Dominique A. : Si Je Connais Harry (1993)  (*** 1990's ***) posté le vendredi 26 mai 2006 16:52

Genre  :  Rock alternatif France
Note :  **


Connaissez-vous l’histoire du bachelier devant disserter sur le risque et qui rendit une copie avec ces seuls mots : Le risque c’est ça ? Qu’importe si cette histoire est vraie ou non, j’ai retrouvé ce garçon. Il s’appelle Dominique A. Personne, à l’heure actuelle, ne manie aussi bien que lui je-m’en-foutisme et génie, dérision et justesse. Avec Si Je Connais Harry, il élève une nouvelle fois l’approximatif (l’arrivée du piano sur L’Amour, ce solo de guitare dans L’Onglée, le chant même de Chiqué-Chiqué) au rang de qualité. Inconcevable ! Son seul but : garder l’attention de l’auditeur malgré une musique minimale et désuette, si simple en apparence. C’est ainsi que vous sursauterez aux claquements de mains dans la Chanson De La Ville Silencieuse, sous suivrez avec impatience les aventures de Pignolo Sur Sa Barquette et vous fantasmerez le temps d’Un Ménage (échaudé par ce pourquoi pas féminin). Mais attention Si Je Connais Harry manie le principe de la douche écossaise avec brio. Car si les éléments précédents retiendront votre écoute, d’autres la disperseront : des mélodies imparables, cette voix amicale, une naïveté presque déconcertante. Pour un peu, on lui donnerait le bon Dieu sans confession à ce Dominique. Etant le plus doué, son insolence est tolérée. Mais halte à la causerie. Si Je Connais Harry est un disque - d’où le risque - sur l’amour. Romantique, sadique, confortable, charnel, platonique, trompeur, fraternel, trivial. Idéal.

Philippe Jugé dans M@GIC m u s h r o o m n°8 de l'automne 1993
© 1993 Association PSYLÖH. Tous droits réservés.

Dominique A. existe-t-il hors du décor de sa chambre, de sa cuisine ou de sa salle de bains, ateliers supposés de ses bricolages intimes ? On l'imagine ne pouvoir se passer de ses objets quotidiens. Sa gaucherie ménagère nous le rend plus proche. Pianotant, grattouillant, chantonnant entre le lit et le frigo, seul, forcément seul. Tenant à la précarité d'outils capables de respirer à son rythme, de retranscrire la fragilité de mots si personnels qu'ils ne supporteraient pas une autre voix, pas plus que d'autres mains. Une technique, un savoir-faire étranger ou la dynamique d'un groupe fausseraient la cohérence des propos. Ce "chantre du murmure" ne peut risquer le carcan des conventions et du pathos. En se préservant de la convivialité, il écrit mieux que personne l'engourdissement des sentiments, les frémissements de l'amertume, le souffle du dérisoire. Ce paupérisme recèle aussi une ironie bien distillée et son jeu d'énigmes iconoclastes. La Fossette, son premier album, nous avait transis comme une première gelée. L'hiver, la neige, le "vent glacé" cristallisaient un disque tout grelottant d'émotions. Aujourd'hui, sa voix frissonne encore, mais le Nantais a allumé le poêle à souvenirs. Des bouffées de mélodies venues de l'enfance le réchauffent dans son isolement. Comptines, chansons (d'Adamo à Barbara), musiques de films (de Francis Lai à Michel Legrand). Une mémoire plus affective que sélective, traduite sur ses petites machines, passée au prisme d'une esthétique marquée par un rock économe (Velvet, Young Marble Giants) et les pionniers discrets d'une techno pop d'intérieur (Thomas Leer, Joe Crow, Eyeless In Gaza). Il glisse à l'occasion quelques couches d'instruments moins riches mais toujours d'une instabilité prête à capter une essence volatile. En petit poète de l'insaisissable.

Stéphane Davet dans Les Inrockuptibles n°50 de novembre 1993
© 1993 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits réservés.

