Genre : Electro USA
Note : ****
Précisons avant tout que, conformément à toutes les mises au point de James Lavelle comme de Shadow lui-même, c’est bien de hip-hop dont il s’agit ici. Trituré, malmené, instrumental, mais du hip-hop quand même, avec ses scratches, ses multiples délires techniques et surtout ses samples. Car Endtroducing... est avant tout un étonnant travail de meneur en scène, de monteur-colleur de sons, rythmes, voix, mélodies instrumentales assemblés sans que les raccords soient trop évidents : rien n’est d’origine, mais chaque élément a sa place dans ce gigantesque kit. Le plus gros travail est effectué sur les beats, lourds et serpentant en de multiples ricochets autour d’une trame linéaire. Tantôt violente (The Number Song, Stem), tantôt apaisante, la rythmique, associée à une basse dure, résonnante et râpeuse, contribue à créer une atmosphère inquiétante, comme en suspens, soulignée par des effets de cordes et de cuivres étouffés. A l’instar de What Does Your Soul Look Like ? (dont on retrouve ici les Parts 1 & 4), les mélodies, souvent samplées sur des classiques du psychédélisme sombre et angoissé de l’Amérique des 70’s, dévoilent une surprenante dimension religieuse et mystique. Au final, un album ardu et novateur qui, s’il n’évite pas toujours les pièges de la technicité, sait maintenir la plupart du temps un cap sombre et mystérieux non dénué de charme. Torturé et menaçant, Endtroducing... est bien l’ultime album d’un hip-hop psychédélique, sans le "Peace & Love", mais avec les fleurs. Noires.
Fabrice Desprez dans magic! n°10 de septembre-octobre 1996
© 1996 magic. Tous droits réservés.
Quatre ans seulement après sa sortie, il s’avère déjà impossible de parler de cet album autrement que comme d’un très grand classique. Un de ces disques qui ne se contentent pas uniquement de défricher un nouveau terrain mais qui y construisent aussi les plus belles bâtisses. En général, il faut du temps pour s’en apercevoir. La renommée de Closer, Pornography, 3 Feet High And Rising, Paul’s Boutique ou même, plus près de nous, Blue Lines (pour ne citer que des parents plus ou moins proches de cet Endtroducing...) ne s’est pas faite en un jour. Même si la musique dite électronique nous a fait passer à la vitesse supérieure en matière de consommation musicale. En l’espace de quelques maxis, certes de grands crus, et d’un album, Dj Shadow a acquis de bien hauts galons au sein de la scène breakbeat, rap, trip hop et consorts. Aujourd’hui, chacune de ses fantaisies hip hop (Organ Donor), de ses incursions moelleuses dans le dub ou le jazz — notamment au cours de sa fameuse tétralogie, What Does Your Soul Look Like —, a marqué au fer rouge nombre d’artistes et producteurs, tous derrières et James Lavelle devant. Et combien succombent encore devant les solos de samplers de ce Jimi Hendrix d’un nouveau temps (Mutual Slump), les nappes sombres (une new wave relookée hip hop), les rythmes percutants de The Number Song et de Stem/Long Stem ou bien face à sa science expérimentale des arrangements pop modernes dont il fait preuve sur l’album d’UNKLE, mais que l’on aperçoit déjà au détour de grooves lascifs et de chants envoûtants sur Building Steam With A Grain 0f Salt et Midnight In A Perfect World. Depuis lors, le nom de Shadow s’est fait oublié au profit de collaborations non moins prestigieuses, la plus fameuse étant celle qui l’a réuni avec le “big boss” de Mo’Wax, James Lavelle, au sein d’UNKLE, mais aussi dernièrement avec Handsome Boy Modeling School ou ses petits protégés Latyrx et Blackaliclous qu’il abrite au sein de son label, Quannum (qui reprend les choses là où Soleside les avait laissées). Et ce, sans parler de remixes toujours pertinents, de Massive Attack à Depeche Mode. Bref, Dj Shadow a toujours été sur la brèche depuis le sacre de Endtroducing.... Heureusement, aux dernières nouvelles, il vient de se retirer pour de bon afin de donner un successeur à l’un des plus grands disques des années 90.
Sylvain Collin dans magic! n°43 de juillet-août 2000
© 2000 magic. Tous droits réservés.

