Genre : Reggae Jamaica
Note : ***
De toutes façons, ses ultra-classiques «Rocking Time», «Marcus Garvey» ou «Man In The Hills» font ressembler quasiment tous les autres disques de reggae à des platées de bouillie pour chats. Winston Rodney, alias Jah Burning Spear, la Lance Qui Brûle, est sans conteste un des très grands, et c’est le cas de le dire, un des plus allumés. Ceux qui n’encadrent pas le reggae (la majorité) se paieraient une bonne tranche de rigolade en creusant le sujet.
The Spear fait partie du club des grands mystiques, des éclatés défoncés chroniques, des princes sauvages ; un seul regard fatidique suffit pour asseoir sa superbe, sa fierté pleine de défiance. Il est de ceux dont émane une profondeur insondable ; dans ses yeux jaunis par la ganja brille une terrifiante lueur de noblesse, il porte le fardeau de son peuple exilé sur les épaules avec un sérieux redoutable, il est pur, dur et amour, et tout et tout. Il est du même tonneau que Marley, ce qui n’est pas applicable à la plupart des jamaïquains : il est de la même génération, celle des pionniers, et il a cette même approche lourde de sens. Sa musique est lancinante, splendide, lente et incomparable. Ses disques sont attendus par les connaisseurs, ils sont rares, sortent pas souvent et se conservent avec amour. Celui-ci ressemble aux autres : il est consistant, arrogant, imposant, peut être juste plus dense et plus lent. Bon sang, mais t’as entendu ce mec chanter ? Cette intensité, ces incantations moqueuses, psalmodiées, arrachées, cette voix tendre et rauque, brûlante, ces beaux mots qu’il laisse traîner, mmh, tous ces bons beaux mots bien gras qui...
Par tous les dahuts du mont Zion ! J’te raconte pas.
Bruno Blum dans BEST n°187 de février 1984
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