Max Romeo & the Upsetters : War Ina Babylon (1976)  (*** REGGAE ***) posté le mercredi 17 mai 2006 18:34

Genre  :  Reggae Jamaica
Note :  ***


Get up ! Stand up ! On arrive à Max Romeo. Encore un sacré client celui-là. Il frappe en moyenne un coup tous les dix ans mais vise juste et semble ignorer sa force. En 1968, il réussit à vendre 250.000 simples en Angleterre avec «Wet Dream», un chef d’oeuvre de reggae porno encore plus salace que le «Ballistic Affair» de Leroy Smart. C’est avant tout comme auteur de «Rude Records» qu’il se fit un nom même si très vite il abandonna ce genre sur les conseils de Jah Rastafari qu’il avait croisé en faisant ses courses. Gaffe tout de même. Le petit Maxi ne patauge pas comme bien d’autres dans la semoule rasta. O.K., il case toujours un petit couplet biblique par-ci par-là, mais il possède une vision assez acerbe de la réalité politique, jamais vaine. Il lui arrive d’expliquer les choses d’une façon bien aussi crue que Marley. Son interprétation très personnelle des conseils de Jah lui a d’ailleurs valu la haine de Lee Perry qui produisit «War Ina Babylon». Mais si, vous savez bien : au Black Ark Studio sur les photos de Romeo quelqu’un a écrit «Juda». Même ceux qui n’ont pas vu ça le racontent comme le coup du Chinois qu’a splité dans son bol de Viandox. Désormais cette inscription fait partie de la légende. Pour briller en société sachez que Lee Perry (on dit Scratch pour faire connaisseur) déteste Max Romeo qui ose mettre son nez dans la politique. Ça c’est pire que la coke : c’est des gens payés par Satan et il faut surtout pas entrer dans leurs cérémonies diaboliques. J’aime (aimais) bien Lee Perry tout de même.
Le meilleur cocktail molotov de Max Romeo, il n’est pas impossible que vous ayez dansé dessus. En français ça donnait «Deux pas en avant, deux pas en arrière, dansons le reggae.» Si vous connaissez celui qui a aussi traduit «One Step Forward» enlevez-lui la cervelle. Mettez du yaourt à la place : l’effet peut pas être pire. Avoir fait de ce morceau incendiaire un truc aussi débile c’est plus qu’impardonnable. C’est pas loin d’être une des racines de la criminalité. Car ne pas reculer est le conseil numéro un donné par Max Romeo. La danse des crabes est sa cible privilégiée depuis qu’il a été roulé par le Parti National Populaire qui s’était servi de son «Let The Power Fall» pour séduire les rastas. «War Ina Babylon» est sans discussion le meilleur album de Max Romeo.  Sa voix chargée d’émotion est parfaitement adaptée à ce reggae vengeur appliqué avec une fougue joyeusement dansante. Quant à la production de Lee Perry elle est presque sobre. Hormis quelques interventions «électroniques», Scratch a su pour une fois respecter la personnalité de celui avec qui il travaillait (attitude vraiment rare). Et «Chase The Devil» reste un des titres les plus dansants que je connaisse. S’il reprend certains arguments de Peter Tosh, le reggae de Max Romeo est plus naturel. Je dirais même qu’il constitue par son dépouillement une bonne transition vers le chapitre suivant consacré au talk-over. Aucune comparaison n’est possible entre le son bien enveloppé de Tosh (marque des Wailers) et celui plus roots de Max Romeo. L’usage des deux est nécessaire pour un traitement complet.  

Michel Embareck dans BEST n°132 de juillet 1979
© 1979 BEST. Tous droits réservés.

Déposez un commentaire !

Mieux vous connaître (facultatif) :

error

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.103.63.59) pour vous identifier.

Aucun commentaire pour l'article:
Max Romeo & the Upsetters : War Ina Babylon (1976)