Comme le Subterranean Homesick Blues de Dylan : une face électrique, une face acoustique. La comparaison s’arrête là, provisoirement. Sur la question des influences de Jandek, il y aurait beaucoup à dire — et Dylan, sur ce point, ne m’apparaît pas comme étant une des moindres, aux côtés de Lou Reed (période Velvet Underground), Jim Morrison (je pense notamment à son Horse Latitude, dans Strange Days) — sans parler des ancêtres du blues (Robert Johnson, John Lee Hooker découvrant l’électricité, et tant d’autres). Mais revenons à l’album. Les morceaux de 1 à 6 : 1 guitare électrique, 1 batterie, 1 voix (parfois 2) — semblent préfigurer le terrifique Telegraph Melts. Le chaos est de rigueur : la batterie est alimentée au charbon, la guitare (comme c’est souvent le cas) «oublie» les règles élémentaires du rythme et de la consonnance. La voix, quant à elle, divague, navigue — sans se préoccuper du reste — entre le parler et le chanter, entre le cri et le murmure. Nulle structure mélodique notable. Sur une toile, tout cela formerait un amoncellement aléatoire de griffures noires, plus ou moins larges, plus ou moins profondes. La partie acoustique (de 7 à 15) est plus longue — et semble issue d’une autre session d’enregistrement : 1 guitare, 1 voix. Si le jeu de guitare demeure farouchement dissonant, il reste que la rythmique s’appuie clairement sur celle du blues. Un blues certes très distendu, et déconstruit — mais la couleur en est assez tranquillement flagrante. A noter que le dernier morceau ‘chanté’ (Kick), est accompagné d’une seule note de guitare, répétée inlassablement, mais avec des irrégularités, des trous — tout, dans ce morceau, est dans les intervalles de silence — et dans le rythme assez étrange qui en découle. L’effet de l’ensemble est en tout cas très saisissant.
Phasme, posté sur le forum jamrek.com le lundi 4 octobre 2004

