Genre : Punk Rock UK
Note : ***
Du point de vue documentaire, imaginez l'aubaine : quatre Peel sessions délicatement réparties sur vingt mois, entre le 7 septembre 1977 et le 21 mai 1979, rassemblées sur un même album. Quatorze titres, avec la même formation, des chansons soit prises des albums, soit jouées là avant leur enregistrement officiel.
Du point de vue musical, le résultat est plus étrange. D'abord, ça ne ressemble pas à un vrai disque des Buzzcocks : d'une part ces deux instrumentaux plantés là au milieu du disque, et dont les Buzzcocks auraient sans doute fait autre chose, en fin d'album ; plus grave, ça démarre mal avec une version de "Fast cars" où la basse a du mal à suivre un mouvement pourtant fâcheusement plus lent que l'original. Le sommet, c'est la troisième séance, celle du 18 octobre 1978, trois chansons produites par Bob Sargeant. Non pas que ça ressemble plus à un idéal Buzzcocks (clarté hors de propos), mais c'est impressionnant : des chansons où l'obsession de la mécanique — d'où l'obsession des moyens de transport — croise le désir d'y aller à coups de fragments — d'où l'abrupt des débuts et des fins — de pop-songs : des bouts de pop-songs découpés dans un bloc de métal secoué par une turbine. Enfin, en gros.
La structure des chansons, toujours très claire, sert le propos : tout se répète, tout se déglingue. Et Pete Shelley, détendu, une idée de trop par minute pour pouvoir écrire des hymnes comme on essaye de nous les faire gober ces temps-ci, avec des variations dans son chant à ne pas savoir si c'est un effet de l'art ou le début de la fin ("everybody's happy nowadays"). Pas de colère, pas de joie, pas l'unification pitoyable des hymnes mancuniens, pas d'effet de masse, pas pour nous. Vingt mois, tout à lui.
Michel Jourde dans Les Inrockuptibles N°22 Avril/Mai 1990
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