Genre : New Wave UK
Note : ***
Rythme infernal : deux albums dans l’année, plus un live, plus des maxi 45 avec quelques inédits, plus d’autres en solo, plus des concerts. Qui dit mieux ? Ajoutez à ça, et à la différence d’autre stakhanovistes du genre Tuxedomoon, une évolution constante du groupe qui, depuis «Stygmata Martyr», le premier LP, est passé du concentré de crise de nerfs à l’exploration d’un extérieur contradictoire. Ni en blanc ni en noir, simplement par tous les gris possibles et imaginables. Les fans du groupe apprécieront, eux ; pas besoin de les convaincre : ce disque est dans la lignée du précédent, une suite, et c’est très bien comme ça. Maintenant, deux mots sur l’avalanche de critiques qui tombe sur le dos de Bauhaus. Si Bauhaus est le nouveau Genesis, Bauhaus est forcément chiant. CQFD. Et on peut du même coup s’offrir un kit complet : Marc Seberg serait Ange, U2 l’égal de Yes, Joy Division, King Crimson et Simple Minds, heu, Emerson Lake and Palmer.
Bauhaus est un groupe qui continue de se situer dans la rupture de 77 (rupture, et pas parenthèse !) qui balaya toute cette monstrueuse prétention au nom du présent contre le prétendu intemporel. Bauhaus se place lui aussi sur le terrain européen, revendique le quotidien, le réel, se bat contre l’emphase à coups d’épuration, de sobriété — même si ses morceaux s’allongent (les «climats» appartenaient aussi au Velvet). Bref, il s’agit d’une esthétique novatrice, salutaire, bien plus proche de celle d’un Alan Vega que d’un Jon Anderson.
Alors le truc qui gêne, semble-t-il, c’est que le groupe fasse appel aux sentiments. Aux passions. Mais bon... En son temps aussi, Peter Hammill était un incompris.
Christophe Nick dans Rock & Folk n°200 de septembre 1983
© 1983 Rock & Folk. Tous droits réservés.
Bauhaus quatrième : dix titres comme une suite de graffiti sur les murs d’un asile dont le groupe parcourt les cellules en s’observant brûler de l’intérieur. «Burning From The Inside» justement, long — trop long ? — quand les musiciens s’étourdissent du même schéma rythmique et puis se laissent aller à une pas très saine dérive (exorcisme ?) sur fond de guitares lancinantes.
Bauhaus quatrième : comme un mélange d’intellectualisme psychotique et de passions incontrôlables qui explosent parfois («Antonin Artaud»). Obsessionnel aussi comme le final de «Who killed Mr. Moonlight» où la voix magnifique de Peter Murphy semble enfin libérée de tous complexes (on a si souvent dit «le» Bowie des années 80 !) pour frapper fort au coeur des arpèges de 12 cordes de «Kingdom’s Coming».
Bauhaus quatrième : la batterie de Kevin Haskins percussionne au tout premier plan et la basse de David Jay occupe un espace élargi comme pour mieux soutenir les rituels électriques («A.A.») ou acoustique («King Volcano») de jeux constants d’ombres et de lumières prouvant si besoin est que Bauhaus connait l’éclat du diamant et l’acreté du soufre. Réminiscences enfin en échos très brefs — Psychedelic Furs pour «She’s In Parties», Syd Barrett pour l’excentricité very british de «Slice Of Life» et les Banshees pour la tension sans cesse entretenue par les guitares de Daniel Ash.
Ces quatres jeunes gens qui brûlent ont de bien belles visions et si ce disque paraît parfois bancal (quels sont les titres «inachevés» ?), il parfait l’image d’une oeuvre qui s’achève aujourd’hui sur un chant d’espoir répété autant de fois que nécessaire comme pour s’en convaincre...
Jean-Michel Reusser dans BEST n°182 de septembre 1983
© 1983 BEST. Tous droits réservés.
Bauhaus se sépare, chaque membre du groupe est aujourd’hui occupé par ses propres créations. Fait incompréhensible, quand on sait qu’il y a quatre mois seulement, Bauhaus triomphait sur la scène du Palace avant de partir jouer en Grèce, en Israël et au Japon et qu’il gravitait allègrement dans les premières marches des hit-parades.
Bauhaus nous offre, avec ce quatrième album, un ultime enregistrement. Aucun des morceaux n’est apparemment fait pour capter immédiatement l’attention. Et pourtant la cohérence de l’album s’impose en même temps que sa beauté. «She’s in Parties», «Antonin Artaud», «Burning From The Inside», ont la force brute à laquelle Bauhaus nous avait habitué. En revanche, les autres morceaux sont des mélodies luxueuses parfois même très dépouillées, la guitare acoustique accompagne la voix reptilienne de Peter Murphy. Au total, un très bon disque d’adieux.
Si vous désirez apprécier une dernière fois Bauhaus, vous pourrez toujours les voir au début du film «The Hunger» avec Deneuve et Bowie où Peter Murphy interprète d’une façon envoûtante «Bela Lugosis Dead» leur premier 45 T (Bela Lugosis était le premier acteur interprétant les rôles de vampires et il est devenu réellement fou).
Bauhaus était un des groupes les plus originaux et visuel de ces dernières années, on le regrettera longtemps.
Jean-Claude LAGREZE dans ROCK n°71 décembre 1983
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