The Sundays : Reading, Writing, & Arithmetic (1990) (*** 1990's ***) posté le dimanche 21 mai 2006 19:21

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Genre  :  Rock alternatif UK
Note :  ***


Les Sundays commencent par l’étape la plus difficile pour un groupe anglais : ils sont les chouchous de la presse comme les Smiths ou James. Heureusement, ils vendent ! Ils sont accessoirement le groupe préféré d’une teigne qui annonce la dissolution de son groupe à chaque fin de tournée — le Robert Smith de Cure. La filiation est là : quelque part du côté du son de basse et du caractère de pureté intangible qui s’en dégage chez les Sundays, comme chez les Cure. La basse est devant : boom-boom. Pop-pop dans l’esprit. La voix de Harriet Heeler est angélique, elle vous colle le feeling champagne, sans jamais évoquer la luxure — un exploit ! Sa voix s’insinue sans peine au tréfond de vos neurones, sans détour et sans forcer. Elle vous retourne et crac ! vous êtes sous le charme, devenu un fan instantané, membre du club. Harriet promène sa voix dans des territoires qui la situent côté cowboy dans la lignée de Rickie Lee Jones et côté éther anglais dans la voie d’une Elisabeth Fraser. C’est beau les Sundays, tout simplement. Sans fioritures. Le parfait groupe anglais : un quatuor avec chanteuse. Ce premier disque marque une sorte de perfection. Un instant gelé dans l’espace — en suspens. C’est l’état de grâce qui était si courant dans les années soixante...

Jean-Pierre Simard dans Rock & Folk n°271 de février 1990
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Nos dimanches ne seront plus jamais les mêmes, ils ont maintenant leur musique. Longue, uniforme et plutôt inconsistante malgré son goût discrètement prononcé. Elle était déjà en germe dans "Can't Be Sure, la chanson-flocon qui tint la vedette l'hiver dernier. Début 90, il fait plus blanc encore grâce à "Reading, Writing, & Arithmetic", curieux objet qu'on a envie de garder en permanence a côté de soi, sans savoir très bien où le ranger. Il ne s'apparente à rien de connu, la sensualité trop étrangère à nos normes d'une musique a l'aisance de cours d'eau. On se moquera des mauvaises langues qui affirmeront qu'il s'agit là de la première tentative réussie de pop new age, sans pour autant ne pas être intrigué par cette enfilade troublante mais en rien écervelée. Aucune trace de violence ou même de puissance, mais la placidité d'un groupe qui semble n'avoir rien à prouver, comme si sa naïveté lui faisait ignorer que la plupart, à leur place, se donneraient pour obligation d'être volontaires ou démonstratifs. Les Sundays ont choisi le repos mollet dans la normalité, donnant l'impression que leur musique limpide mais insidieuse baigne en permanence dans la flaccidité - les moments d'excitation sont eux aussi sous morphine, la rythmique est déboîtée. Une indolence souple qui fait passer chacune de leurs chansons pour un mollusque sans carapace. Les contours en sont flous ou mouvants, l'intérieur invertébré, le ventre mou, les émotions primaires apparemment inexistantes, les mélodies filamenteuses telles des pelotes déroulées. Comme si on avait trouvé là plus loukoum encore que My Bloody Valentine - même si autrement plus réel et saisissable. Loin de tous les pseudo-poètes évanescents, le bon moyen de prendre de l'altitude c'est avec la pop tapis-volant de la voix d'Harriett, première émule de Morrissey à prouver à son tour que rien ne vaut deux pieds bien cloués au sol pour survoler le quotidien.
Comment vieillira ce disque, demande le rabat-joie ? Il restera à jamais le jardin privé d'une famille d'inconditionnels qui y auront trouvé le compagnonnage intime qu'ils peuvent demander au rock droit d'aujourd'hui. Ou bien sera récupéré par le bon goût girouette des yuppies, qui en feront leur étalon musique dans le vent et tellement profonde, car il flattera leur peu de simplicité musicale aussi bien que leur lecteur laser ; ils en seront très fiers. Quant à moi, je n'arrive pas à me défaire d'un album qu'un léger souffle suffirait pourtant, semble-t-il, à faire disparaître. Agacé qu'il provoque à la fois bien-être et apathie.

Christian Fevret  dans Les Inrockuptibles N°21 Févr./Mars 1990
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