Genre : country, folk
USA
Note : ****
D'ordinaire, les chroniques des compilations de titres introuvables ou inédits se terminent par la mention "for fans only". Mais Will Oldham n'est pas un compositeur ordinaire. Le petit prince de la country n'a-t-il pas signé avec le volume précédent, Lost Blues And Other Songs, son meilleur album aux oreilles de beaucoup (les éternels nostalgiques de l'intouchable Ohio River Boat Song) ? Avec ce second volume — où l'on retrouve l'inquiétant Stable Will, en version live —, l'auteur le plus prolifique de sa génération, avec Beck, nous gratifie de sa livraison annuelle. Un disque compilé certes, mais à mettre entre toutes les mains. Car de la dizaine de chansons rares ici regroupées, beaucoup feraient office de devantures pour musiciens besogneux. Avec ou sans son orchestre de bal (perdu), Will Oldham n'a en effet pas son pareil pour prendre l'auditeur à la gorge avec sa voix effilochée (le vibrant Every Mother's Son). Même quand l'instrumentation se fait plus organique (The Spider's Dude Is Often There, For The Mekons Et Al), plus cotonneuse (The Risen Lord, Boy, You Have Cum ...), le natif du Kentucky chante toujours comme un saule pleureur. Sauf quand il se tait et passe la bande de Twin peaks à l'envers (Gezundheit). Inutile de préciser que cette compilation est aussi nécessaire que la précédente et que la prochaine qui suivra sans doute.
Franck Vergeade dans magic! n°39
mars 2000
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Une compilation de raretés et cocasseries permet d'y voir plus clair chez Will Oldham : il fait tout noir.
La version facile de cette chronique constituerait à écrire que cette seconde collection de faces B, raretés, 45t allemands, hommages, extraits de concerts étalés comme une marée grise dans le noir du temps, s'adresse uniquement au fan de Will Oldham/Palace. Bien. Soyons un peu hautains. Laissons tomber la version facile, qui ferait quelques blagues sur la reprise châtrée du Big Balls d'AC/DC en blues canonique ou sur Gesundheit qui sample Twin Peaks, pour s'attaquer à une version critique nettement plus difficile, un championnat du monde de sophisme. Alors voilà. Il faut savoir que les disques de Palace ne se sont jamais adressés qu'à des fans ultimes. Qu'ils ont toujours réclamé, comme des chatons à leur naissance, dans un timide piaulement, cette part transie de vous-même, c'est-à-dire une foi indiscutable, inconditionnelle, pour supporter le murmure de confessionnal, d'aveu pénible, de péché irrémédiable, à quoi se résume à son meilleur la voix effondrée de Will Oldham. Palace, c'est le secret de la confession, si contesté actuellement. Il n'y a pas de jugement à émettre, pas de critique à développer. Face à ce fagot de chansonnettes épineuses, cette attitude miséreuse, ces accents pouilleux, cette façon dénudée de s'avancer, les mains déjà stigmatisées — ce qui constitue depuis l'origine l'élégance secrète mais imparable de Will Oldham — l'auditeur est sommé de tourner le dos ou de se convertir sur le champ. Et, parallèlement, que le critique soit évangéliste ou Romain. Ouh les mécréants ! Palace est la plus petite église du monde. Les vitraux sont cassés. Une tempête a depuis longtemps emporté le clocher. Les troncs ont été fracturés par de jeunes urbains en perdition. Sur les bancs, quelqu'un a gravé au canif : O Lord are you in need ? Là-bas, au fond, les officiants. On les entend à peine. Ils ne chantent pas, ils chuintent. Will Oldham fait des génuflexions comme Phil Collins fait des pompes, compose ainsi qu'on grave O Lord Are You In Need ?, au canif, sur les bancs d'une petite église de campagne. Ici, on joue blues et country comme si ce n'était pas des genres musicaux, mais des vérités théologiques. Ceux qui ne comprennent pas ne doivent pas comprendre grand-chose à grand-chose. Ceux qui ne voient pas ce qu'il y a de subversif et de dangereux à maintenir cet écart par rapport à tout sont, hélas, aussi nos contemporains.
Arnaud Viviant dans Les
Inrockuptibles N°230 du 15 février 2000
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On sait bien que les albums de Will Oldham (Palace Brothers, Palace Music, Bonnie 'Prince' Billy, etc) ne sont que la partie visible d'une oeuvre autrement plus riche et plus complexe, notamment grâce à un nombre incalculables de singles vynile ou E-P, tous édités à des tirages très limités. Or c'est justement tout l'intérêt de cette série intitulée Lost Blues (inaugurée en 1997 par un premier volume crédité à Palace Music) que d'aider à reconstituer une vision d'ensemble de la discographie pléthorique de ce songwriter essentiel en réunissant quelques-unes de ses perles éparpillées d'un single à l'autre. Donc, en attendant de donner suite à son excellent I See A Darkness sorti l'année dernière, Will Oldham a jugé utile de publier ce Guarapero - Lost Blues vol 2 qui permet, par exemple, de retrouver l'étonnante (et splendide) relecture du Every Mother's Son de Lynyrd Skynyrd. De même, de la country lessivée de The Spider's Dude Is Often There au blues anarchique de For The Mekons Et Al, cette collection de raretés jetées (en vrac et sans ordre chronologique) sur CD contient sa dose de classiques confidentiels (Let The Wires Ring, Call Me A Liar) mais également un certain nombre de surprises comme ce The Risen Lord nappé de synthétiseurs ou l'étrange Gezundheit court-circuité par un conte pour enfants à glacer le sang. Guarapero - Lost Blues vol 2 est donc à consommer en complément des albums, même s'il s'agit aussi d'une pièce essentielle à la compréhension de l'importance de l'œuvre de Will Oldham dans le songwriting américain récent.
Cédric Rassat dans Rock &
Folk n°391 de mars 2000
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