Toots & the Maytals : Funky Kingston (1976)  (*** REGGAE ***) posté le mercredi 17 mai 2006 18:38

Genre  :  Reggae Jamaica
Note :  **


Pour la bonne oreille je vous ai réservé (je me suis réservé) celui à qui je voue une admiration féroce : Toots (and the Maytals). Intoxiqué au point de passer des heures à taner le cul de certains disquaires de Kingston pour qu’ils me retrouvent des simples du gang sur Coxsone ou Byron Lee. Et ils y sont parvenus les chiens !
Première mise en garde : la discographie de Toots est un foutu bordel. On trouve nombre d’albums (j’en connais trois) qui ne sont que des compilations de simples où les titres se croisent et se décroisent sans tenir compte des dates d’enregistrement. Quant à «Funky Kingston», album élu unanimement comme le chef d’oeuvre du trio, il en existe trois versions différentes, ce qui ne facilite guère la tâche. Mais ce méli-mélo est un des grands charmes du reggae.
Revenons à «Funky Kingston» dont l’original sur Dragon fut importé par Pathé en 1976 environ. Quelques mois plus tard Phonogram importera via Island un autre «Funky Kingston» avec des titres sortis Jah ne sait d’où mais qui sont vraiment de la pisse d’âne comparés aux originaux. Dernièrement, Phonogram s’est décidé à mettre dans la pochette minable de sa première version de «Funky Kingston» le disque original hormis l’étiquette. Voilà. Allez vous y retrouver. Vous avez une chance sur trois de vous faire baiser si vous ne lisez pas ce papier.
Pourquoi Toots m’a-t-il frappé entre les deux yeux ? Parce qu’il me faisait oublier la mort d’Otis ? P’tête bien. Mais c’est pas sûr du tout. Il y a bien d’autres choses que ce flash back nécrophage. Avec Toots on sait à quoi s’en tenir. Entre ses premiers enregistrements et «Pass The Pipe» (son dernier album), la ligne de conduite est presque intacte. La voix s’est juste un peu pétée (soyons francs, bien pétée) mais la base, le rythme où il puise son inspiration n’a fait que s’améliorer. Contrairement à ce que beaucoup croient, cette base rythmique ainsi que l’utilisation des cuivres viennent de bien plus loin que le rhythm & blues américain des années 60. Toots, s’il a subi l’influence d’Otis Redding et de Sam Cooke est un vrai «roots man». Ses racines musicales plongent beaucoup surtout vers le calypso (oui oui) tel que le jouaient les Jamaïquains dès 1955. Je n’ai pas de noms à vous fourguer en référence ni de titres d’albums. Je sais juste qu’une nuit dans une disco de Kingston ce truc-là m’a sauté aux oreilles. Lorsque j’ai foncé vers le D.J. pour demander ce qui passait il s’est marré :  «Ça Man ! C’est vraiment vieux. C’est du folklore de chez nous. C’est notre calypso !». Sur le cul j’étais.
Et le Calypso tel qu’il est conçu aux Caraïbes n’est qu’une machine (humaine) à swing, à danse. Pas étonnant qu’avec un héritage musical pareil joint à une éducation où le chant religieux avait une importance considérable, Toots explose. Toutes ces influences trouvent leur équilibre parfait sur «Funky Kingston». Les arrangements de cuivres modernisés par Warrick Lyn, les guitares très claires qui se promènent entre les spasmes des voix, les percussions sourdes qui soulignent un tempo très structuré régénèrent complètement le son des Maytals. Et pour Toots c’est vraiment la grande balade vocale. Sur «Pomp And Pride» on le sent s’amuser, on le sent sourire. Quant au traitement subi par «Louie Louie» il démontre irrémédiablement que Toots est autre chose qu’un chanteur de rhythm and blues. Si après «Funky Kingston» vous n’avez pas envie de mieux connaître Toots, c’est à n’y rien comprendre. Mais cette hypothèse n’est pas vraisemblable. Vous découvrirez d’autres très très grands titres (il y en a tant qu’un double «Best Of» serait tout juste suffisant !) comme «Pressure Drop» dont Robert Palmer fit une version convenable (mais il lui manque la voix même s’il a le swing), «54-36» ou encore «In The Dark». Je me suis laissé un peu aller pour Toots. Emporté par l’élan. De ces trois ancêtres (NDR / Bob Marley et Peter Tosh sont les deux autres), Toots est celui qui en 1979 fait encore le reggae le plus intéressant.  

Michel Embareck dans BEST n°132 de juillet 1979
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