Genre : Rock alternatif USA
Note : ****
Ceux-là auraient pu s’inscrire dans la liguée des R.E.M. s’ils n’aimaient tant le bruit et le danger. C’est que ce quartet a une réputation de front-men de la scène underground new-yorkaise à entretenir, voyez-vous. D’agréables compositions bien mordantes et puis, chlak ! la vivisection reprend le dessus. Un p’tit coup de charcutage pour la forme : entrelacs, noeuds et engorgements en tous genres. La torture instrumentale comme signe distinctif. Pourtant il y a dans ce double-album sans concessions un afflux d’électricité insidieusement mystique ainsi qu’une faculté à changer de plans souvent et sans prévenir qui attirent l’attention et font grimper la tension. Le genre de groupe à rester dix minutes sur scène et à causer une émeute. Culte.
Witty Zè dans Rock & Folk n°261 de mars 1989
© 1989 Rock & Folk. Tous droits réservés.
A l’instar du chemin parcouru par Nick Cave entre Birthday Party et “Tender prey”, un autre exemple réussi d’apaisement progressif, d’invitation digne d’un public non initié. Débroussaillage. On avait toujours senti, derrière l’effrayant mur du son de Sonic Youth, une capacité mélodique évidente. Mais voilà, peu étaient ceux capables de s’aventurer au-delà du vacarme, de partir derrière les ronces chercher les fruits, aussi savoureux soient-ils. Il aura fallu attendre “Sister”, l’an passé, pour que les portes s’entrouvrent, pour que la révolte et la frustration se lénifient. Pour la première fois, le groupe avait réussi à concilier fracas et mélodie, plaisir et douleur.
Un équilibre miraculeux et fragile que l’on retrouve sur les quatre faces de “Daydream nation”. Un constant tiraillement entre la tension, l’énergie brute et le satin des harmonies, entre nausée et candy. Un chemin de croix ardu, toujours, où chaque minute de plaisir se gagne, où le groupe ne viendra jamais vous chercher par la main. Même “Kissability”, mélodie la plus pure, la plus évidente de l’album, nécessite un baptême par le feu, l’effort avant la jouissance.
Je comprendrais aisément que le masochisme toujours nécessaire ici, ne rebute les habitués du plaisir confortable d’un CD de Tracy Chapman. Mais ils ne savent pas de quelles sensations ils se privent en restant de l’autre côté du wall of noise.
Triquet
dans Les Inrockuptibles n°14 de décembre 88-janvier 89
© 1988 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits réservés.

