Genre : Rock
Alternatif USA
Note : ****
Aficionados de sensations extrêmes, une seule destination danger : la Côte Ouest qui, entre deux catastrophes socio-naturelles, envoie depuis quelque temps de sacrées secousses high voltage (de Snoop Doggy Dogg à Nine Inch Nails) à nos tympans lobotomisés par tant de clones (faites votre choix). Gaffe tout de même à ce que la cité des Anges démoniaques ne vous cache la paroisse de Saint-François où ces drôles de zèbres de Swell continuent avec leur troisième album, le premier pas auto-produit, de violer la loi des étiquettes. Sans les manières nunuches de Grant Lee Buffalo, sans les scritch-scratchs rap-indusse de Beck, le trio de San Francisco revisite en effet depuis belle lurette la “nouvelle tendance” folk-acoustique avec une noirceur spleenique traversée de brusques éclairs noisy-grunge (“Is That Important”, “Song Seven”, “Here It Is”). Avec l’humour d’un Desproges plutôt que d’un Bigard, ces garçons élégants parviennent à éviter le piège de la neurasthénie nombriliste en offrant des plages tantôt purement bruitées (“In The Door, Up The Stairs”, “Down The Stairs, Out The Door”) tantôt majoritairement parlées (“Lyrics” ou comment condenser en 6 minutes et quelques les paroles de 13 morceaux). Avec une slide bourrée au mezcal, une batterie accro à Slim Fast, une voix aux dérapages lysergiques, des excentricités samplées, Swell se paye un must de derrière les fagots (“Don’t Give”). Digne héritier du précédent, “Well ?”, ce “41”, d’autant plus dangereux qu’insidieux, rafle la mise du minimalisme bien senti. Maintenant à vous de jouer !
Valérie Coroller dans Rock &
Folk n°322 de juin 1994
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réservés.
Au début de l’album, on entend une porte claquée sur des bruits de rue, des pas dans un escalier, puis une guitare aux accords familiers. A la fin de l’album, c’est l’inverse. Entre les deux, c’était Swell. Message reçu : la visite est rare (presque deux ans depuis ... Well ?) et insolite. Il y a longtemps, les ombrageux surfers expliquaient être notamment motivés par le souci de ne ressembler à personne. Le groupe est retranché derrière quelques bonnes idées et une discothèque aux échos lymphatiques de Syd Barrett : Opal, Certain General ou Sinatra, ces gens pas très gais mais qui, du fond du gouffre, souffraient avec élégance et détachement. On y retourne avec un soupir de soulagement : rien n’a vraiment changé chez Swell, tout se répète. Les riffs, les chansons et les albums. 41 pourrait être issu des mêmes sessions d’enregistrement que les deux précédents Swell. Le groupe creuse un sillon à force de tirer sur sa longe, en rond. Tout juste si quelques gimmicks s’effacent, si Swell affirme sa singularité. L’Amérique a le bourdon ? Swell offrira du rêve à combustion lente, des guitares de western, des claviers qui ressemblent à des violons qui voudraient ressembler au bruit du vent dans une ville déserte. Sur le disque, un téléphone sonne, personne ne décroche. A San Francisco, Swell enregistre ses disques dans un entrepôt au milieu d’un quartier désaffecté. C’est pour ça. La musique de Swell s’insinue comme un brouillard chimique pour remodeler ce décor catastrophique. 41 s’écoute à la lampe de poche, l’apparente monotonie cache un autre monde, des visions hallucinatoires. Ce qui n’explique pas totalement comment trois cigales urbaines et le feu doux d’une guitare peuvent donner des disques aussi intenses et mystérieux. Ici, l’inoffensive guitare acoustique devient terrain d’expérimentation, point de vue imprenable pour regarder passer la vie, les autres — misérables fourmis — et ceux qui font comme les autres. Cette machine tue l’ennui.
Stéphane Deschamps dans Les Inrockuptibles
n°55 mai 1994
© 1994 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits
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On pourrait dire de Swell qu’ils sont un autre de ces groupes alternatifs américains sous perfusion Velvet, que David Freel chante avec la nonchalance désabusée et sarcastique de Lou Reed, et que ça ne fait que le 800ème groupe dans ce cas-là, merci et au revoir. Et de fait à première écoute, pas de quoi pavoiser. Mais il y a plus. Déjà responsable de deux disques suffisamment intrigants pour retenir l’attention, d’une musique opaque, sans centre de gravité, dont on comprenait mal comment elle arrivait à être aussi prenante en faisant l’économie d’à peu près tout ce qui peut séduire, pas de mélodie (exercice : écouter “Well ?” dix fois d’affilée et après essayer d’en chanter une seule chanson), paroles quasi-illisibles, rien qui vous noue les tripes, pas non plus d’extrémisme cathartique et encore moins de coup de génie. “... nos chansons ont des couleurs, dans une gamme de gris, de bleu et de marron” disent-ils perspicacement, tant il est vrai que la référence à des couleurs - gris surtout - paraît le moyen le plus adéquat de cerner leur musique qu’on a littéralement du mal à se figurer. Ce qui musicalement les distingue des autres groupes du même tonneau c’est l’emploi d’une guitare sèche dans un registre qui a priori réclamerait plutôt une tronçonneuse, mais leur spécificité est ailleurs, dans ce climat suspendu, vaguement hanté, ce temps d’avant un orage qui n’arrive jamais. L’impression que même si on tranchait le lecteur CD à coup de hache, même si on finissait par le balancer par la fenêtre, cette voix à qui on n’avait rien demandé continuerait de vous narguer de son implacable absence. Avec ce “41”, l’énigme demeure entière, à ceci près qu’il y fait un peu moins noir, oh pas grand chose, juste un tout petit rail de lumière, qui dessine mieux les contours et fait qu’on arrive maintenant à distinguer par endroits la voix de la touffeur dont elle émane. Pour le reste, rien de fondamentalement différent, toujours aussi peu d’espace entre les instruments, la batterie fait toujours tout le boulot, axe central qui propulse tous ces mid-tempos lourds ou hypnotiques, la guitare sèche riffe en toute impunité et quand elle se calme hop, une flaque de guitare électrique qui ne résout pas la tension, dans “Don’t Give” quelqu’un sifflote tranquillement, un peu comme doit le faire un serial-killer en se dirigeant vers sa nouvelle proie, “Forget About Jesus” commence à la guitare acoustique par une série d’accords assez réjouissants, on se dit qu’on va entendre du Neil Young, que nenni, les dix mélodies que recelait en puissance l’intro sont annihilées paresseusement, passées à la moulinette monocorde maison. Ils sont comme ça Swell. Une ignorance totale de la moindre notion d’harmonie n’est pas à exclure. On a eu chaud, un peu plus et ils nous balançaient quelque chose de chantable, et voilà que la suivante, l’impeccable “Here It Is”, se fend d’un refrain aux allures d’hymne tout ce qu’il y a d’entonnable. Décidément la fascination qu’exerce cette musique passe par une bonne dose d’incompréhension. Mais c’est à double tranchant : leur efficacité tient à peu de choses, l’impression qu’ils jouent derrière un voile. Et entre le voile et l’écran de fumée la différence est mince, forcément. En attendant, tout ça fonctionne deux ou trois écoutes pour essayer de désépaissir le mystère, une autre pour accepter qu’il ne se passe rien, et beaucoup d’autres pour se rendre à cette musique d’aveugle, à ce disque fantôme.
François Keen dans Rock Sound n°13
d'avril 1994
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lun 19 jun 2006 16:28