Genre : Country Folk
USA
Note : *****
Petits frères adoptifs et un rien pot de colle des Palace Brothers, les Américains de Songs: Ohia continuent, sur The Lioness (Secretly Canadian, en import), de gratter le nombril de l’americana du bout de leur colt rouillé. Mais desséché par le désert, leur folk est cette fois allé prendre les eaux en Ecosse et le mauvais alcool chez Arab Strap : il en revient encore plus noir et branlant, mais avec un sens de l’hospitalité inédit dans ce saloon fantôme.
JD Beauvallet dans Les
inrockuptibles n°228 du 1er février 2000
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Si on avait
Jason Molina sous la main, on lui demanderait bien quelle tristesse
infinie l'a poussé à écrire les neuf titres de
The Lioness. Et puis à bien y
réfléchir, on éviterait sûrement, ne
serait-ce parce que sa mise à nu a du être
suffisamment éprouvante pour tout le monde. Imaginez vous
l'état du type qui écrit des morceaux comme The
Lioness ou Black Crow ("I'm getting weaker, I'm
getting thin, I hate how obvious I have been") mais aussi
celui de ceux qui les écoutent !
Les disques de Songs: Ohia devraient être interdits les jours
de beau temps parce qu'ils ne font chanter que les oiseaux de
mauvaise augure. Des piafs un peu inquiétants mais avec une
classe folle, un peu déplumés certes, mais avec le
bec tenu bien haut. Beaucoup de grisaille dans le ciel de Songs:
Ohia donc, même le formidable Being In Love qui
dépeint avec justesse les craintes et les espoirs
inhérents au sentiment amoureux ressemble à une
tragédie ! La "faute" à un Molina aux paroles belles
mais terriblement tristes, poussées par une voix lasse.
L'instrumentation est squelettique, essayant d'en faire le moins
possible, poussant des surenchères sonores uniquement
lorsque la tension et la tristesse ne peuvent plus être
contenues.
La force de Songs: Ohia, c'est qu'à l'instar de Smog, deux
ou trois accords suffisent à faire un morceau... et notre
bonheur par la même occasion. Et comme si tout cela ne
suffisait pas, les deux gais lurons d'Arab Strap Malcolm Middleton
et Aidan Moffat viennent mettre leur grain de sel et assurent donc
l'accouchement du cousin américain de Philophobia.
On en viendrait presque à se dire qu'aimer de tels disques
relève d'un voyeurisme assez pervers.
Eric F. pour
millefeuille.fr le 14 juillet 2004
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