une constance, une excellence et une prolixité qui en font l’une des formations les plus passionnantes de l’époque. Les plus tristes également. Pour fêter leur dixième anniversaire discographique — leur premier album au titre programmatique, I Could Live In Hope, est paru en 1994, sur le label Vernon Yard Recordings —, Alan Sparhawk (guitares, voix), sa femme Mimi Parker (voix, percussions) et Zak Sally (basse, claviers) s’offrent aujourd’hui un superbe coffret rétrospectif, dont le graphisme sobre et le bleu pastel siéent parfaitement à une ligne de conduite des plus exemplaire. Jamais à court d’inspiration, des années, les supports discographiques (45 tours, picture discs, cassettes, etc.), les reprises, les collaborations (avec les producteurs Kramer et Steve Albini, le groupe Dirty Three...) et autres participations à des compilations en tout genre (magazines, hommages, radio). S’il a souvent fait sien le répertoire des autres, avec un sens de la relecture et de l’à-propos rarement démenti (Surfer Girl des Beach Boys, Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me des Smiths, Blowin’ In The Wind de Bob Dylan, Blue-Eyed Devil de Soul Coughing...), le groupe a même publié en décembre 1999 un album de Noël, simplement baptisé Christmas, qui lui a valu un tombereau d’éloges critiques, sans parler des fans transis, qui frôlèrent la crise d’apoplexie, la veille du réveillon et de la dinde aux marrons. Évidemment, ce coffret riche en sons et en images (cinquante-deux morceaux répartis sur trois Cd’s, un double Dvd constitué de documentaires, d’extraits de concerts et de clips (sic)), s’adresse prioritairement à eux, mais pas seulement. En effet, il n’est jamais trop tard pour plonger dans les ténèbres et entrevoir la Low-mière. Découvrir (ou réentendre) des titres lysergiques comme Lullaby (la première composition de Mimi Parker, qui n’est pas sans rappeler le Cure cafardeux des débuts) ou Cut (la toute première chanson écrite par le groupe) suffit à résumer l’anesthésie addictive produite par Alan, Mimi et Zak. D’où l’expression souvent utilisée de... Low qui dort à leur endroit. À la fois monochrome et spectrale, crépusculaire et sereine, cette musique ô combien fascinante possède des trésors insoupçonnés, tel un inexplorable puits sans fond.
Franck Vergeade
dans magic, n°84 d'octobre 2004
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Mine de rien, Low
vient de fêter son dixième anniversaire : un
anniversaire en grande pompe, fêté comme il se doit
par un bel objet discographique, ce A Lifetime Of Temporary
Relief, coffret de trois CDs, complété par un
DVD riche en surprises.
L’occasion est parfaite – pour le groupe comme pour
nous, gentils auditeurs – de faire le point sur ce groupe
américain, originaire de Duluth (Minnesota), que trop de
gens imagine se complaire dans une idée parfaitement
monomaniaque de la musique.
Formé par le couple Alan Sparhawk et Mimi Parker,
accompagné par leur ami bassiste Zak Sally, Low est
l’exemple même de la sobriété,
jusqu’à l’entêtement. Une guitare
économe, une basse à la limite du silence et un kit
de batterie réduit au minimum (une caisse claire et une
ride) : chez eux, le silence entre deux notes est aussi lourd de
conséquence que les notes qui l’entourent.
"Comme si Joy Division rencontrait Simon & Garfunkel"
: C’est par cette drôle d’association que le
groupe décrit sa propre musique. Cette rencontre, totalement
improbable, se déroule pourtant depuis une dizaine
d’années, sur les différents albums du
groupe.
Sur leurs premiers albums, produits par l’artisan Kramer, on
est pourtant plus proche du Closer de Joy Division que des
deux boys-scout du folk. Ce n’est qu’à partir de
l’indispensable Secret Names (1999) que la
consonance folk du trio prendra de l’ampleur, notamment
grâce aux harmonies vocales divines du couple
Alan/Mimi.
