Ruby : Salt Peter (1995)  (*** 1990's ***) posté le samedi 27 mai 2006 18:02

Genre  : Trip Hop, Electronic UK
Note :  *


Comme Björk au sein des Sugarcubes, Leslie Rankine avait été précédemment remarquée dans Silverfish d’où elle fustigeait le monde de sa hargne camdenienne. Et l’on se disait déjà :"Jesus, quel tempérament !", tant cette fille semblait apte à occuper le devant de la scène. Eh bien, voilà qui est peut-être chose faite, puisque comme l’Islandaise pré-citée, Leslie vient de sauter le pas et déboule, sous le nom de Ruby, avec ce premier album solo. Le parallèle va même plus loin, puisque, après avoir rocké voire hardcoré, Leslie s’intéresse maintenant au groove et aux nouveaux sons (electro, trip-hop) à l’instar de... Mais on ne se refait pas et là où Björk s’est totalement immergée dans son nouveau monde, on sent chez Ruby certaines réticences à briser les dernières barrières du rock traditionnel. Ainsi, aucune chanson de Salt Peter n’ose le tout électronique, et l’on sent Ruby dans le dilemme de ceux qui, modernisant leur intérieur rustique, hésitent à aller trop loin dans l’avant-garde, de peur d’altérer le cachet et les repères établis de l’endroit. En témoigne la première partie de l’album, moins cohérente, dont les passages les plus marquants sont aussi, significativement, les plus franchement rock tel Paraffin. Mais, heureusement, tout cela s’organise et gagne en épaisseur vers la moitié du disque, lorsque la voix de Leslie, moins singulière mais plus directe que celle de Björk, PJ ou Sinead, n’hésite plus à se déployer pleinement, voire sensuellement alors qu’enfin le mariage guitares/machines s’harmonise, pour conclure en apothéose sur les superbes Bud et Carondelet. Les sceptiques vous diront que cet album ne va pas jusqu’au bout de ses envies ; je préfère trouver dans les dilemnes qui l’agitent une énergie et une tension venimeuse souvent magnétiques.

Fabrice Desprez dans magic! N°5 de Novembre/Décembre 1995
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Sombre et pourtant bagarreuse, dansante et pourtant perturbée, la musique de Ruby vit seule et dans le futur.

Le parfait ovni. Débarqué au début de l’automne parmi les plaines encore chaudes des atterrissages successifs de Portishead et de Tricky, illustres précédents paranormaux dont on commençait juste à percer le mystère. Salt Peter, le premier album de Ruby, aurait finalement pu subir les méfaits de l’encombrement des navettes “Bristol-reste du monde” et passer anonymement aux oubliettes. Certains observateurs moyennement avisés n’y virent d’ailleurs qu’une vaguelette de plus émise par le raz de marée trip-hop, voire l’annonce de ses premiers ressacs et du retour imminent d’une mer calme à peu agitée sur les côtes anglaises. C’était sans compter sur l’insidieuse efficacité du single Paraffin, petite lueur fragile au gimmick tellement récurrent qu’il finit par imposer naturellement la chanson parmi les meilleures de l’année. Alors, trip-hop ou pas, Bristol ou planète Mars, la machine ainsi mise en branle méritait plus juste considération. Ce disque, dont la pochette ésotérique ne laisse rien transparaître, fait partie de ce petit nombre d’albums actuels nullement rivés à une école, une scène ou un style. (Œuvre quasi solitaire d’une Ecossaise inconnue, ancienne chanteuse d’un groupe lourdingue — Silverfish —, enregistré dans une ville — Seattle — où l’on préfère généralement le goudron aux plumes, Salt Peter partait avec un handicap certain. L’effet de surprise n’en fut que plus spectaculaire. Le mérite de Lesley Rankine consiste à avoir su forer d’instinct un chemin parallèle — donc ni convergent ni divergent — à ceux de Björk et de Tricky, aux côtés desquels on la situe sur le cadastre musical le plus récent, précisément là où il restait un espace libre : aux confins de la dance cérébrale, du jazz sensuel et du pilonnage industriel. Ruby, c’était la pièce manquante du puzzle complexe qui se construit peu à peu pour tenter de donner un visage au prochain millénaire. Il faudra encore attendre un peu pour savoir s’il s’agit d’un charmant bambin ou d’un monstre atroce.

Christophe Conte  dans Les Inrockuptibles n°42 du 31 janvier 1996
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