Genre : Rock
alternatif USA
Note : ****
Il arrive parfois que le producteur d’un disque soit à peu près aussi important que son auteur, si ce n’est plus. Or donc, la nouvelle est lâchée, la production de The Great Destroyer, le nouvel album de Low, a été confiée à Dave Fridmann. Pour avoir assidûment visité ses merveilles d’architecture gothique flamboyante érigées pour Mercury Rev, The Flaming Lips, Sparklehorse ou Mogwai, on avoue avoir pris peur pour notre cher monastère sis à Duluth, Minnesota. En effet, qu’adviendrait-il des atmosphères cotonneuses égrenées par la guitare et le chant éthéré d’Alan Sparhawk face aux grandes orgues du génie des manettes ? Comment les tambours de Mimi Parker supporteraient-ils pareille (sur)charge ? Distinguerait-on encore la basse élastique de Zak SaIly, la clef de voûte indéboulonnable du trio? Il n’aura pas fallu attendre la fin du premier morceau pour se rassurer. Certes, Low a pris de l’ampleur, mais cette montée en puissance lui va foutrement bien. D’autant que sa musique n’a rien perdu de son pouvoir d’apaisement : un véritable tour de force Il faut dire que les trois musiciens n’ont pas fait les choses à moitié, comme si cette future collaboration leur avait inspiré leurs plus belles compositions à ce jour. Entre structure folk et interprétation sadcore, le triumvirat a choisi de ne pas choisir... À la fois Bob Dylan et Joy Division, Low compte parmi les groupes à guitares les plus doués de sa génération, toutes catégories confondues. Et si Mimi Parker partage plus qu’une ressemblance patronymique avec Moe Tucker, c’est l’ombre du Velvet Underground tout entier qui plane sur les auteurs de Christmas. À contrario de ce que son titre pourrait laisser supposer, Alan, Zak et Mimi n’ont pas sombré dans un déluge noisy punk à la My Bloody Valentine, leur aptitude à se réinventer expliquant (en partie) leur longévité. Entre envolées lyriques et comptines à deux voix, les morceaux se succèdent avec une évidence quasi mathématique. Si l’on ajoute que ce huitième Lp possède assurément la plus belle pochette du mois et que la saison (neige et longues nuits) lui sied à merveille, chacun aura saisi l’importance de The Great Destroyer, l’une des plus belles oeuvres de Low.
Renaud Paulik dans magic
n°87 de février 2005
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The Great Destroyer, septième album du groupe
de Duluth, est acclamé comme l’épiphanie rock
de Low. Comme si Trust, ou les précédents,
n’étaient pas déjà rock. Fallait-il le
hurler pour que le monde saisisse que sous les drapés lents
et les voiles tristes se cachaient hargne et colère ?
Secoué par les sombres humeurs et les questionnements
sibyllins d’Alan Sparhawk, Low a fait sa mue et laisse donc
ici son instinct primaire diriger un peu plus clairement la
manœuvre : la dérive de leur continent slow-core, au
long de leurs bientôt douze ans de carrière,
s’est lentement fracassée sur d’autres rives,
plus découpées et tranchantes. Le gris orageux du
groupe amer s’est fait bleu électrique,
l’ascétisme mélodique a fait place à la
plénitude sonique, leur tonne d’agressivité
accumulée a sorti ses griffes. Mormons, certes, mais pas
béni-oui-oui, et en prise directe avec l’humeur
générale.
The Great Destroyer est ainsi une longue et sourde menace,
soufflée les dents serrées et les poings
crispés. Sur l’implacable ouverture Monkey,
dans les stridulations de Everybody’s Song, dans les
recoins sombres de l’épique Step, on voit
ainsi des tâches et un son gras, quelques piquants
d’une haine froide et discrète. Et Dave Fridmann, en
habituel grand magicien (Mercury Rev…), de faire
résonner le cri à la perfection, de faire un peu plus
sortir le groupe de ses gonds, de le conduire à plonger sa
délicatesse dans le cambouis. Pourtant, entre deux coups de
sang plus ou moins appuyés et toujours d’une
élégance sans bornes, subsistent encore quelques
pauses, des respirations où le songwriting naturel du
groupe, mystique et envoûtant, se hisse loin au-dessus de la
crasse, comme sur les superbes Silver Rider ou Cue the
Strings.
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Un des grands sages de Millefeuille.fr dit souvent: il faut se méfier d'un disque qui sort avec une étiquette le disque le plus ... (complétez avec un adjectif de votre choix), comme d'une compile de Barry White dans une soirée.
Ici l'adjectif annoncé un peu partout et même ici, était "violent". Bon.
A l'échelle de Low, on espérait tout de même pas un disque à la croisée de Slipknot et Mayhem, mais une légère accélération. Et miracle, pour une fois, la bienveillante étiquette était juste : Low nous offre là un disque violent. Mais une violence maîtrisée, parfois même inquiétante.
Les hostilités commencent avec Monkey, et ses décharges de guitares intempestives, ce son trituré...Oui oui, on parle bien de Low, celui de Long Division, et du EP de chansons de Noël, qui enfonce le clou un peu plus loin sur Everybody's Song avec ses sons saturés et ses versets quasiment scandés.
Pourtant la nouvelle direction prise par le groupe connaît des ratés comme sur California qui se révèle être très fade, et Just Stand Back très pop-rock avec tout ce qu'il y a parfois de péjoratif dans ce terme (le son "pop-rock", vous voyez ?). A mi-chemin du disque, on est déjà sûr d'une chose : ce n'est pas le meilleur disque de Low.
Question n°1 : Est-ce vraiment le même groupe dont on parle ? Les envolées guitaristiques dignes du Crazy Horse sur On the Edge of ont de quoi faire bondir à la première écoute, de même que les triturations sonores qui émanent de ce disque...Ce qui nous amène à la ...
Question n°2 : Est-ce que David Fridmann transforme tout ce qu'il touche en plomb ? Considéré par certains comme un producteur omnipotent qui se transforme en membre du groupe à part entière, on a tout de même le bonheur ici de ne pas entendre le "son Fridmann" habituel (parmi les victimes recensées: Mogwai, Flaming Lips, Delgados). Reste à savoir maintenant comment il a pu influencer le trio de Duluth pour l'enregistrement de ce disque aux passages surprenants parfois même décalés.
Question n°3 : Mais alors cet album je l'achète ? Oui, pour au moins une raison : Pissing. Cinq minutes huit secondes angoissantes, du Low comme on l'aime avec toutefois cette douce violence qui caractérise ce disque. Cette lente montée, et ce nouveau son qui trouve enfin sa place à la perfection sans se demander si on a bien affaire au même groupe ou tenter de percer le pourquoi du comment d'un tel disque légèrement décalé, vers lequel on reviendra dans quelques années avec un a priori négatif qui se transformera en sympathie.
Arnaud G. sur Mille-feuille.fr le 27 janvier 2005
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