Gainsbourg : Mauvaises Nouvelles Des Étoiles (1981)  (*** REGGAE ***) posté le jeudi 18 mai 2006 19:28

Genre  :  Reggae France
Note :  ***


Merde, qu’est-ce qui lui prend ? C’est son nouveau truc ou quoi ? Tenez, juste avant d’écouter cette chose, j’ai vu un court-métrage qu’il a réalisé pour le cinéma, un machin sur les produits de beauté ou je ne sais quoi. Je vous dis pas la niaiserie. Parle même pas de Deneuve, Depardieu et Chamfort. Alchimiste, il est devenu le Gainsbourg. A peine touché, il transforme en caca. Je vous raconte pas ça pour le plaisir, il y a toujours quelque chose de douloureux à désobliger les gens qu’on respecte — c’est tellement facile — et justement Gainsbourg est de ceux-là. Il s’est toujours foutu de la gueule du bon public, on savait, c’était, malgré tout, une facette de son talent, et en somme, on s’en amusait parce que derrière il refilait de la came carrossée luxe. Mais là, macache, que nibe. Rien. Du tout. Le disque est vide. On pourrait lui reprocher de ne pas avoir eu d’autre idée que de replonger dans le reggae, ce qui serait stupide, car enfin, pourquoi pas ? Le reggae étant un format qui convient parfaitement à sa voix et à son expression. On pourrait lui reprocher de n’avoir passé que six jours à Nassau pour enregistrer, ce qui ne serait pas plus intelligent ; Gainsbourg a toujours été dilettante et jusqu’à preuve du contraire, ça n’a jamais nui à son travail, d’ailleurs la bande Shakespeare-Dunbar & co est capable du meilleur en un temps record. Non, simplement ce disque est juste parcouru par une putain d’absence. Ce qui ne nous laisse pas grand chose.
Il n’est pas mal inspiré, il n’est pas inspiré du tout. Il n’est pas mal produit, il n’est pas produit du tout. On n’y trouve pas le fantôme d’une idée, l’ombre d’un éclair, le soupçon d’une mélodie susceptible de flatter l’oreille du quidam. Pas un seul «Des laids, des laids» ici, par exemple. Pas UN morceau. Les chansons se suivent douloureusement, lourdement, lamentablement, sans se distinguer les unes des autres. Uniformes. Même pas le prétexte d’un reggae juteux aux rythmes chaloupés. Le pire, c’est que les textes ne valent pas mieux. Son domaine, ce qui le sauvait toujours. Navrant. On le savait porté sur le pipicacapopot, mais là, il n’a même plus l’excuse de la provocation, ça ne dérange personne, pas plus que les pets d’Evguenie Sokolov qui sonnent comme des pétards mouillés. Remarquez, on peut prendre la médiocrité comme la provocation ultime. Mais c’est pas sûr. Qu’est-ce qu’il a voulu prouver avec «Juif et Dieu» ? Dans le genre, on vous fait la preuve par neuf que les Juifs sont les meilleurs, on fait difficilement plus primaire. Même si c’est une plaisanterie. Allez, je fais pas le détail, je serais capable de lui trouver des excuses. L’une des forces de Gainsbourg, c’était la part de mystère qui l’entourait ; il l’a largement entamée en se produisant au Palace. Aujourd’hui, le mystère, c’est de savoir comment il a pu en arriver là.

Bill Schmock dans BEST n°161 de décembre 1981
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