Genre : Rock alternatif UK
Note : ***
Après l’étonnant «Psycho Candy» beaucoup attendaient Jesus & Mary Chain au tournant. Pas évident après avoir trouvé un son nouveau, créé des vocations et suscité autant de passions, de renouveler l’événement. J & MC. ont su éviter les pièges et ne pas tomber dans la facilité de reprendre les meilleurs plans de leur premier album. Ils jouent de nouveau l’effet de surprise.
Cette fois, il s’agit de «rock» bien plus que de pop et l’aspect noisy ne prédomine pas. Un rock flirtant même occasionnellement avec le Velvet qui n’en finit décidément pas de venir hanter les plages des 80’s. Mais tout est question d’assimilation. Et «Darklands» est brillant, limpide et puissant. Attachant. Tout de suite. Sur «Psycho Candy» il fallait une certaine bonne volonté pour démêler à la première écoute la mélodie du bruit. Ici, un effort de discernement s’avère aussi nécessaire, mais pour différencier rapidement une chanson d’une autre : l’emploi systématique de quelques accords crée une sorte d’uniformité. Pas désagréable cependant, si l’on aime le style dès le premier morceau.
Pour en revenir à l’aspect bruit qu’on avait connu omni-présent, il est ici relégué au rang de décor, il fait partie des meubles. Les mélodies simples et efficaces emplissent l’espace dépoussiéré et frappent juste. Les deux singles, «April Skies» et «Happy When It Rains» sont repris dans leur version d’origine. Avec «Nine Million Rainy Days» voici beaucoup d’évocations de pluie, étonnant pour un album si lumineux ! Mais il est vrai que la musique a les couleurs de l’automne. Les Jesus and Mary Chain ne se sont pas essoufflés, la même vigueur et la même sensibilité inspirent toujours «Darklands» et l’exploration de ces «terres sombres» conduit à des jardins secrets, splendides de naiveté subtile.
Emmanuelle Debaussart dans BEST n°231 d'octobre 1987
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Les rigolards ne peuvent pas supporter leur attitude : une arrogance noire et renfrognée où se disputent la timidité incurable et la conviction d'avoir raison quelque part. Des types qui croient tellement peu en eux-mêmes qu'ils gueulent le contraire au nez de tout le monde, le plus fort possible, pour être sûrs de déranger - et de se faire entendre. Comme quoi les rejeter sous prétexte qu'ils se prennent plus au sérieux qu'un académicien gris engoncé dans ses certitudes ne rime à rien, on peut leur reprocher bien des choses (?) sauf d'avoir conscience d'un certain ... malaise, et d'y réagir. Rien de plus naturel, et le naturel, ça ne se reproche pas. Si on peut leur en vouloir vraiment, c'est par jalousie : celle qui les voit composer magistralement, après avoir sauvagement ingurgité un ensemble d'influences savamment choisies. Comme les cinéastes de la nouvelle vague, qui avant de passer à l'action collectionnent les billets d'entrée de la cinémathèque pour se nourrir de l'héritage de leurs ainés et s'ouvrir à toutes les sensations, les frères Reid ont rayé tous leurs classiques du rock avant de se mettre à dessiner des chef-d'oeuvres, qu'ils ne doivent alors plus qu'à eux-mêmes. Car sur les clins-d'oeil à trente ans de rock, on empile avec souplesse les briques, noires, pour construire la pièce musicale la plus fragile et la plus évidente. Noir c'est noir et ils sont au fond de leur désespoir, mais on se fiche de savoir si l'on partage ou non leur nihilisme sans retour, car on n'a pas besoin de leur tenir la main, la tête basse, pour les croire sincères et terriblement vrais. Aussi justes et crus, dans leur monde pluvieux et sanglotant, apitoyé sans être pitoyable, avec l'écriture de chanson la plus pure qui soit, on se fiche des hics sonores de l'album. On aimerait pourtant leur trouver un défaut, rien d'un petit, pour les jaseries, quelque part dans leur disque. Mais c'est difficile de lutter avec l'évidence, qui répète inlassablement non, non, non... De quoi devenir jaloux.
C. Whatshisnamedans Les Inrockuptibles N°8 d'octobre-novembre 1987
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