Genre : Rock alternatif UK
Note : *****
Ce soir, je suis malade. Plus jamais il n'y aura d'albums des Smiths ... Juste un testament, avec le goût amer d'une dernière bonne soirée passée avec un être cher que vous ne reverrez plus. Il ne me restera que des images, des flashes trop personnels. Une arrière-salle de Manchester où ils m'étaient apparus tout en blanc, superbes, enguirlandés dans leurs colliers de perles. La grâce. Je m'étais battu pour un bouquet de fleurs à Liverpool - J'avais ri et dansé sur This Charming Man. Maudit Hulme sur Suffer Little Children. Eté amoureux sur I know it's Over. J'avais même été jeune sur Hand in Glove. Une tranche de ma vie rythmée par des chansons dans lesquelles je me promenais en toute confiance. Sûr que, vue de l'extérieur, l'harmonie entre les Smiths et leur public doit paraître bien pathétique. Morrissey, porte-parole d'un contingent d'écoliers mal grandis ... pfuii ... Mais quand vous rendrez-vous compte que Morrissey n'a jamais parlé POUR une génération, mais A une génération ? Et puisque je n'ai pas le pouvoir (pas assez cynique) de juger de l'importance ou non de ce groupe,je dirai seulement que les Smiths ont été IMPORTANTS pour moi. Pendez Madonna, pendez Springsteen. "Pendez le DJ, la musique qu'il passe ne me dit rien à propos de ma vie" (Panic).
Reste un album posthume. Règlement de compte avec un rock-biz qui a fini par détruire leur normalité à coups d'argent et de tentations faciles (Paint a Vulgar Picture). Réglement de compte avec une critique réservant au médiocre uniquement le droit de se répéter ("Stop me if you've heard this one before"). Oh, bien sûr, rien de révolutionnaire ici dans la conception, si ce n'est l'intrusion (bonjour Monsieur) d'un piano obsédé. Strangeways ... repose sur l'étrange complémentarité d'un humour torturé et de mélodies lumineuses. D'un côté les compositions fluides, parfois tordues jusqu'au dérapage en sucette psychédélique (Death of a Disco Dancer) du guitariste surdoué que reste Johnny Marr. De l'autre, l'ironie et l'ambiguité d'un Morrissey plus que jamais empêcheur de tourner en rond ("I came to wish you an unhappy birthday"). Trop de pressions, trop de passion auront fini par éclater cette symbiose totale. Pourtant, à aucun point cet album ne semble souffrir de la moindre distension interne, avec des sommets tels que I Won't Share You et Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me. Il restera même sans doute comme leur album le plus abouti, le plus touchant, le plus ... "Drink, drink, drink and be ill tonight". Ce soir, je suis malade. The queen is dead.
Jean-Daniel Beauvallet
dans Les Inrockuptibles n°8 Octobre/Novembre 1987
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Morrissey est pathétique. Sa préciosité méprisante, sa sensiblerie avec un doigt de tragique et cette apparente suffisance de martyr poussent à croire qu’il est d’un caractère déplaisant. Une torture de voir ces photos avec «Save me» au feutre sur son ventre à l’air. Maniérisme du provincial-artiste acculé au dérisoire, au non-sens, pour cause de traumatisme musical et de ville minière. Joy Division, Beatles et plus tard Velvet Underground... Les Smiths ont la palme du lyrisme cynique. Avant Cure.
Mais voilà que Morrissey et les Smiths fabriquent la sixième merveille de leur monde. Et voilà que ce à quoi ils semblaient prétendre, poésie, sensualité et réalisme cynique existe. Une combinaison trés rarement aboutie. «Quand on a raté sa vie, on bascule dans la poésie, le talent en moins» a dit Cioran. Morrissey en a du talent ; il en a tellement qu’il peut tout se permettre, et il se permet tout : des «Vulgar Picture», des «Unhappy Birthday» des «Girlfriend In A Coma», des vies ratées, alignées banalement comme autant de singles de la déchéance, mélodiques et simples. Parfaits. Le guitariste, Johnny Marr en a marre. Il va quitter le groupe pour lequel il écrivait la plupart des morceaux. «Strangeways, Here We Come» est son épitaphe. Dommage. S’il y a un album des Smiths à garder, c’est celui-là.
Gilles Riberolles dans BEST n°231 d'octobre 1987
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Retrouvez une analyse de Strangeways, Here We Come ici : http://www.on-a-good-day.net/article-19428408.html
Sylvain (mai 2008)