Peter Tosh : Equal Rights (1977) (*** REGGAE ***) posté le mercredi 17 mai 2006 18:57

Blog de cocosuodo : ~~ lost songs and other blues ~~ les archives rock, Peter Tosh : Equal Rights (1977)

Genre  :  Reggae Jamaica
Note :  ****


Peter Tosh faisait partie du triumvirat original des Wailers, avec Bob Marley et Bunny Wailer. Des trois, Tosh était le plus enragé. Il écrivait des trucs tel que «I’m The Toughest», ce que, aujourd’hui, il traduit par «like a stepping razor, watch my sides, I’m dangerous» sur «Stepping Razor». Avec ce genre de ligne, je ne vous surprendrai pas en vous affirmant que «Equal Rights» n’est nullement assimilable à l’affligeante démonstration de tiédeur mélodique que nous propose Bob Marley sur «Exodus». «Equal Rights» est un disque d’une force étonnante qui surpasse en qualité le premier Lp de Tosh, «Legalize It». Aucune surprise à ce qu’il reprenne le «Get Up Stand Up» des Wailers qu’il avait co-écrit avec Marley pour «Burnin’» l’album des Wailers le plus marqué par la présence et l’influence de Tosh et donc le plus révolutionnaire, le plus virulent. Tosh ne craint rien, ni l’aventure et le hasard dont il se sort à merveille avec cette longue pièce rythmée et étoilée «Jah Guide», ni les afflictions psychologiques («I Am That I Am»). Tout l’album fait ressortir l’étonnante puissance de caractère de Peter Tosh qui ne s’inquiète plus de l’issue de son action, ni de celle de ses amis. «Equal Rights» est une violente déclaration, pleine d’assurance, dirigée vers les manipulateurs de droits, les frelateurs de justice, qui vivent dans Babylone, c’est-à-dire autour de nous, masqués derrière leurs sourires hypocrites. «Equal Rights» est un album vital, qui ne manque pas d’humour, et vous retranche dans des attitudes d’arrogance et de provocation. Le véritable esprit du reggae.  

Francis Dordor dans BEST n°108 de juillet 1977
© 1977 BEST. Tous droits réservés.

Aucune hésitation possible pour choisir le meilleur album de Peter Tosh. «Equal Rights» est son coup de maître reléguant «Legalize It» au rang de promesse lancinante et «Bush Doctor» à celui d’escroquerie. Ce disque souffrit malheureusement de la sortie concurrente d’«Exodus», avec lequel Marley, plus mystique que jamais, cassa la barraque. Dommage. «Equal Rights» est un fumant prolongement de «Rastaman Vibration». Pendant que Marley occidentalise son reggae, gomme de la production les grosses bavures de la basse, Tosh revient aux roots dans l’esprit des Wailers de «Soul Rebel». D’entrée de jeu il balance ce «Get Up, Stand Up» dont (et on allait l’oublier) il est le co-auteur. D’un bout à l’autre cet album est un brûlot. Tosh ne fait pas dans la dentelle pour inciter à la révolte. Quand il glisse sans avoir l’air d’y être «j’suis pas là pour faire ce que vous voulez mais pour faire ce que JE veux» («I Am That I Am») ou «Je suis dangereux» («Stepping Razor») on sent dans le ton ferme de la voix que ce mec-là, il vaut mieux ne pas trop le toucher. On retrouve aussi avec une profonde jouissance la basse bien juteuse de Robbie Shakespeare, la voix de Bunny Wailer en appui et la guitare d’Al Anderson pour ciseler des chapelets de diamants. Oubliant pour quelque temps son obsession de la législation de l’herbe, Tosh renoue avec un moment privilégié de son passé. Sa mauvaise réputation auprès des flics de l’île et sa bonne réputation auprès des rudies sont contenues dans ce disque. Parce que franchement, que l’herbe soit en vente libre ou pas là-bas, ça ne change pas grand-chose. C’est plus un thème de rigolade qu’autre chose. Si Tosh pouvait retrouver cette verve, cette morve, sûr qu’il balaierait tous ses concurrents d’un coup de patte. C’est dur de rester un bad guy quand on a Babylone à ses pieds.  

Michel Embareck dans BEST n°132 de juillet 1979
© 1979 BEST. Tous droits réservés.

Peter Tosh est dangereux. Son reggae est le rasoir ambulant, et on se doute bien qu’il sait s’en servir. Tosh est au reggae des îles ce que Iggy était au rock des villes. Une torche grondante, hurlant de toutes ses flammes. Nombreux sont ceux qui louent les albums de Tosh, et surtout cet “Equal Rights”, violent appel cognant le mur de toutes les prisons sur cette satanée planète, plutôt que l’oeuvre du dieu Marley... du jour où justement le bad boy jamaïcain a pris ses cliques et ses claques, laissant les Wailers s’en aller s’offrir la vaste gloire du monde. Car oui, Peter Tosh était le fondateur, avec le Bob, du groupe appelé à régner sur toutes les world music et à enrichir avec éclat quelques furieux extrémistes du rock blanc. Les chansons cosignées par Tosh, comme “Get Up, Stand Up” que l’on retrouve ici dans une méchante version tendue, et cela ne surprendra personne, sont les plus efficaces des Wailers, ou parlantes si l’on préfère pour le rock’n’roll kid qui tourne autour de son bloc le dimanche après-midi sans trouver la moindre issue. Et ce n’est pas parce que Keith Richards viendra donner sa caution et se faire piquer sa maison en prise directe sur les champs de ganja... Car, alors que Marley s’adoucit progressivement, Peter Tosh offre un reggae absolument rebelle, dru et crûment métallique. (De “African”, “Equal Rights” et “Apartheid” au concert pour Mandela, contre la merde dans le monde et la marche sur Washington, faites le calcul...) Une sorte de heavy reggae, si l’on préfère, dégoupillé avec une chaude décontraction mais dont les débris s’enfoncent et déchirent les chairs, Tosh découpe les mots qui perforent. Et puis il y a de multiples petits solos de guitares dissimulés derrière les rythmiques, qui viennent jouer aux aiguilles tueuses, comme la bête hirsute qui vient prendre son goûter au milieu de “Stepping Razor”, l’un des solos de guitare les plus méchamment entamés à avoir jamais été autorisés. Onze secondes pour en découdre. Le reste est à mordre. Dirty blood. 

Franck Roy dans Rock & Folk hors série n°11
  “300 Disques Incontournables 1965-1995”
© 1995 Rock & Folk. Tous droits réservés.

Retrouvez tous les articles

Déposez un commentaire !


Mieux vous connaître (facultatif) :

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.103.63.59) pour vous identifier.

Tous les commentaires liés à l'article : Peter Tosh : Equal Rights (1977)

Aucun commentaire

 -