PINK FLOYD : Animals (1977)  (*** OLDIES ***) posté le lundi 08 mai 2006 12:29

Genre  :  Rock Psychédélique UK
Note :  ***


Franchement, je ne croyais plus vraiment dans le Floyd, tant «Wish You Were Here» m’avait semblé empâté, et inextricablement empêtré dans l’ambiguité d’un choix musical révolu et d’un autre non encore assumé. Et voilà que ces «Animals» m’ont rendu ma foi et qu’ils me font retrouver un groupe qui sait encore ce qu’énergie veut dire. Comme Pink Floyd a bien fait de se débarrasser de ses souvenirs maintenant ternis de groupe planant pour ne plus se consacrer qu’au rock, car cela lui va fort bien, du moins sur disque, et en tout cas sur ce disque. «Animals» est une perle, mais pas une perle d’esthétisme richement doré, pas un de ces bijoux trop taillés qui n’ont plus qu’un brillant de gadget. Non, il s’agit de diamant brut, peut-être celui-là même qu’ils n’ont pu extraire de la mine trop explorée de «Wish You Were Here». Brut, oui, car c’est un rock sans fard qui nous est jeté à la face, amer et cinglant, avec des thèmes qui s’attardent lourdement sur vous, insistent, vous vrillent inexorablement. En fait, le Floyd n’a jamais autant swingué, et surtout avec autant de NATUREL. Si son rock reste la perfection même, il ne s’étiole pas dans l’amoncellement des procédés mais conserve tout au long du disque une belle santé de gamin vigoureux. Seconde jeunesse ? Peut-être. En tout cas ce titre d’«Animals» est des plus judicieux, car le Floyd balance comme une bête. Rarement de mémoire de semelle l’on avait été à pareille fête avec Pinky. Il faut dire que Floyd a bien changé avec cet album, et ce très beau «Pigs On The Wing» qui ouvre et clôt le disque montre qui est à présent l’inspirateur principal : Dylan, bien sûr, dont la façon de psalmodier les mots, le style d’accompagnement sont ici parfaitement assimilés. Si «Dogs» est un excellent morceau, à qui l’on peut reprocher quand même de recourir à des procédés déjà bien employés par Pinky auparavant (le coup du slow avec un beau thème de guitare bien crispé), le vrai régal est constitué par la face 2 avec l’enchaînement de ces deux réussites que sont «Pigs», le morceau-roi en concert, et «Sheep», dont la version enregistrée est fabuleuse. «Pigs» et ces coups de hachoir de la guitare, morceau tendu vers une explosion qui se laisse vicieusement désirer, au swing horizontal, et «Sheep», filant comme aux plus beaux jours de «One Of These Days», condensant d’un coup tout le potentiel nerveux accumulé sur «Pigs» en une furia étincelante. L’on comprend décidément pourquoi Roger Waters, principal artisan de ce disque de régénérescence, est fier de son enfant !

Hervé Picart dans BEST n°104 de mars 1977
© 1977 BEST. Tous droits réservés.

Des producteurs aux consommateurs, toute l’histoire d’un nouveau Floyd pas si bête que ça...

