SOMEBODY IN THE SNOW - 1990
Sous ce titre qu’on croirait tiré d’un haïku, ou inspiré d’une estampe japonaise, et avec cette pochette où l’on découvre un ‘Jandek’ dans une pose ‘jeune dandy’ presque inquiétante – ‘Somebody In The Snow’ est un album en collaboration. Guitare électrique, batterie, voix féminine, voix masculines. Les trois premiers morceaux sont chantés par la femme – accompagnée de contusions de la guitare, et d’une batterie qui se débat comme elle peut. Le quatrième, un instrumental, semble un brouillon retrouvé de ‘I’ll sit alone and think a lot about you’ (dans ‘On the way’[1988]).
L’affaire se corse avec Om, le cinquième morceau : combien sont-ils à prêter leur voix à cet étrange a-capella, qu’on dirait tout droit sorti d’une antique catacombe ? Impossible à compter. L’effet, en tout cas, est saisissant : l’impression d’être à l’écoute d’une chorale de spectres, réunis à l’occasion d’on ne sait quelle cérémonie secrète. Ou prière bouddhiste chantée par un chœur bulgare ?
La suite montre que Corwood ne dédaigne pas les joies de la stéréophonie, et de la séparation nette des canaux : ainsi, des plages nous sont offertes où ce n’est plus un Jandek qui assure le chant, mais…deux ! Jeu de cache-cache avec lui-même, non-dénué d’une certaine auto-dérision.
Le rustique ‘Bring It In The Manger’ mérite un petit détour. Censé décrire le scène de la Nativité, ce court morceau (dominé par un harmonica, par une voix qui fait ‘pom-pom-pom’ et par la narration narquoise de Jandek) nous plonge dans une succession délirante d’images crues, où notamment les animaux bibliques sont remplacés par un vautour et un aigle – et où la vierge décharnée offre à ce dernier ses ‘genitals’ (dans une coupe en papier !), son âme et un arc-en-ciel. Le tout finissant dans un obstétrical ‘push a baby from these legs’ et par l’injonction qui est faite (à l’aigle ?) de porter tout çà à la Crèche…
Il faudrait certainement plus d’un psychanalyste pour décortiquer le ‘contenu latent’ de ‘Bring It In The Manger’. En attendant, mieux vaut éviter d’en faire état en famille, à l’occasion du proche réveillon de Noël.
Phasme, posté sur le forum jamrek.com le jeudi 18 novembre 2004


