The Cure : Entreat (Live, 1990)  (*** THE CURE : les archives ***) posté le mercredi 03 mai 2006 15:46

Genre  :  New Wave UK
Note :  ***


Issu du Prayer Tour de 89 et enregistré au Wembley Arena de Londres, Entreat suivit un parcours atypique : tout d'abord offert dans le cadre d'une opération promotionnelle en 1990, ce mini live (6, puis 8 titres) connaîtra l'année suivante une édition commerciale - vu le succès remporté.
Au fond, que vise un album live, sinon à remercier les heureux présents dans la salle, en offrant un support tangible à leurs souvenirs flexibles ? C'est raté, j'y étais pas ! Or, s'il y a un concert auquel j'aurais du assister, c'est bien celui-ci.
Je dirais que le groupe est à la hauteur des personnelles sessions studio de Disintegration. Quand on sait l'importance de l'ambiance quelque peu grandiloquente (ce n'est pas un reproche !) et paradoxalement introspective de l'album, on pouvait craindre ce qui s'était produit neuf ans plus tôt lors de la tournée de Seventeen Seconds : une perte qualitative au niveau de la retranscription d'un climat. Est-ce la qualité d'enregistrement et de mixage ? Est-ce la maturité technique ? Est-ce encore la cohésion du groupe ? Ou est-ce tout simplement le génie ? En tout cas, moi le fan blasé, je me suis découvert une passion tardive pour le titre d'ouverture : l'éternel Pictures Of You. C'est une chanson que je me passe aisément deux bonnes heures en boucle ! Car il y a tous les éléments empêchant la saturation accélérée : sept minutes pour un tube dont deux de pure intro, une basse en noyau dur, un chant parfait alliant technique, rage mélodieuse et émotion, le tout sous un mid-tempo étonnamment rythmé.
Si on n'attend pas de The Cure des versions expérimentalo-instrumentales et dissonantes de vingt minutes de leurs standards, comme on l'attend chez Crispy Ambulance ou encore Section 25, Entreat apporte pourtant une révélation conséquente quant à la présence rythmique. Je ne me permettrais jamais d'émettre une critique négative concernant Disintegration, mais notons que l'espace sonore occupé par le synthétiseur a débordé sur celui de la batterie. Je ne remets donc pas en cause le jeu de batterie, mais seul son mauvais ajustement sonore sur l'album studio. On s'en rend d'autant plus compte que chacun des titres d'Entreat témoigne d'une richesse rythmique et créative. Le groupe nous démontre dès lors qu'il n'y a pas plus entraînant que la mélancolie !
J'ai un peu de mal à retranscrire ma réaction, ce live me faisant autant de bien pour les oreilles que de mal en tant que fan. Car cette symbiose musicale, oui, cette magie sonore qui ne s'explique pas mais qui s'impose sans être pour autant un spécialiste, appartient au passé révolu, si j'en crois l'obstination incompréhensible de Robert Smith à "casser" du mythe.
The Cure avec Disintegration, atteint un sommet musical inespéré en studio qui se prête de façon incontestable au risque du live. Last Dance trouve un second souffle de part l'énergie rythmique déployée, quant à la prestation vocale énorme de Robert sur le titre éponyme, elle fait enfin honneur à la révolte originelle. Au cas où vous seriez sourds, à défaut d'être aveugles, détournez-vous un temps soit peu du réchauffé Trilogy pour apprécier l'excellent cru d'Entreat !

Alan Brausseau le 14 février 2004
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