Genre : Reggae Jamaica
Note : ****
Winston Rodney, dit Burning Spear, lance enflammée, est un chanteur de rhythm’n’blues, un pousseur de plaintes, un brother de Harlem, un frère de Brixton, un noir de Barbès. Seulement voilà il est jamaïquain. De Kingston. Eh oui, encore un... il est donc également un rasta de Trenchtown. Son reggae est le plus simple, le plus dépouillé. The Burning Spear ne speede pas comme Toots, n’écrit pas comme Marley, mais il chante comme Winston Rodney. Ses vocaux sont des incantations délirantes, des appels dérisoires, de monotones et intenses improvisations sur les thèmes anachroniques... sa voix est celle d’un Al Jarreau des îles, unique, sensuelle, puissante...
Le reggae de Burning Spear, il y a les jours ou il m’écrase d’ennui, et ceux où il m’envoûte sans aucune chance de rédemption. Ce type est un des dix grands noms du reggae et son style s’impose, unique, difficile, grandiose, dans l’insurmontable et perpétuelle hyper-production jamaïquaine. Ceci doit bien être son dix ou douzième album et jamais il n’a semblé aussi indispensable : plus fort encore que le précédent «Hail H.I.M.», ce «Farover» rappelle que le Spear est à prendre en bloc, sa culture antédiluvienne avec, sa voix de sucre et d’épices avec, la ganja avec, le volume avec.
Faites-en une histoire d’amour, faites de vous un fan et l’ampleur du pied que cache le Spear derrière ses éternelles pochettes pourries vous surprendra. Après «Marcus Garvey», «Rocking Time», «Man In The Hills» ou le live, ce lancinant, puissant «Farover» est le disque de reggae du mois, sans erreur possible. Et combien de mois sans nouveauté reggae de cette taille ? «Farover». Le dessus du panier reggae. La crème.
Bruno Blum dans BEST n°169 d'août 1982
© 1982 BEST. Tous droits réservés.


lun 09 avr 2007 11:40