Mark Eitzel : 60 Watt Silver Lining (1996) (*** 1990's ***) posté le mardi 30 mai 2006 17:55

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Genre  :  Rock alternatif USA
Note :  ***


La carrière musicale de Mark Eitzel ne fut jamais un long fleuve tranquille... Depuis 1978 qu’il balade ses chansons déchirantes via the Cowboys, Naked Skinnies et, bien sûr, American Music Club. Mais ce n’est qu’en solo que ce champion du spleen made in California donne la chair de poule. Songs Of Love, le bien nommé, était un disque d’écorché vif : la voix grave et tremblante, une simple guitare pour égréner ses tristes romances et de sombres humeurs viennent figer les visages des plus insouciants. Mais depuis quelques temps, en fait avec le San Francisco d’AMC, Mark Eitzel ne soignait plus avec autant d’ardeur son bourdon au bourbon et donc, c’était sûr, allait mieux. 60 Watt Silver Lining confirme ; ça et là, des trouées de soleil apparaissent, Sacred Heart, Saved et Always Turn Away paraissent même enjoués : un ton de crooner, une instrumentation sobre, presque jazzy, un piano complice. La belle vie ? Si l’on veut, car il suffit d’une zone de dépression (le cotonneux When My Plane Finally Go Down) pour que l’enthousiasme de Eitzel s’éteigne comme une cigarette abandonnée. Plus loin, Some Bartenders Have The Gift Of Pardon sonne le glas des illusions factices. C’est sans doute dans ces ambiances de fin de nuit que ce formidable conteur au coeur lourd arrive le mieux à nous émouvoir. L’histoire est toujours la même : les femmes, l’alcool, la tristesse et la voix de Mark Eitzel devient le baume sentimental de nos propres détresses.

Antoine Beretto dans magic! N°7 de mars-avril 1996
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Mark Eitzel déchire sa carte de l'American Music Club et assume enfin sa pop magnifiquement adulte.

Exit American Music Club. En sabordant son groupe-ornithorynque, Mark Eitzel avoue rétrospectivement le poids des contraintes qui menaçaient un projet mémorable mais comme voué à l'échec dès le début : en gros, une déclinaison névrotique de la vieille équation too old to rock'n'roll, too young to die qui a, ailleurs, donné naissance à ce qu'on appelle plaisamment adult pop. Dans le cas d'AMC, cela donnait lieu à une musique revenue de tout mais qui ne renonçait pas, une musique mûre et désabusée qui voulait encore s'enivrer d'insouciance feinte, comme sur le dernier album San Francisco, sans parvenir à cacher son âge. Du Mark Eitzel de San Francisco, ce journal écrivait "Il reviendra un jour, seul avec sa guitare et son malheur poisseux, ayant compris enfin qu'échanger une aliénation ­ vivre avec soi ­ par une autre ­ mourir avec les autres ­ n'est pas à proprement parler un marché juteux." Aujourd'hui, Mark Eitzel revient, seul, avec un album qui est une manière de rédemption.
Pas seulement parce qu'il y chante I'm saved avec une foi en béton armé, mais surtout parce que ce disque presque serein d'un homme enfin en paix avec son âge se signale par une excellence constante, une beauté solaire, une légèreté propre à ces moments de la vie où l'on accepte enfin de passer le reste de son âge avec des questions à jamais irrésolues. Pour avoir une idée du niveau de la chose, prendre la meilleure chanson d'AMC, Johnny Mathis's feet, et multiplier par douze. Y ajouter une production exemplaire, des effets de transparence travaillés comme de l'aquarelle, la trompette économe de Mark Isham à qui l'on devait, entre mille autres choses, quelques interventions épatantes sur les albums solo de David Sylvian, des textes comme Springsteen rêvera toujours d'en écrire ­ et l'on aura une idée approchante du résultat. Conscient de ses limites, Mark Eitzel en joue ouvertement, comme s'il avait décidé de se mouvoir dans son univers plutôt que de chercher à conquérir des terres lointaines. Mélodiste moyen, il passe en force, ou plutôt à force de conviction et de sérénité, au-delà de ce qui pourrait l'arrêter. En vérité, il s'arrête parfois, jette un coup d'œil à son reflet comme on le fait devant une vitrine, se trouve pas si mal, finalement, et poursuit sa route vers d'autres étonnements fortuits. Sur son chemin, il croise les ombres de Scott Walker et de Glenn Campbell, le fantôme de Raymond Carver et deux ou trois autres présences familières qu'il retient d'un trait de plume. Revenu de loin, mais pas encore de tout, il pousse la porte d'un nouveau lieu, le Mark Eitzel Club. Auquel on émarge illico, sans limitation de durée.

Gilles Tordjman dans Les Inrockuptibles n°49 du 20 mars 1996
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