Genre : Rock
alternatif USA
Note : ***
Déjà dix ans d’activisme (de moins en moins) confidentiel pour Idaho, et, malgré ce titre en forme de repentir, pas une note dont il ait à rougir. Cette vraie-fausse compilation, composée exclusivement d’inédits et de chutes de studio, retrace assez fidèlement, et dans le désordre chronologique, les différentes périodes de ce prolifique pionnier du slowcore. Des débuts en combo indé triste et efficace, où la guitare à quatre cordes de Jeff Martin sous-tendait avec une agressivité contenue des compositions d’une vraie finesse, ce disque offre surtout le désenchanté Carefully Turning. Au milieu des années 90, le co-fondateur John Berry s’en va voir ailleurs, et les guitares se corsent. C’est de cette époque que proviennent essentiellement ces dix-sept titres, qui évoluent entre cavalcades alambiquées (Come Over, Flat Top), ballades retorses (Shoulder Back, A Second Chance) et petite merveille d’OVNI californien nommé Much Closer Now. Les très beaux Nothing Wrong (issu des sessions de Hearts Of Palm) et Stayin’ Out In Front témoignent, eux, de l’ère dite adulte d’Idaho, qui lui valut (enfin) un surplus de reconnaissance. Aussi divers que cohérent, We Were Young And Needed The Money contient de petits détours stylistiques réjouissants qui furent pourtant écartés des albums précédents. Heureusement, ça n’était pas non plus une raison de nous les cacher.
Gilles Duhem dans
magic, N°64 de Septembre 2002
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Originaires de Los
Angeles, Jeff Martin et John Berry avaient choisi le nom Idaho
parce que “c’est un Etat loin de tout,
mystérieux, on ne connaît personne qui y vit”.
Un beau nom pour se perdre ou se faire oublier. Depuis
l’épicentral Year After Year (1993), disque
emblématique de la vague dite "slowcore", les disques
d’Idaho n’ont jamais démérité,
sonnant toujours comme des tremblements de terre au ralenti. Le
problème d’Idaho étant que pas grand monde
n’a ressenti les secousses. Le désespoir a
donné naissance aux chansons d’Idaho, l’espoir
fait durer le groupe. En attendant un probable futur
chef-d’œuvre, Idaho offre à ses fans, peu
nombreux mais fidèles, une compilation rétrospective
de titres inédits enregistrés au cours des dix
dernières années.
A l’origine, la compilation devait s’appeler
Fabulous Partying Gifts. "Gifts", parce qu’Idaho
fête ses dix ans d’existence. "Partying", parce que
Jeff Martin a de l’humour. "Fabulous", parce qu’il y a
vraiment quelque chose de fabuleux dans la musique d’Idaho.
Ses chansons soniques et lentes, Jeff Martin les chante comme un
naufragé rejeté par la mer au moment où il
allait se laisser couler, au bord de l’épuisement et
de l’extase. Son élément naturel, c’est
un magma de guitares carbonisées, craquelées,
désagrégées.
Des guitares à quatre cordes, faites maison, parce que Jeff
Martin n’a jamais été fichu de jouer de la
guitare comme tout le monde. Après trente-cinq ans de
pratique (il a commencé à jouer du piano à
deux ans, sur le Steinway de sa grand-mère) et dix ans
d’Idaho, Jeff Martin ne maîtrise toujours pas la
musique. C’est elle qui le contrôle, le guide et le
dépasse.
Stéphane Deschamps dans Les
Inrockuptibles du 18 septembre 2002
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Aprés dix années d'une existence aussi discrète qu’exemplaire, Idaho fait presque figure de vétéran d'une scène alternative-rock US dont l'âge d’or se situerait dans les 90's. Ça tombe bien, "We Were Young..." regroupe des enregistrements inédits allant de 1992 à 2000 et dont certains ont été effectués chez Jeff Martin lui-même. Sans pour autant que ces derniers soient particulièrement remarquables au milieu des autres, tant le groupe met un point d'honneur à ne pas s'écarter d'une ligne de conduite bien spécifique : batterie métronomique et sans fioritures, basse très clairement influencée par la new-wave anglaise, guitares évoluant dans une nébuleuse toute neil youngienne, chant de slacker harassé par une journée de blocage intensif, et qui évoquerait presque parfois un Jay Mascis présentable. Témoignage historique d'une lo-fi intransigeante, inspirée et débordante d'humanité.
