Peter Tosh : Bush Doctor (1978)  (*** REGGAE ***) posté le jeudi 18 mai 2006 18:27

Genre  :  Reggae Jamaica
Note :  ***


Lee Jaffy est New-Yorkais, il s’est retrouvé il y a cinq ans au milieu de la scène jamaïquaine (si l’on peut parler de scène) par l’intermédiaire de Marley qui s’est pris d’amitié pour ce jeune blanc-bec complètement allumé qui, à jammer des nuits entières, se bouffait les lèvres sur son harmonica. Pendant deux ans Marley l’a trimballé partout, disque, tournée, la première des Wailers aux Etats-Unis. Et lorsque Peter Tosh a entamé sa carrière solo, Lee est devenu son manager et producteur, c’est à lui que l’on doit la pochette de «Legalize It». Lee me racontait que Tosh est sans aucun doute le musicien le plus persécuté de l’île. Marley, Livingstone, et Tosh forment la trilogie des messagers en Jamaïque. Et Tosh est en train de devenir le héros toutes catégories, le militant rebelle qui a la vérité dans son coeur et dont le discours trouve un écho dans toutes les classes de la société parce que rien n’est plus fort que lui, rien ne peut lui faire peur.
«Bush Doctor» est la plus belle petite chose que j’ai entendue depuis trop longtemps. Et ça dépasse l’univers du reggae, sans notion péjorative. Tosh a fait un disque de rhythm’n blues avec des cuivres qui sonnent comme chez Stax et des choeurs tellement fripons et sa voix tellement, euh, noire, avec les râles et les mots triturés, étirés, retirés. Vous voyez le timbre qui suinte et se ballade lentement et le sexe qui gonfle sans précipitation. Tosh est en train de prendre la place de Toots par désertion. Le doc de brousse est parfait d’un bout à l’autre et même à l’envers, COMPLET. 
Jamais utilisé des synthés de façon aussi discrète et efficace, les guitares crachent le feu par les deux bouts et les rythmes sont ceux que vous pouvez imaginer. Chaque morceau est un petit chef-d’oeuvre de cohésion, de concision, de précision, de beauté, «Soon Come», la règle de vie, «Stand Firm», les dents serrées, «Bush Doctor», le thème privilégié de la législation de la ganja. Et puis le tube, «Don’t Look Back», fantastique, ravageur, avec un Jagger impossible qui pousse la chansonnette en duo. L’appui des Glimmer Twins va conférer au frangin un putain de prestige et c’est le moins. Je connais des puristes bougons qui vont se les manger, suivez mon regard, mais croyez le ou non, Peter Tosh est le mec le plus à la cool des temps modernes.  

Bill Schmock dans BEST n°125 de décembre 1978
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