Voilà, mes toutes belles, le monstre arrive et dans les milieux bien informés, on voit les beaux jours revenir à grands pas sous la symbolique, ô combien ravigotante, d’un bon steak quotidien des mieux arrosés. Le Pink Floyd nouveau est arrivé et c’est une chose que l’on déguste, que l’on aime et recommande pendant un mois comme ce beaujolais nouveau qui nous est cher. C’est une chose aussi dont je me lasse très vite en attendant celui de l’année suivante. Mais de toute façon et sans hésitation, c’est l’événement chéri des marchands de disques et autres chaînes Hi-Fi, pour être leur meilleur gagne-pain. «Un marchand de disques qui renie le Floyd est un paranoïaque qui s’ignore» disait le poète. Floyd c’est aussi la ruine du marchand de pilules pour être la panacée souveraine contre les maux de tête du jeune cadre dynamique. Floyd c’est surtout l’affaire commerciale la plus énorme venue du rock dans le marché discographique français et c’est enfin, malgré les apparences, un grand groupe, capable des éclats les plus inattendus.
Le Concept.
A l’heure où j’écris ces lignes, «Animals» n’est pas encore sorti, il le sera sans doute lorsque vous les lirez. Elles sont issues d’une seule écoute et, il convient donc de les prendre pour ce qu’elles sont : des informations non-approfondies. «Animals» ne sacrifie pas à la manie du double-album live. C’est un disque simple constitué de deux faces qui se respectent. C’est un disque-concept (évidemment) sur les animaux ou plutôt sur les hommes, visés au travers des animaux (Help me mister La Fontaine). Waters depuis «Wish You Were Here», période durant laquelle il est passé par toutes sortes de problèmes, a changé sa façon d’écrire. Elle est devenue plus personnelle, plus proche de lui-même ; il a fait en sorte qu’elle soit plus représentative de ses humeurs et de ce fait, il est plus touché par ce qu’il écrit. Les textes d’ailleurs, sont un domaine dont Gilmour se désintéresse totalement, la musique restant son seul point d’intérêt, mais nous y reviendrons. «Animals» est donc une vision plutôt pessimiste et cynique de l’humanité divisée en trois catégories de gens : les chiens, les cochons et les moutons. Waters est dur parce qu’il est déçu et peut-être un peu trop lucide, le fait est que nous sommes ramenés à l’état bestial et c’est à vous de choisir l’espèce qui vous convient le mieux. Pour ma part, étant la pureté même, je ne me suis pas reconnu.
La pochette et le cochon.
La pochette du disque présente un cochon des plus nobles. Le Floyd avait pour habitude de faire appel à un certain monsieur Storm, directeur de l’agence Hipgnosis pour la conception de ses pochettes. Or, le monsieur s’est montré des plus indélicats à l’époque de «Wish You Were Here». En effet, quelques semaines après l’exécution de la pochette, il a conçu celle du «Presence» de Zep. La ressemblance saute aux yeux avec évidence, même cadrage, même atmosphère, mêmes couleurs, même conception, «Wish You Were Here» est un concept sur l’absence, l’album de Zep s’appelle Présence... Storm ne s’occupe donc pas de la pochette d’«Animals» et Floyd prend les décisions. Un énorme cochon gonflable de quatorze mètres est fabriqué et l’on décide, pour la promotion, de l’accrocher un soir au-dessus de Battersea Power Station. C’est une centrale thermique de l’après-guerre qui se situe près de la Tamise. Sa construction massive est très stricte et austère, une image assez convaincante d’une métropolis hideuse. On se met donc en mal de gonfler le cochon, une fois, deux fois, il y a quelques problèmes, le cochon est finalement gonflé. On s’essaye à l’accrocher, trois fois, quatre fois, le cochon est finalement posé. Rafales de vent, le cochon se détache et s’envole dans les airs pour une virée nocturne. Nul n’est parfait. On poursuit le cochon, qui s’élève à son aise sans parvenir à le rattraper. La R.A.F. est alertée. Le cochon passe au large de Heathrow, l’aéroport de Londres. Le pilote d’un avion appelle la tour de contrôle pour signaler qu’un cochon est passé devant lui avant d’atterrir. Le trafic de l’aéroport est ralenti afin d’éviter toute collision. Et le cochon se dirige tranquillement vers Douvres et se retrouve au beau milieu de la Manche. Les gens de chez Harvest-Angleterre appellent ceux de chez Pathé-France pour les prévenir : «Les gars, le cochon du Floyd vient vous rendre visite». Mais des vents contraires repoussent vers la côte britannique le cochon qui vient se poser finalement dans un jardin de la campagne anglaise. On imagine aisément l’étonnement du propriétaire de la demeure, en découvrant au réveil, ce cochon voyageur en plein milieu de son jardin...
L’enregistrement.
Le disque a donc été enregistré dans le studio personnel du Floyd, dans le nord de Londres. Les séances ont commencé en Mars et se sont étalées sur une période de six mois. Il est entièrement produit par le groupe, et on retrouve évidemment cette touche fondamentale qui est la caractéristique essentielle du Floyd : la perfection. Cependant et assez bizarrement, on peut noter de temps en temps quelques exécutions brouillonnes au cours du disque et spécialement dans les envolées. Bien sûr ce brouillon reste très propre mais il sert toutefois à dévaluer cette impression, habituelle et gênante chez le Floyd, d’avaler une musique aseptisée. Et la guitare de Gilmour y est pour beaucoup. On sent chez lui, une volonté très nette de durcir ses sonorités et c’est là qu’il prend toute son importance pour les textes de Waters. Les textes sont intransigeants, la guitare ne l’est pas moins.