Laurent Garcia dans Rock Sound hors
série n°24 "Un an de rock
: 2002 en 400 disques"
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En 2002, Idaho fête ses dix ans. Le groupe de Jeff Martin comptabilise six albums studio, un album live, une poignée de formats courts et désormais aussi une compilation de titres écartés, enregistrés de 1992 à 2000.
We Were Young and Needed The Money s’adresse plus au fan qu’au découvreur qu’on orientera plutôt vers les albums studios. 17 titres, soixante minutes qui laissent la part belle à des guitares vibrantes, agitées et sombres, assez éloignées de la marque de fabrique slowcore et des dernières sorties discographiques plus douces et apaisées.
Le disque ne suit pas un ordre chronologique, Jeff Martin semble avoir voulu brouillé les pistes, les repères, à la recherche d’une certaine cohérence d’ensemble, comme pour vouloir faire de ce disque un vrai album. Les notes de pochette sont à ce titre difficilement lisibles. On aurait préféré qu’elles soient plus riches, qu’il prenne le temps d’expliquer le parcours de chaque morceau et l’histoire qu’il cache, on se contentera de la deviner.
Le co-fondateur de Idaho, John Berry, résume bien la situation dans le dossier de presse: ‘A lot of these songs seemed too “poppy” or too conservative to us at the time we recorded them’. Chacun de ces morceaux a été d’une façon ou d’une autre écarté des disques parce qu’il ne collait pas à l’ensemble, il faut d’ailleurs à ce point reconnaître à Idaho ce talent et souci de cohérence et qualité sur leurs albums.
Social Studies (99) a ainsi et probablement été écarté de Heart of Palm car trop pop et dissolu, mais tout autant sombre et rêveur d’un autre côté, quelque part entre deux eaux, hésitant, ne sachant pas très bien quelle option choisir.
Teeth Marks (95) vient de la période Three Sheets to the Wind, même caractère aérien et sophistiqué. La nature un peu trop pop et noisy – les guitares à la fin - du morceau a du lui valoir son écartement mais cela reste un morceau intéressant.
Bizarre que le très beau This Day (97) n’aie jamais trouvé place sur le Forbidden E-P ou sur Alas. L’alchimie fonctionne ici à merveille et nous immerge dans l’univers grandiose de Idaho.
A l’opposé on comprend très bien la remise du lourdaud et quasi-grunge Come Over (96), arrivé trop tard pour remplir un peu plus This Way Out’ (94) ou Year After Year (93). En 96, Idaho naviguait définitivement vers d’autres eaux. Flat Top (96) est un autre de ces brûlots, victimes du tournant de carrière.
Shoulder Back (95) est une des quelques pépites que cette compilation révèle. Rien de nouveau mais une gemme de plus à l’actif d’Idaho première époque. ‘Breathe’ tente le doublet, même session d’enregistrement dessinant des paysages communs, mais reste une honorable face B.
A Second Chance (96) a du rater de très peu sa qualification, morceau habité et vibrant, manquant peut-être d’un peu de clarté. Straw Dogs (96), Signs of Life (96) – très beau - , Much Closer Now (96) poursuivent, peut-être signes d’un disque avorté. Il est en effet curieux de constater comment plus de la moitié des titres (9 sur 17) datent des années 95 et 96, zone probablement troublée de l’histoire d’Idaho.
Sur Spiral (99), Nothing’s Wrong écarté de Heart Of Palm, on retrouve le groupe en phase de renaissance, débarqué de ses labels et lancé dans l’aventure de l’autoproduiction. Stayin' Out In Front (00) est un peu imbuvable, trop poppy et manquant de retenue.
L’album se termine alors avec trois morceaux datant des débuts (92), extraits de l’époque du Palms E-P et du premier album Year After Year. Un peu datés, on leur préférera les vrais disques.
We Were Young and Needed The Money est un disque pour collectionneur archiviste, pour ceux qui ont usé les vrais albums d’Idaho a force de les avoir écoutés et qui, par nostalgie, recherchent un peu de saveur fraîche issues des mêmes eaux, des bouts d’histoire à compléter, à recoller.
Didier sur www.matamore.net

