Genre : Country Folk
USA
Note : ***
A l'heure de revisiter l'essentiel du répertoire de son Palace originel, Bonnie "Prince" Billy s'est décidé à revêtir ses classiques des plus beaux habits de la musique traditionnelle américaine. Ressemblant à s'y méprendre aux meilleurs enregistrements du regretté Gram Parsons avec ses violons, cuivres, pedal-steel, pianos et choeurs en cascade, cette compilation ne remplacera bien évidemment jamais les albums originaux, dont la violence décharnée semble aujourd'hui encore insurpassable. Mais l'enjeu ne se situe pas là et il serait stupide de bouder son plaisir devant une telle débauche de talent. Puisé dans ce que Will Oldham a écrit de plus poignant, de Ohio river boat song à You will miss me when I burn, Riding ou Horses, Greatest Palace music est d'un classicisme élégiaque, l'exercice de style d'un génie déterminé à faire le tour d'un genre qui n'a de cesse de hanter son oeuvre. Au jeu de la relecture magistrale, la palme va aux morceaux originellement les plus dépouillés, comme les cinq reprises du bouleversant et majoritairement représenté Days in the wake, enregistré en solitaire il y a tout juste dix ans par un Will Oldham au sommet de sa forme. Mis en boîte par Mark "Lambchop" Nevers, Greatest Palace music - quel pléonasme - donne au fabuleux pianiste de Nashville Hargus "Pig" Robbins l'occasion de suivre les traces de feu Nicky Hopkins, assurément le plus grand pianiste de rock de tous les temps. Le reste des musiciens, au diapason, interprète le répertoire avec dévotion alors que le fils prodige de Louisville, possédé par ses mots bleus, chante avec déchirement son inaptitude à vivre comme le reste du monde. Seule ombre au tableau de cette grande musique, Viva ultra rejoint Walk on the wild side, Rock'n'roll suicide et Born to run au panthéon des chansons mythiques massacrées en leur milieu par un solo de saxophone ridicule. Mais on ne saurait en tenir rigueur à ce fils spirituel de Johnny Cash, qui n'a décidément pas fini d'enchanter le cercle grandissant de ses adeptes...
Renaud Paulik dans magic, n°79 d'avril 2004
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Greatest Palace
Music est un album de ses propres reprises chantées par
Will Oldham, accompagné par des musiciens de session
nashvilliens. Will Oldham sort des disques depuis dix ans.
Celui-là est une sorte de bilan, ainsi qu’une seconde
vie offerte à des chansons de jeunesse. Une drôle de
vie, vraiment. Les gars qui jouent sur ce disque n’ont sans
doute jamais entendu parler de la lo-fi, de l’antifolk, de la
musique underground, dont Will Oldham est pourtant le
héraut. Ce sont des gens qui ont joué sur des disques
des Judds, de Patty Loveless, de John Denver, de Ricky Skaggs, de
Charlie Rich, de George Jones, de James Taylor. Des gens que le fan
moyen de Will Oldham ne connaît peut-être pas.
De la rencontre entre les chansons de Will Oldham et la musique de
l’establishment nashvillien naît pourtant un des
disques les plus surprenants et ambitieux de Bonnie "Prince" Billy.
Enluminées de piano, de cordes, de chœurs
féminins, de pedal-steel et même de sax, les chansons
de Will Oldham accèdent à une sorte de grâce
intemporelle. Elles sortent de l’adolescence. On connaissait
ces quinze chansons en version originale : un peu tordues, un peu
cassées, un peu pathétiques, aimables pour leur
déficience. On les découvre en version immanente :
moins stylées, moins fermées, moins castées.
Les amateurs de folk geignard, qui n’apprécient le
genre qu’à l’échelle d’un mouchoir
de poche trempé de larmes, ne vont rien comprendre à
Greatest Palace Music. Mais ceux qui écoutent de la
musique avec leurs oreilles plutôt qu’avec leurs dogmes
vont enfin pouvoir apprécier le songwriting de Will
Oldham.
Avec ce disque pas très dérangeant mais très
bien arrangé, Will Oldham joue une sorte de
variété américaine sans style précis,
d’easy-listening western, de country-muzak, le genre de
musique qu’on achète en cassette sur une aire
d’autoroute et qu’on écoute dans le but unique
d’avaler de l’asphalte et de couvrir le bruit du
moteur, sans se soucier du nom ou de la réputation de
l’interprète. Le genre de musique qu’on
apprécie quand on est fatigué des étiquettes,
des guerres de chapelles, des conceptions étriquées
de l’esthétique. Bref, ça commence à
devenir vraiment bon.
Stéphane Deschamps
dans Les inrockuptibles du 24 mars
2004
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L'ultraprolifique auteur-compositeur américain Will Oldham a réuni à travers le monde une petite mais irréductible poignée de fans acquis à ses nombreuses identités musicales (Bonnie "Prince" Billy, Palace Songs, etc.), même si ses albums sont restés trop sombres et déprimants pour séduire des sensibilités plus "grand public". Greatest Palace music est une tentative pour y remédier. Il a réenregistré à Nashville quinze de ses plus marquantes compositions en compagnie de musiciens de studio, vétérans de la scène country locale. D'anciennes chansons comme I send my love to you, réarrangées à base de mandoline et de pedal-steel guitar, sonnent autrement plus légères et mélodieuses que leurs versions originales. Il arrive qu'Oldham retombe dans ses humeurs dépressives - More brother rides sonne toujours sombrement fataliste -, mais ses camarades de Nashville réussissent le tour de force d'apporter le supplément d'âme qui manquait à ces bonnes chansons. Oldham sort en même temps un mini-album instrumental composé pour la bande originale d'un film, Seafarers music, mais ce Greatest Palace music est de loin un bien meilleur investissement. Recommandé.
Nick Kent dans Libération du 19 mars 2004
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