Genre : New Wave UK
Note : ***
Pourquoi l'album "Substance" de Joy Division sort-il précisément maintenant ? Personne ne s'en cache, c'est principalement pour éponger les dettes de New Order envers le fisc. Bonne introduction en la matière qui permettra aux fans transis, bien qu'ayant été les premiers à se précipiter sur ce disque, de stigmatiser maison de disques et petits copains de New Order pour se faire du blé sur le dos de Ian Curtis. Introduction qui permettra de répondre : "un peu de réalisme, "Closer" et "Still" sont sortis après la mort de l'ex-ouvrier textile et la polémique a déjà eu lieu..."
S'il est vrai que chaque génération aime à se trouver un martyr au sein des rockers fauchés dans leur jeunesse par le mal de vivre, un crash ou un shoot d'héro, alors, c'est certain, la génération post-punk s'est choisi Ian Curtis. Ce pâle garçon qui cultivait maladivement un charisme négatif et une sensibilité exacerbée était, il est vrai, une assez belle icône à aduler avec sa petite gueule d'angelot spleeneux et ses attitudes de pantin désarticulé. Malgré tout, malgré surtout la bande de corbeaux insupportables qui croasse à propos du moindre ersatz cold wave et qui se pose en gardienne du mythe avec la plus détestable argumentation qui soit, malgré ça donc, Joy Division reste un groupe important, majeur. En grisaillant le rock d'une indubitable froideur, il a su résumer les angoisses d'une jeunesse bringuebalée entre le nihilisme punk et la crise de l'Occident. En perpétuant l'angoisse adolescente et l'idée de la rébellion individuelle, solidement associées à l'imaginaire du rock, il a su offrir un idéalisme noir à une génération qui réclamait cruellement du romantisme dans un monde pragmatique.
En usant de l'énergie du désespoir, la seule qui fasse avancer le rock, Joy Division a ajouté quelques classiques de plus au panthéon des rock-songs. Love will tear us apart... again. Ne me contrediront pas ceux qui, un soir de mai 80, ont entendu John Peel, la gorge nouée, annoncer sur les ondes de la BBC, "mauvaise nouvelle, les gars, Ian Curtis est mort." Bates dans Les Inrockuptibles n°13 Oct./Nov. 1988
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