Genre : Pop Rock USA
Note : ***
Après un album plutôt musclé, rebondissant sur la lourde cognée d’une grosse batterie plutôt rustique, Bob Dylan tire les volets et la met en sourdine le temps d’un album intimiste de toute beauté : «Oh Mercy», un grand disque de folk, comme on n’en avait plus l’habitude. Seul ou presque, avec sa guitare et son harmonica, parfois appuyé d’une rythmique discrète, frisant le plus total dépouillement, Dylan s’épanche lentement en longues ballades lancinantes et éraillées, se laisse aller à des complaintes pleines de spleen, à peine soulignées par la fragile ligne d’un lointain clavier, épuré et stylisé (remarquablement servi par une production d’une extrême finesse — on pense parfois à certains climats des «Trinity Sessions» de nos Cowboy Junkies préférés — confiée pour l’occasion à Daniel Lanois) pour signer en fin de compte un de ses plus beaux disques depuis des lustres. Du grand art. Bobby, une fois de plus, vient de nous épater. Décidément, les vieux, en ce moment...
Philippe Blanchet dans Rock & Folk n°267 d'octobre 1989
© 1989 Rock & Folk. Tous droits réservés.
Les fans de la première heure attendaient cet album depuis longtemps. La discographie 80’s du maître n’avait pas toujours été à la hauteur, triste succession d’albums bâclés - hormis l’inégal “Infidels” - et de concerts massacrés avec l’aide bienveillante du Grateful Dead. “Oh Mercy” sortit donc dans l’indifférence polie des médias, et seuls les inconditionnels se précipitèrent pour l’acheter, vaguement persuadés de tenir enfin entre les mains le disque qui ferait taire les sarcasmes des jeunes pousses allergiques au barbu (“Yeh, man, comment peux-tu écouter ce vieillard chevrotant qui lime sa gratte sèche pendant des heures ?”). Non, Dylan n’avait pas pété les plombs, le plus grand folk-songwriter de l’histoire était de retour après trente ans de carrière faite de hauts (écoeurant de facilité), et de bas (écoeurant de facilité à tout foutre en l’air).
Production tarabiscotée mais pas pompeuse de Daniel Lanois (monsieur Son-Atmosphérique de U2), Dylan concentré sur son ouvrage, “Oh Mercy” se pose dès le premier morceau, “Political World”, comme un grand cru dans la carrière de l’auteur de “Blood On The Tracks”. La voix est agressive, les arrangements impeccables - mention spéciale à Daniel Lanois, qui promène son dobro tout au long de l’album avec une justesse dont Mark Knopfler aurait bien eu besoin pour “Infidels”. A l’écoute de “Man In The Long Black Coat”, chanson au climat envoûtant et déprimé, puis de “Most Of The Time”, ça ne fait plus aucun doute, l’icône de Greenwich Village a ressurgi de ses cendres, peut-être n’a-t-il jamais chanté avec une telle application, une telle sincérité. Les esprits étroits et les intégristes folkeux qui avaient déjà frôlé l’infarctus pour son premier disque électrisé ont sans doute cassé leur pipe pour de bon à l’écoute de “Oh Mercy”, premier véritable album studio hyperléché de Bob Dylan (lui était-il déjà tout simplement arrivé de faire plusieurs, ou même deux prises pour enregistrer la voix d’un titre ?). Pas une chanson moyenne pour y ternir le joyau “Oh Mercy”, des paroles et des mélodies magnifiques. On pourrait parler de disque parfait si l’écrin n’était pas si moche. Qu’est-ce qui a pris à Dylan de mettre sur la pochette cet affreux tag de mur new-yorkais ? J’aime mieux pas voir la déco de son salon. Mais je m’égare...
David Angevin dans Rock & Folk hors série n°11
“300 Disques Incontournables 1965-1995”
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Dylan avait beaucoup à se faire pardonner, surtout par sa légende : depuis “Blood On The Tracks”, ça n’était plus vraiment ça. Il aurait pu s’exiler sur Pluton qu’on n’aurait même pas remarqué. Salut vieux ! Et encore merci pour “Blonde On Blonde”. Ici, grâce à Daniel Lanois et aux vibrations spirituelles de la Nouvelle-Orléans, il grommelle ses histoires les plus habitées depuis quinze ans, flottant dans une superbe quiétude atmosphérique. Une basse en état d’apesanteur serpente à travers une chape de ouate tout juste déchirée par quelques brisures d’harmonica, ou le tranchant des mots et du ton glaçant qui faisaient verdir le Costello des débuts. Et on compte les gemmes : “Man In The Long Black Coat”, sombre poème traversé d’images bibliques, le sublime “Most Of The Time” où, vulnérable, il égrène ses doutes. Dans le venimeux “What Is It You Wanted”, une fois de plus, il règle ses comptes avec une femme (à moins qu’il ne s’agisse de la presse... ou de son public). Pour la première fois depuis le Watergate, on s’intéresse à un album de Dylan.
Serge Kaganski dans Les Inrockuptibles n°20 de décembre-janvier 1990
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