Songs: Ohia --- S/T (1997)  (*** SONGS: OHIA, les archives ***) posté le mercredi 10 mai 2006 20:11

Genre  :  Country Folk USA
Note :  ****


Dans la prairie cramée, Palace a laissé des enfants. En quelques singles, les Songs: Ohia de Jason Molina sont devenus les plus crédibles gardiens du ranch Oldham, marquant leur country-folk lancinante d’un fer rouge de leur invention : “Prairie death ballads”. Ça aurait de la gueule, chez votre disquaire, un bac “Prairie death ballads”. On y mettrait le Neil Young de Everybodys Knows This Is Nowhere, plein de Johnny Cash, quelques Guy Clark, absolument tous les Townes Van Zandt, Lambchop, Sparklehorse, les Scud Mountain Boys, Palace et tous ces disques qui, depuis des années, s’attaquent à notre moral au lasso. De tous ces albums, Songs: Ohia n’en a écouté qu’un, jusqu’à en connaître par coeur chaque recoin (ils sont nombreux, sombres et assez vastes pour abriter de terrifiants démons) : le There’s No-one What Will Take Care Of You des Palace Brothers. On reconnaît ainsi cette voix qui tremblote comme si elle avait la corde autour du cou et la conscience pas tranquille, ce banjo au moral abîmé, ces guitares épuisées, desséchées par la traversée du désert, ces mélodies pas bavardes, pas bien riches, habillées de mauvaise étoffe. Celle des zéros, des oubliés définitifs de l’imagerie Marlboro.  Mais Songs: Ohia n’est pas à Palace ce que No Way Sis est à Oasis. Jason Molina a visiblement trop de fissures à colmater (Dogwood Gap ou le magnifique White Sulfur) pour adopter commodément celles d’autrui, pour plonger dans le nombril du voisin et faire les poches de sa mélancolie. Tout ici sonne juste — Satriani dirait faux —, vécu de l’intérieur, aussi peu éclairé soit-il. Alors que depuis les Pixies, puis Nirvana, le rock américain ne fonctionnait qu’à la dynamite, à la dynamique (l’effet élastique, un coup relâché, un coup tendu), il traîne ici ses sabots avec nonchalance, les chansons grimpant sans spectacle, à petits effets (la batterie se fait battre au lieu de se faire fouetter ; une trompette sort des cavernes ; la basse hausse le ton ; la voix, partie du fond du trou, descend encore plus bas). Et exactement comme chez le Nick Cave de The Boatman’s Call ou le Smog époustouflant de Red Apple Falls, ces petites variations — un nuage passe, le soleil perce — donnent une dérangeante impression de fourmillement à cette nature apparemment morte. 

 

Jean-Daniel Beauvallet dans Les inrockuptibles n°106 du 03 juin 1997
© 1997 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits réservés.

Déposez un commentaire !

Mieux vous connaître (facultatif) :

error

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.103.63.59) pour vous identifier.

Aucun commentaire pour l'article:
Songs: Ohia --- S/T (1997)