Genre : Rock
alternatif Folk USA
Note : ***
En solo ou en duo comme ici, la voix de Will Oldham brise toujours les cœurs.
Qu'y a-t-il dans la voix de Will Oldham (alias Bonnie "Prince" Billy) qui soit aussi vénéneux ? Depuis plus de dix ans qu'on le fréquente avec assiduité, sa voix légèrement fausse, éraillée, toujours intensément incisive et précise, n'a cessé de briser les coeurs. Ses disques mettent de longues semaines avant de s'installer, mais ils hantent durablement les vies de leurs victimes. Car derrière des semblants de retenue, derrière une esthétique un peu trop vite qualifiée de lo-fi se dissimulent quelques-unes des plus belles chansons de l'histoire du rock. Dans ces morceaux, il y a le même esprit qui veillait sur les plus beaux instants de Johnny Cash, Neil Young ou Frank Sinatra : la même flamboyance mesurée, la même déraison romantique, qui mène l'auditeur au bord du gouffre et le rattrape toujours au dernier moment. Superwolf renoue avec les atmosphères des disques les plus sombres du chanteur, comme I see a aarkness, Days in the wake ou Get on jolly. Les musiques, toutes composées par Matt Sweeney à partir des textes, ne dépareillent pas celles habituellement conçues par Will Oldham. Elles sont, parfois, un peu plus équilibristes, se développant sur davantage de temps, mais demeurent tout aussi ouvertes et enrobantes, laissant toute la place au chant. Comme sur le dernier morceau de l'album, I gave you, hanté par un chant et une guitare nus, rehaussés par un orgue nocturne. Will Oldham y chante une histoire de coeur brisé : en l'écoutant, on le devine disparaissant progressivement, en même temps que son chant s'évanouit dans l'air. On voudrait le retenir, de peur que son absence rende la vie trop insupportable.
Joseph
Ghosn dans Les inrockuptibles n°477 du 19
janvier 2005
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Des
Misfits aux Ramones en passant par Shellac, Royal Trux et divers
groupuscules hardcore, Will Oldham n'a jamais caché son
goût pour les musiques massives, sinon grasses. Rien
d'étonnant donc à le voir aujourd'hui signer un album
à quatre mains en compagnie de Matt Sweeney, l'ancien leader
des métalliques Chavez et colonne vertébrale furtive
de Zwan, ce projet rapidement avorté de Billy Corgan.
Adoubé en son temps par un certain Robert Pollard, Sweeney,
qui a brièvement joué au sein de Guided By Voices,
s'est considérablement assagi au fil des années et
ses brillantes prestations sur The covers record de Cat
Power ou le très bucolique Ease down the road de
Bonnie 'Prince' Billy témoignent à elles seules du
virage opéré par ce guitariste hors norme.
Aujourd'hui reconnu par le prince de la country alternative comme
un de ses pairs, Matt Sweeney a de quoi savourer son heure de
gloire... Auteurs d'un des disques les plus poignants de cette
rentrée, les deux complices chantent et jouent à
l'unisson une musique belle à chialer. Il est vrai qu'avec
ou sans Clyde, Bonnie a toujours frappé direct aux tripes,
et sa faconde légendaire ne semble pas sur le point de se
tarir. Transcendant folk, country, rock, blues et gospel,
Superwolf condense un siècle de musique populaire
américaine, jouée avec une ferveur toute
contemporaine. Essentiellement interprétées à
la guitare électrique, acoustique ou slide, ces onze
incantations (My home is the sea, Death in the sea)
sauvées des eaux s'adressent à la bête enfouie
à l'intérieur de chacun (Beast for thee,
Blood embrace), ce démon que Johnny Cash avait
forcément en tête lorsqu'il s'appropria I see a
darkness du génie de Louisville. Comme les Rolling
Stones à la fin des années 60, Will 'BPB' Oldham
évolue depuis ses débuts en état de
grâce perpétuel, comme en témoigne ce
partenariat en forme d'hommage présumé à
Steppenwolf ou sa fulgurante apparition sur l'excellent Nothin'
to celebrate de Red. Et si Matt Sweeney, pas intimidé
pour deux dollars (guitar), fait plus que tirer son épingle
du jeu, c'est une fois encore l'auteur de Ohio river boat
song qui, la fin venue, raccompagne la princesse sur son fier
destrier et accomplit son devoir avec un entrain qui fait plaisir
à écouter.
Renaud Paulik dans
magic n°87 de février 2005
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