Cocteau Twins : Blue Bell Knoll (1988) (*** OLDIES ***) posté le samedi 20 mai 2006 16:37

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Genre  :  Rock alternatif UK
Note :  ****


Faire une chronique de Cocteau Twins, autant essayer de retenir le vent avec les mains. D’arpèges de piano à rendre malades des Eurythmics croyant parler aux anges en riffs atmosphériques, des coutumiers carrousels de claviers aériens aux guitares ambiguës en passant par les nappes de basse souterraines et le trot menu omniprésent, une impression persiste : les commentaires sont superflus, pour ne pas dire déplacés. D’accord, mais j’ai une famille à nourrir, moi.
A l’époque de la pensée universelle et du grand rassemblement européen, Cocteau Twins joue la carte de notre ciel à tous, faisant vibrer des émotions communes aux Péruviens comme aux Tchèques, miroiter des icônes évocateurs du Togo à l’Alaska. Il ne fait que ça depuis huit ans, purifier l’âme des bienheureux illuminés parfois camouflés en corbeaux taciturnes. Et, que je sache, toujours pas de monument élevé en son nom, en guise de reconnaissance. Non, la masse veut de la prose, des messages, pire : des motifs. Non mais, qu’est-ce qu’ils ont à virevolter sur les ailes de la Grâce, ceux-là ? En plus, les titres ne veulent rien dire et on ne comprend pas ce que l’espèce de geisha pâmée raconte ! Elisabeth Frazer, dont le chant s’apparente plus que jamais au vol d’un oiseau, Robin Guthrie et l’autre n’ont rien à dire, en effet, mais tout à suggérer. Continuons à débattre, philosopher et émettre des reproches et rions des lunaires qui se noient dans les couleurs, se prennent pour des nuages blancs et jouent avec les gouttes d’eau. Après «Treasure» et sa souveraine froideur religieuse puis le limpide «Victorialand» pour lequel l’électricité avait été abandonnée, le groupe est arrivé aujourd’hui à une parfaite maturité au niveau du son, riche et touffu, compact dans sa fluidité, ce qui devrait permettre à «Blue Bell Knoll» de devenir également le disque-Vendredi (à emporter sur une île déserte) des amateurs de Kate Bush et de pop anglaise bien ouvragée. Les autres risquent de passer à côté de cette pure merveille qu’ils jugeront chiante parce qu’ils ne savent pas se perdre, se passer de références.

José Guerreiro dans Rock & Folk n°258 de décembre 1988
© 1988 Rock & Folk. Tous droits réservés.

Groupe phare de 4AD, les Cocteau Twins ont depuis longtemps quitté les fanges marécageuses de l'underground. Loin d'appartenir à la cohorte des groupes confidentiels promis à une carrière limitée aux fans transis, ils n'ont pourtant pas encore rejoint la Côte d'Azur de la musique, le tout public-grande audience. Habitude ou évolution (des moeurs principalement) il semblerait aujourd'hui que les jumeaux terribles soient capables de catalyser toutes les passions et de plaire sur tous les fronts. Des prouesses de pureté en état d'apesanteur, un peu planant, onctueux, langoureux, très, mélodieux énormément.
Ça a à voir avec l'émotion. Ça doit. Il ne peut pas en être autrement Duras ? Non, E.F., Elizabeth Fraser, chanteuse à la voix ensorceleuse de sirène du grand large. Une voix qui enroule et déroule ses volutes sonores en fils d'Ariane soyeux. Bien heureux qui s'y laisse prendre. Tout est limpide, fluide, enjôle l'oreille du premier au dernier morceau dans une continuité mélodique doucereuse. Une subtile alchimie d'air et d'eau.
La musique s'est adoucie, allégée, est presque devenue simple prétexte, écrin pour une perle : la voix et le mystère de l'écriture ( paroles souvent incompréhensibles, privilégiant l'harmonie des sons ). Blue Bell Knoll manque peut-être un peu d'énergie, de la rythmique plus soutenue qui faisait le charme de maxis comme Pearly-Dewdrops . Il a en tout cas le mérite d'être diplomatique. Un pont tendu entre prometteur et promesses tenues, pas assez commercial pour décevoir les afficionados de la première heure ( même si l'atmosphère s'est sensiblement réchauffée ), mais bien plus qu'abordable pour attirer un nouveau public.


Emmanuelle Debaussart dans BEST d'octobre 1988
© 1988 BEST. Tous droits réservés.

Le nouveau Cocteau Twins est bien. Bien mieux que leurs précédents errements. Et durant la longue gestation de cet album, ils ont su développer le sens mélodique au premier degré qui leur faisait parfois défaut. Leurs longs dérapages d'échos caractéristiques, qu'on a toujours associés au spleen lymphatique des landes écossaises, ont été intelligemment canalisés et une guitare acoustique est venue ponctuer leurs mélodies cristallines. La voix d'Elisabeth Fraser, souvent doublée en canon, garde sa fluidité mais n'est plus seulement évanescente, elle se fait tantôt charmeuse, tantôt walkyrie. Tous ces nouveaux éléments ont apporté un peu de chaleur à leur flux musical qui finissait par flirter dangereusement avec l'onomatopée musicale. Aujourd'hui, leur originalité a su se glisser dans un format pop. C'est tant mieux, leur musique, réputée de chapelle, attirera d'autres fidèles.

Lise Deleuze dans Les Inrockuptibles N°14 Décembre 88/Janvier 1989
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