Si, sur disque, le maniérisme éhonté de ces
musiciens a souvent été critiqué, ceux qui ont
vu le groupe sur scène savent, contre toute attente, que le
groupe s’y révèlent passionnant. Car
c’est sur scène, débarrassé de ses
artifices, que la musique du groupe se montre la plus
généreuse, toujours sur le fil entre le ridicule et
le divin.
Dans une ambiance presque religieuse, les concerts de Low sont
autant d’instants chipés à
l’éternité : on s’y recueille, on
s’émerveille et on en ressort les larmes aux yeux,
persuadé d’avoir vécu hors du temps pendant un
peu plus d’une heure.
A l’écoute du coffret A Lifetime Of Temporary
Relief, coffret de 3 CDs et un DVD, on comprend mieux le
parcours atypique de ce groupe, parti des limbes du sous-genre des
sous-genre, le slow-core, pour mieux accéder à cette
intemporalité rêveuse. Entre faces B, extraits live,
morceaux rares et l’ensemble des clips,
complété par deux documentaires passionnants, A
Lifetime Of Temporary Relief arrive donc à point pour
remettre les pendules à l’heure.
Martin Cazenave
dans Les inrockuptibles du 15 juillet 2004
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Low commence par un
L comme lent, lysergique, léthargique ou lescargot. Low joue
lentement, patiemment, des berceuses vénéneuses, des
chansons qui ont poussé la logique apaisante du
troisième album du Velvet (dit "l’album au
canapé") jusqu’à l’extrême
(chansons dites "du plumard sous l’édredon"). Beaucoup
de groupes américains – il existe même deux
mouvements parallèles (slowcore et sadcore) pour les
décrire, même si le mot "mouvement" ne semble pas trop
adapté à cette espèce engourdie – jouent
ainsi avec les nerfs (ankylosés) et les humeurs
(mélancoliques). Mais aucun n’a atteint le raffinement
et l’ampleur sonique de Low. Low mérite douze points
au Scrabble et aujourd’hui un joli coffret bleu ciel (couleur
du spleen léger) où ranger la cinquantaine
d’inédits, de maquettes ou de chansons rares,
éparpillées sur des singles, des compilations ou des
hommages… L’occasion, notamment, de recenser une
partie seulement des nombreuses reprises osées par les
Américains (Smiths, Bee Gees, les Beach Boys, Dylan ou Pink
Floyd) – un art de la déconstruction, du
dépouillement, du recueillement et de
l’anesthésie dans lequel Low excelle.
Réparties sur trois CD, ces comptines égrenées
note par note, chantées avec la ferveur d’un gospel de
l’ère glaciaire provoquent une assez jouissive torpeur
et une violente chute de température. Elles demeurent
pourtant systématiquement hospitalières, car
habitées et résolument pop sous leurs faux airs
désolés, sous leurs silhouettes de natures mortes. Si
cette "pop" panoramique s’écoute en image par image,
elle se regarde désormais aussi, grâce à un DVD
double face où le groupe a recensé ses films de
vacances, ses archives de tournées, ses souvenirs
d’enregistrements (le making-of de deux albums :
Trust dans une église et In the Fishtank
dans un studio d’Amsterdam, en compagnie de Dirty Three) ou
ses onze clips, qui sont aux vidéos chaudasses de R&B ce
que la ceinture de chasteté est à Rocco Siffredi. Une
masse considérable d’images qui, à la fac de
médecine, pourrait enseigner les effets secondaires
d’une cure de Lexomil, Valium et Codéine. On y voit
ainsi logiquement Low marcher au ralenti sur une banquise, rire
quand il se brûle, répondre à des journalistes
français, parler de spiritualité dans le
désert, s’enflammer au souvenir du punk-rock, se
moquer des douanes canadiennes ou passer l’aspirateur. Des
images plutôt frustrantes et rabat-joie, car nettement moins
mystérieuses et bienfaisantes que celles
suggérées par ces chansons qui imposent la
divagation.
Jean-Daniel
Beauvallet dans Les inrockuptibles du 28 juillet
2004
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