The Magnolia Electric Co : S/T (2003)  (*** SONGS: OHIA, les archives ***) posté le mercredi 10 mai 2006 20:50

Genre  :  Country Rock USA
Note :  ****


Finalement, on a eu tort d’attendre en se rongeant les ongles une hypothétique sortie des fameuses Archives de Neil Young. De fait, on avait sous la main son plus brillant héritier et l’on vient enfin de s’en apercevoir. Jason Molina (puisque c’est de lui qu’il s’agit) aura trop longtemps traîné une sale image de Will Oldham du pauvre. Mais depuis The Lioness, enregistré en compagnie des comiques-troupiers d’Arab Strap (un disque qu’il faut écouter sous la tempête pour vraiment comprendre le sens du mot dépression), Didn’t It Rain, son précédent et excellent fait d’armes, et surtout le phénoménal album d’Amalgamated Sons Of Rest (en compagnie de Will Oldham et d’Ali Roberts), on n’a d’yeux que pour lui. Soyons clairs, dithyrambiques et à la limite de l’autoritarisme obnubilé : The Magnolia Electric est d’ores et déjà le meilleur disque de l’année. Sa force de persuasion est tellement énorme qu’on n’imagine pas un seul instant qu’il ne tienne pas un siège permanent dans notre coeur et nos oreilles jusqu’à la fin de 2003. Jason Molina et sa troupe se placent avec force et honneur en pole-position de l’Americana sur la piste des Neil Young, Creedence Clearwater Revival, Bob Seger, Hank Williams et autres Lynyrd Skynyrd. Cet album est tellement prodigieux qu’il aurait dû s’appeler Zuma Part 2. Et ce n’est pas seulement la gémellité vocale entre Young et Molina qui rend évidente cette constatation. Il y a là une vision artistique évidente, des aspirations hors du commun, une capacité de synthèse de la grande musique américaine, une propension à souffler sur ses braises, à en rallumer le foyer pour une éternité. Qu’il sonne à la première écoute comme un joyau d’une autre époque ne surprendra que les simples d’esprits. The Magnolia Electric Co est plus qu’un disque de guitares (électriques ou non), c’est un tour de force, un résumé de leur limpide universalité. Lequel ouvre désormais la porte d’un cercle très fermé à Jason Molina.

Étienne Greib dans magic, n°69 de mars 2003
© 2003  magic. Tous droits réservés.




Dans le merveilleux film The Big Lebowski, The Dude, ultime symbole de l’improbable coolitude white-trash yankee, écoute Creedence dans sa voiture rouillée, un joint aux lèvres. Elégance. Aujourd’hui, il écouterait ce Magnolia Electric Co., immense disque de rock prolo américain, élevé en trailer-park, éduqué à la télévision d’Etat et à la littérature fauchée.
Autrefois caniche de la famille Palace, Songs: Ohia se démarque définitivement de ces chants brûlés pour un rock rugueux, rural, fiévreux. Il faut ainsi entendre l’épique I’ve Been Riding With The Ghost pour se convaincre que cette country autrefois chétive, fragile, et à l’occasion geignarde, s’est mise aux alcools forts, aux sensations mâles et au rock poilu.
De Bob Seger à Lynyrd Skynyrd, tout le rock mal luné, mal coiffé, mal pensé des profondeurs provinciales d’Amérique vient ici prêter main-forte à l’inspiration de Jason Molina, qui atteint régulièrement l’acuité visuelle et la précision journalistique du Springsteen de Nebraska ou du Eminem de Marshall Mathers. C’est Steve Albini qui, derrière sa table de mixage en bois d’époque, canalise l’électricité mauvaise, la mélancolie vénéneuse, la chorale virile et ces rocks amochés, lents et sérieusement burnés.
Et tout ce cirque devrait virer à la parodie, à la BO-bis d’Almost Famous, à la reconstitution minutieuse et historique d’une Amérique fantasmée, entre Easy Rider et Brautigan... Mais non : pas de chiqué ici, juste des chansons intenses, intimes, vécues de l’intérieur avec une rare force de conviction. Attention, cet album transforme votre Clio en vieille Pontiac cabossée, votre appartement en caravane, et votre café du coin en repaire borgne pour bikers massifs et brunes lascives. Vieille classe. 

Jean-Daniel Beauvallet dans Les inrockuptibles du 02 avril 2003
© 2003 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits réservés.




