BONNIE 'PRINCE' BILLY & MATT SWEENEY : Superwolf (2005) (*** WILL OLDHAM : les archives ***) posté le dimanche 07 mai 2006 12:11

Blog de cocosuodo : ~~ lost songs and other blues ~~ les archives rock, BONNIE 'PRINCE' BILLY & MATT SWEENEY  : Superwolf (2005)

Genre  :  Rock alternatif Folk USA
Note :  ***


En solo ou en duo comme ici, la voix de Will Oldham brise toujours les cœurs.
Qu'y a-t-il dans la voix de Will Oldham (alias Bonnie "Prince" Billy) qui soit aussi vénéneux ? Depuis plus de dix ans qu'on le fréquente avec assiduité, sa voix légèrement fausse, éraillée, toujours intensément incisive et précise, n'a cessé de briser les coeurs. Ses disques mettent de longues semaines avant de s'installer, mais ils hantent durablement les vies de leurs victimes. Car derrière des semblants de retenue, derrière une esthétique un peu trop vite qualifiée de lo-fi se dissimulent quelques-unes des plus belles chansons de l'histoire du rock. Dans ces morceaux, il y a le même esprit qui veillait sur les plus beaux instants de Johnny Cash, Neil Young ou Frank Sinatra : la même flamboyance mesurée, la même déraison romantique, qui mène l'auditeur au bord du gouffre et le rattrape toujours au dernier moment. Superwolf renoue avec les atmosphères des disques les plus sombres du chanteur, comme I see a aarkness, Days in the wake ou Get on jolly. Les musiques, toutes composées par Matt Sweeney à partir des textes, ne dépareillent pas celles habituellement conçues par Will Oldham. Elles sont, parfois, un peu plus équilibristes, se développant sur davantage de temps, mais demeurent tout aussi ouvertes et enrobantes, laissant toute la place au chant. Comme sur le dernier morceau de l'album, I gave you, hanté par un chant et une guitare nus, rehaussés par un orgue nocturne. Will Oldham y chante une histoire de coeur brisé : en l'écoutant, on le devine disparaissant progressivement, en même temps que son chant s'évanouit dans l'air. On voudrait le retenir, de peur que son absence rende la vie trop insupportable.

Joseph Ghosn dans Les inrockuptibles n°477 du 19 janvier 2005
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Des Misfits aux Ramones en passant par Shellac, Royal Trux et divers groupuscules hardcore, Will Oldham n'a jamais caché son goût pour les musiques massives, sinon grasses. Rien d'étonnant donc à le voir aujourd'hui signer un album à quatre mains en compagnie de Matt Sweeney, l'ancien leader des métalliques Chavez et colonne vertébrale furtive de Zwan, ce projet rapidement avorté de Billy Corgan. Adoubé en son temps par un certain Robert Pollard, Sweeney, qui a brièvement joué au sein de Guided By Voices, s'est considérablement assagi au fil des années et ses brillantes prestations sur The covers record de Cat Power ou le très bucolique Ease down the road de Bonnie 'Prince' Billy témoignent à elles seules du virage opéré par ce guitariste hors norme. Aujourd'hui reconnu par le prince de la country alternative comme un de ses pairs, Matt Sweeney a de quoi savourer son heure de gloire... Auteurs d'un des disques les plus poignants de cette rentrée, les deux complices chantent et jouent à l'unisson une musique belle à chialer. Il est vrai qu'avec ou sans Clyde, Bonnie a toujours frappé direct aux tripes, et sa faconde légendaire ne semble pas sur le point de se tarir. Transcendant folk, country, rock, blues et gospel, Superwolf condense un siècle de musique populaire américaine, jouée avec une ferveur toute contemporaine. Essentiellement interprétées à la guitare électrique, acoustique ou slide, ces onze incantations (My home is the sea, Death in the sea) sauvées des eaux s'adressent à la bête enfouie à l'intérieur de chacun (Beast for thee, Blood embrace), ce démon que Johnny Cash avait forcément en tête lorsqu'il s'appropria I see a darkness du génie de Louisville. Comme les Rolling Stones à la fin des années 60, Will 'BPB' Oldham évolue depuis ses débuts en état de grâce perpétuel, comme en témoigne ce partenariat en forme d'hommage présumé à Steppenwolf ou sa fulgurante apparition sur l'excellent Nothin' to celebrate de Red. Et si Matt Sweeney, pas intimidé pour deux dollars (guitar), fait plus que tirer son épingle du jeu, c'est une fois encore l'auteur de Ohio river boat song qui, la fin venue, raccompagne la princesse sur son fier destrier et accomplit son devoir avec un entrain qui fait plaisir à écouter.

Renaud Paulik
dans magic n°87 de février 2005
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