MINIMAL COMPACT : One By One (1981) (*** OLDIES ***) posté le dimanche 07 mai 2006 18:46

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Genre  :  New Wave Europe
Note :  *****


Minimal Compact est formé de trois Israéliens exilés à Amsterdam, Samy Birnbach au chant, Berry Sakharof à la guitare, Malka «Yoyo» Spiegel à la basse, et d’un Hollandais, Max Frankel, à la batterie. Un premier mini-album de cinq titres conçus dans un squatt révèle avec l’aide de Marc Hollander et des musiciens de Mecano un puissant concentré de sensualité orientale, funk urbain blanc et climats revitalisés de l’after-Joy Division. Avec ce premier album, la musique de Minimal Compact se durcit avantageusement, le groupe a développé ses capacités, tous les musiciens chantent, jouent de nouveaux instruments, la production est superbe.
Instrumental ample et mélodique, le morceau d’ouverture paraît contenir des promesses gonflées d’espoir : invocation pour les choses à venir. La pédale d’expression donne à la guitare un son magique d’instrument à archet. Dès le second morceau, le sentiment d’espace s’installe, instrumentation aérée, aux éléments distincts, perceptibles isolément, dans une atmosphère de rituel. Avec une frappe solide et puissante, soudée à la terre et au corps, la batterie renforce l’élément physique où s’équilibrent véhémence et spiritualité. Instrument futuriste, le synthétiseur permet de produire des sonorités qui réveillent le souvenir de musiques anciennes, enfouies dans la subjectivité de l’auditeur. II suffit de voir Samy sur scène pour comprendre sa gravité, dégaine austère de séminariste, voix pathétique de frère du désert. Sur «Take Me Away», c’est Malka la bassiste qui chante : séductions levantines et complexités rythmiques colorent l’expression angoissée d’une urgence qui n’exclut pas la danse, les chorégraphies convulsives, voire le pogo du kiboutznick ! 
«Babylonian Tower», un hit souvent repris en concert par le public, et «Orkha Bamidbar», une ballade chantée en hébreu, sont au coeur d’un métissage musical qui mêle efficacement sonorités modernes et mélopées traditionnelles, ondulation dromadaire et plaintes d’accordéon de réfugié. Sur «Head Section», la grosse caisse marque un tempo très carré autour duquel les instruments réagissent émotionnellement, en dehors de tout arrangement pré-établi : improvisation qui ne peut se répéter, enchaînement de réponses spontanées aux stimulations rythmiques, comme une réaction de type chimique. Sur «Morpheus Secrets», la basse très en avant prend la place du chant : grondements, hoquets, dilatations contrastent avec le lent développement d’une partie cristalline de xylophone et de chaudes sonorités de violoncelle. L’album se termine dans une rumeur d’océan industriel sur lequel se détachent trois notes de basse obstinée.
D’un bout à l’autre de cet album les morceaux s’enflent progressivement sur fond d’éléments immobiles, permanence de l’espace, immensité future où se projettent les tensions et les aspirations du possible. Ouverture et positivité suscitent les images d’une naissance. Les lamentations d’agonie se transforment en chant de mise au monde, sensualité et spiritualité trouvent leur point d’équilibre, âpreté industrielle et mélodie populaire secrètent de nouvelles dimensions sonores, violence et tendresse fusionnent avec une bouleversante puissance de suggestion. Minimal et compact, comme son nom l’indique. Entre swing du désert et brume sur les canaux.

Anaïs Prosaïc dans Rock & Folk n°196 de mai 1983
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