Si vous connaissiez Dominique A, vous sauriez que c’est un garçon qui n’a aucun lien de parenté avec Marguerite D, forcément D. Si vous connaissiez “Un Disque Sourd” et “La Fossette”, vous sauriez que ce Nantais d’à peine un quart de siècle n’approuve pas les méthodes viriles de, au hasard, l’inspecteur Harry Callahan, qu’il préfère utiliser une palette pastel pour décliner sa mélancolie romantico-dépressive. Si vous écoutiez “Si Je Connais Harry”, vous le rattacheriez à une nouvelle vague tricolore où l’atonie vocale (Daho, Murat) se conjugue en français dans le texte, s’accompagne d’un minimalisme acoustico-synthético-électrique (Katerine, Sylvain Vanot). Si vous prêtiez l’oreille à “Chiqué Chiqué”, “Un Ménage”, “Pour Qui Je Me Prends ?”, “Pignolo Sur Sa Barquette”, vous seriez bercé par des mots pas idiots. Si vous penchiez vos tympans sur “Otto Box”, “Un Mauvais Ami” et surtout “Retour Au Calme”, vous vous reposeriez sur de subtiles fondations noisy (saint larsen, saint echo, sainte réberbe, priez pour nous). Si vous ouvriez grand vos oreilles à la “Chanson De La Ville Silencieuse”, vous swingueriez sur un tchac-à-poum discoïde. Avec des si, je vous obligerais à connaître Dominique quand il rencontre Harry.

Valérie Coroller dans Rock & Folk n°315 de novembre 1993
© 1993 Rock & Folk. Tous droits réservés.

Qu’on se rassure, il n’y aura pas de mauvaise surprise avec le nouveau Dominique A. D’ailleurs il n’y aura pas de surprise du tout. A croire que ce jeune homme n’est pas sorti de sa salle de bains pour enregistrer les nouveaux titres de “Si Je Connais Harry”, toujours le même son bricolé, presque tremblant, qui faisait le charme si particulier de “La Fossette”. Je suis sûr, pourtant qu’avec les royalties provenant des ventes inespérées pour un truc aussi à part, il aurait pu s’offrir, je ne sais pas moi... une nouvelle boite à rythmes ou quelques heures de studio tout confort. Mais, franchement, vous le voyez vous, Dominique A. passer la journée à peaufiner le son de la caisse claire ou à s’interroger sur l’opportunité de mettre trois gouttes de réverb sur le pont de guitare ? Non, il a sûrement mieux à faire et nous à écouter. Le premier album, on l’avait pris en pleine poire un jour d’hiver (“Févrierrr...”), il nous avait laissés totalement sidérés par l’audace de lancer un pareil ovni à l’époque des studios 72 pistes, imaginez donc, quatre pistes dont au moins une cyclable... une gageure, presque une hérésie en quelque sorte. Pour le second, le choix était véritablement cornélien, ou Dominique A. se décidait à enregistrer comme tout le monde (au risque de sonner comme tout le monde), ou bien, il persévérait dans la voie qui lui avait offert un commencement de reconnaissance. Cette dernière solution ayant été retenue, livrons-nous aux deux extrapolations suivantes : Dominique A. assure le coup, il a trouvé par hasard (disons par la force des choses) un genre qui marche mieux que l’on aurait pu le prévoir et il l’exploite - ou alors, Dominique A. fait son truc dans son coin sans s’occuper des contingences commerciales, il propose ce qu’il sait faire le mieux : injecter les arguments et principes du “homemade” dans l’édifice un peu fissuré de la chanson française. Dans cette petite polémique imaginaire, nous nous garderons bien de trancher, la vérité se situant toujours dans la combinaison des solutions contraires, il est évident que Dominique A. a choisi de s’engouffrer par la brèche qu’il a créée. Qui s’en plaindra ? C’est courageux mais juste un peu moins que de surprendre un public déjà fasciné. De toute façon, ce que nous attendions fiévreusement, ce sont les mots et une voix, inclassable, papillotante, presque féminine. Là, bien sûr, nous sommes servis, Dominique A. a le verbe savoureux et la rime riche, et ce, jamais seulement pour “sonner” sans dire ou raconter ; l’histoire du “Gros Boris” qui déprime et fait “la guerre lasse contre la montre aux aguets” ou celle, assez édifiante de “Pignolo Sur Sa Barquette” qui n’a qu’une idée en tête... la voix quand à elle, est un prisme qui reflète selon ses propres angles toutes les émotions qui la traverse. Elle déjoue tous les pièges de la sensiblerie et ressemble parfois à celle de Barbara. Alors à défaut d’être (à nouveau) surpris, on ne peut qu’être, encore une fois totalement conquis et désarmé par tant de grâce, tout esbaudi par cette musique à l’aspect vacillant d’une flamme de bougie, en apparence frêle, comme à la merci du premier courant d’air, mais qui demeure rassurante et fière lorsque tous les feux de la rampe se sont éteints.  

Fabrice Janicaud dans Rock Sound n°7 de septembre/octobre 1993
© 1993 Rock Sound. Tous droits réservés.


Déposez un commentaire !

Mieux vous connaître (facultatif) :

error

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.103.63.59) pour vous identifier.

Aucun commentaire pour l'article:
Dominique A. : Si Je Connais Harry (1993)