Dixième album (déjà !) du collectif néocountry dirigé par l’ex heavy metalleux Jason Molina. Le groupe phare du label Secretly Canadian propose toujours le même avoir-faire et bonifie sa formule avec le temps, avec un chouillas d’émotion qui pourrait bien faire la différence cette fois-ci.
La somme pléthorique d’albums sortis depuis six ans par Jason Molina sous le pseudo Songs: Ohia ou autres (Songs : Albian, Songs : Radix et Songs : Unitas) ne trompe pas pourtant sur la marchandise du bonhomme. Le résultat est, en gros, toujours le même, à savoir une néocountry que l’on a souvent comparé à Palace, agrémentée d’un accent neilyoungesque 70’s bien avancé. Des remarques qui ont souvent penché en sa défaveur d’ailleurs. Visiblement, Jason Molina semble autant prendre en considérations ces reproches que son peu d’intérêt pour la dernière vague électro à la mode. Et c’est temps mieux !
Songs : Ohia use du même principe artistique que Will Oldham en s’acoquinant avec d’autres musiciens pour chaque nouvel album (remember The Lioness avec les Arab Strap, voir aussi justement avec l’ex-maestro de Palace). La seule différence notable, c’est que les musiciens de sessions réquisitionnés sur The Magnolia Electric Co, se sont mués en un réel collectif. En plus d’avoir fait appel à Steve Albini pour ces talents d’alchimiste du son, Jason Molina s’est aussi entouré d’une tribu de neufs musiciens (dont trois chanteurs) à rendre jaloux la chorale dévergondée de The Polyphonic Spree. Enregistré dans des conditions quasi "live", et de main de maître par Steve Albini dans son Electrical Audio Studio à Chicago, l’orchestre présent ici est la même que sur l’album live Mi Sei Apparaso Come Un Fantasma Italian (2001). Mis à part les habituelles interventions féminines, Molina laisse Lawrence Peters s’époumoner sur un titre "The Old Black Hen", mémorable de retenu, à mi-chemin entre Fairport Convention et Graham Parsons.
Dès les premières notes de lap steel sur "Farewell Transmission" on sait que l’on naviguera dans les eaux americana bien balisées. Le bottleneck trace son chemin et nous accompagne dans notre périple tout au long de ce disque. L’ensemble oscille entre ballades flokloriques et morceaux mi-tempo marécageux. Sur "I’ve Been Riding with the Ghost", la voix de Molina est troublante de ressemblance avec le "Loner", si bien que l’on jurerait avoir affaire à un inédit de première facture. Le reste des titres chantés par le maître des lieux est du même acabit. Sur "John Henry Split My Heart", la Lap Steel se fait plus rugueuse et fait communion avec les riffs tordues des Les Paul. "Hold On Magnolia" termine l’album sur une note plaintive, le long de sept minutes mêlant étroitement guitare claire, violon soliste et toujours cette lap steel poignante et inspirée.
Certains vont crier au plagiat sans vergogne, d’autres verront en Jason Molina un songwriter doué, capable de rivaliser sur le même terrain que Neil Young période Tonight’s The Night et Zuma. A l’heure où la carrière du vieux Young commence à s’essouffler (enfin, il nous a déjà fait le coup à la fain des années 80, puis à sorti coup sur coup une torché de chef d’oeuvres...)et que son coffret rétrospectif se fait toujours attendre, The Magnolia Electric Co semble une alternative idéale. D’autant plus qu’on a certainement affaire à un des meilleurs albums dans le genre. Ce qui n’est pas une mince affaire, vu le poids assommant de l’héritage.

Paul-Ramone sur PINKUSHION le 17 mars 2003
© 2003 www.pinkushion.com. Tous droits réservés.




L'année 2003 semble décidement marquée par la qualité des disques qui sortent... mais aussi par l'hideuse apparence des dits disques. Ce nouvel effort de Songs: Ohia risque bien de gagner quelque laurier dans les deux catégories. Pendant que Brian Molko dort avec avec un fantome, Jason Molina, le cerveau du groupe (pour ne pas dire le seul maître à bord), lui le chevauche sur le deuxième titre de ce nouvel album de Songs: Ohia. La différence est anecdotiquement métaphorique, mais qui échangerait un disque de Songs: Ohia contre un baril de Placebo ? Le songwriter laisse ici exploser toute sa classe et son savoir faire dans un mélange de styles (rock, folk, country) qui fleure bon le terroir américain comme on l'aime. Difficile de reconnaitre les longues berceuses plaintives de "The Lioness", le son est ici beaucoup plus clean et les chansons moins torturées. Dès les premières notes slidées de Farewell Transmission, on a l'impression de retrouver un vieux disque qu'on a adoré pendant des années avant de l'oublier completement dans son grenier tant tout sonne immédiatement comme du pain béni. Molina nous mène inconsciement sur le terrain sec du "Viva Last Blues" de Palace pour défier Will Oldham sur sa contrée (difficile en effet de ne pas comparer les deux voix). Ce duel mené a bien, on aura ensuite droit à une formidable séance de domptage d'électricité sur John Henry Split My Heart où Molina, en savant fou improbable, croise dans une éprouvette au volume poussée à 11 les déflagrations guitaristiques du Words de Neil Young et Broken Chairs de Built To Spill. On a déja vu pire. Seul petit bémol, un The Old Black Hen trop countrysant pour être honnête, que Molina a l'intelligence de ne pas chanter lui-même. L'anglaise Scout Niblett démontrant pourtant que Songs: Ohia chanté par autre que Molina ne mène pas forcément au flop.

Éric F. sur millefeuille le 14 juillet 2003
© 2003 www.millefeuille.fr. Tous droits réservés.

Déposez un commentaire !

Mieux vous connaître (facultatif) :

error

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.103.63.59) pour vous identifier.

Aucun commentaire pour l'article:
The Magnolia Electric Co : S/T (2003)