Le disque. «Animals» est composé de quatre morceaux :
— 1ère Face : «Pigs On The Wing» 1’25 et «Dogs» 17’07.
— 2ème Face : «Pigs» 11’25   «Sheep» 10’27   et «Pigs On The Wing»   1’23
Le matériel n’est pas totalement original puisque «Dogs» et «Pigs» sont d’anciens morceaux joués sur la scène il y a deux ans par le Floyd. «Dogs» avait pour titre à l’époque «You Gotta Be Crazy», c’est d’ailleurs la première phrase du morceau, et «Pigs» s’intitulait «Raving And Drooling». Ces morceaux ont bien sûr été remaniés pour l’occasion. «Pigs On The Wing» débute et clôt le disque avec calme et sérénité. C’est un morceau court d’influence très folky. Une guitare acoustique douce, une voix dans la tradition folk, avec des intonations intimistes. «Dogs» est introduit par une guitare acoustique, c’est le morceau le plus long du disque. Cette guitare va être la base continue du morceau, spécifiquement durant la première partie. Toujours présente. Les solos vont suivre cette trame acoustique qui s’impose comme le soutien essentiel. Originalité propre au Floyd, la guitare acoustique a toujours eu une importance profonde bien que camouflée. C’est un solo de Gilmour qui ouvre la marque et cette dualité électrique-acoustique est du meilleur effet. Entre la voix, pressée, hachée, très énergique, qui est relayée par le synthétiseur, solo soutenu toujours par la guitare acoustique. Le ton redescend pour laisser place aux aboiements, c’est le break traditionnel du Floyd : accalmie pour mieux refaire partir la machine, puissance en latence et départ habituel sur le solo étiré de la guitare. Mais bientôt elle change de directive, se fait plus dure, les riffs sont secs, Gilmour joue avec une guitare hard aux sonorités violentes, c’est une nouveauté qui relève d’une volonté de changement dans sa démarche de guitariste. Et puis les exercices de synthé rappellent à l’ordre et Floyd retrouve sa fonction de groupe «planant». La voix se détache, elle est souvent en écho, séparée de l’instrumentation. Aboiements calmes et violents, plaintes des chiens, le synthé s’en donne à coeur-joie. «Dogs» est fort bien agencé. Durant les mixages, Waters a effacé par mégarde six minutes du solo de guitare de Gilmour au sein de «Dogs». Heureusement il en restait une esquisse et Gilmour a brodé sur son propre solo afin de le reconstituer. «Dogs» est un concept sur les relations de méfiance et de violence entre les gens.
Sur la seconde face «Pigs» commence avec des cochonnades en tous genres, le son n’en restant pas moins propre. Des notes sont répétées aux claviers, bientôt accompagnées par une guitare acoustique jazzy à laquelle vient se joindre la guitare électrique en répétition. Voix en écho sur rythme de percussion dépouillé au maximum, piano boogie, le tout est fort bien échelonné. Le voice-bag est utilisé pour la guitare et le synthé, tout est dans l’ensemble bien moins aseptisé qu’à l’habitude. Des voix téléphonées récitent des extraits de quatre lignes de psaumes de l’Ancien Testament. La dernière ligne étant tournée en dérision, par Waters, dans le style : «Et n’oubliez pas votre leçon de karaté.»
Bêlements de moutons pour introduire «Sheep», le morceau le plus rythmé, le plus enlevé du disque. Orgue aux notes cotonneuses, judicieuses pour le sujet, basse lascive mais soutenue, tout ceci rappelant de très près le «One Of These Days» de «Meddle». En fait «Sheep» est construit en tous points de la même façon : même intro, même rythme, même break avant-terme, voix sur bandes passées à l’envers, et découvre la même énergie. Moutons et oiseaux mettent fin au morceau. La question reste de savoir si ces oiseaux sont les mêmes que ceux de «More». Le disque se termine sur «Pigs On The Wing».
De l’avis de Waters, «Animals» est son disque préféré. Il déteste «Dark Side Of The Moon», trouve «Wish You Were Here» attachant et considère que «Meddle» aurait pu être un chef-d’oeuvre si certaines imperfections n’étaient venues l’endommager.
La tournée.
Voilà, encore une fois, ces informations font suite à une écoute très parcimonieuse et peuvent être sujettes à des erreurs.
De toute façon le Floyd entame une tournée européenne le 24 janvier à Dortmund (Allemagne de l’Ouest) qui passera, pour quatre jours par le Pavillon de Paris du 22 au 25 février. La province ne sera pas visitée car la tournée se situera surtout en Allemagne, le Floyd ne s’étant pas produit dans ce pays depuis longtemps. Sur scène «Animals» sera l’élément de la première partie et «Wish You Were Here» celui de la seconde. Un film illustrera «Wish You Were Here» sur le grand écran que l’on connaît. Un guitariste rythmique et un saxophoniste (celui qu’ils avaient utilisé pour «Dark Side») accompagneront le groupe en retrait.
La machine est en route à vous de ne pas vous faire broyer. Et n’oubliez pas d’aller le déguster chez le disquaire du coin, le Pink Floyd nouveau est arrivé.

Bill Schmock dans BEST n°103 de février 1977
© 1977 BEST. Tous droits réservés.

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Tous les commentaires de l'article:
PINK FLOYD : Animals (1977)

  • mailtololote

    mar 03 avr 2007 13:31

    kelkun peu me dire kel et le titre de la 4eme chanson de l'album animal SVP!
    merci