Genre : Country Folk
USA
Note : **
Au début des années 90, Will Oldham, alors petit frère des pauvres chez Palace Brothers, ouvrait une voie béante, fondamentale pour les années à venir. A l'arrière de la pochette de son premier album, There's no-one what will take care of you, y'avait une route, qui traversait le désert : tout un pan du rock américain, en rupture des déguisements électriques et des rages simulées, s'engouffrera sur ce chemin cahoteux, poussiéreux. On parlera alors de melancountry, d'americana, puis de néo-folk : il aurait suffi d'évoquer un front du refus à tout ce vacarme gâché, à tout ce rock bouffi, impuissant, dégénéré qui croissait sur les ruines du grunge et des années 80.
Will Oldham remit les compteurs du rock américain à zéro, le ramena à l'âge de pierre, aux fondamentaux (Creedence, Crazy Horse, Johnny Cash, Leonard Cohen...), avec un dogmatisme particulièrement courageux et suicidaire. Mais son message fut entendu haut et fort par toute une génération, de Luke à Devendra Banhart, de Cat Power à Björk, qui l'a récemment recruté... Une voie séminale, mais aussi une voix capitale, comme on n'en croise qu'une ou deux par décennie, suffisamment étrange – comme effrayée, effarée par les histoires amochées qu'elle raconte – pour engendrer autant de carrières que de consternation. Bref, Will Oldham est le Neil Young de sa génération, un passionnant maverick.
C'est en live, pour la première fois officiellement, qu'on le retrouve aujourd'hui, susurrant ou aboyant ses histoires cagneuses et psychiatriques avec un groupe électrique, méchant, hirsute, sorte de Velvet Underground des champs brûlés. Au dos de la pochette, y'a toujours une route, mais elle mène au sommet d'une montagne : la moindre des choses.
Jean-Daniel Beauvallet dans Les inrockuptibles n°522 du 30 novembre 2005
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Summer in the Southeast, le premier album live de
Bonnie 'Prince' Billy — provisoirement autorebaptisé
Pink Nasty et communément connu sous le nom de Will Oldham
— est un euphémisme en soi : la majeure partie des
enregistrements de notre Américain schizophrène
fleure bon la prise directe et la fièvre collective.
Accompagné de sa section rythmique de prédilection
(son frère Paul Oldham à la basse et Peter Townsend
aux tambours), des guitaristes Matt Sweeney (co-auteur de
l'inusable Superwolf) et David Bird, et enfin de l'orgue
et des choeurs essentiels de Ryder McNair, Bonnie revisite du fin
fond de l'Amérique (Floride, Georgie, Mississippi, Caroline
du Nord) le meilleur de sa discographie. Ou peu s'en faut. Mais
loin de faire double emploi avec les réarrangements sublimes
du Greatest Palace music, le répertoire
s'étoffe ici sous l'effet de la fée
électricité, troquant les subtilités
acoustiques d'antan pour une densité nouvelle. Plus brut que
les récents travaux du Prince du Kentucky, ce disque fait du
neuf avec du vieux (les intouchables Pushkin et I send
my love to you), tout en rendant grâce aux classiques
immuables (Break of day, I see a darkness,
Ease down the road). Et si le radical Sucker's
evening révèle ici toute sa splendeur en blues
crasseux, Beast for thee n'apporte en revanche rien
à la version originale, certainement encore trop
fraîche pour envisager un quelconque réajustement.
Mais tout cela ne serait rien sans l'humanité
sidérante de la voix du maître, dont on sait depuis le
début des hostilités qu'elle nous accompagnera,
exactement comme celle de Tom Waits, jusqu'à nos plus vieux
jours.
Renaud Paulik dans magic
n°96 de novembre 2005
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