Genre : Trip Hop UK
Note : ****
De mémoire de mélomane, on n’avait jamais entendu ça. Bien sûr, depuis les débuts de l’histoire du rock ou de la pop, certains artistes ou groupes avaient réussi un premier album époustouflant, à défaut d’être important ou novateur. Une liste de noms exhaustive serait fastidieuse, voire impossible à établir. Comme ça, à l’emporte pièce, on mentionnerait facilement Never Mind The Bollocks..., évidemment, le Roxy Music, le Velvet Underground & Nico, Psychocandy, Blue Lines ou le premier Pink Floyd. Pink Floyd, justement. Un groupe essentiel, incontournable ?, dans l’univers d’Archive. De cette pochette incroyablement énigmatique — des feux de rampes, les “armes” de l’Ile Mystérieuse, des éclairages de dentiste — aux effets delay de guitares qui s’étirent comme un jour sans fin...
Ce serait le premier indice pour pénétrer l’univers d’Archive. Archive ? Un mystère... Aucune carte de visite, aucun passé, aucune référence. On ira éplucher les crédits de pochette pour trouver un nom familier, celui de Karl Hyde d’Underworld. Mais des initiateurs de cet incroyable projet, on n’en aura jamais entendu parler : qui sont Darius Keeler, Roya Arab, Danny-Gee et les autres ? Des requins de studio ? Des surdoués ? Des travailleurs de l’ombre qui ont su attendre leur heure, l’instant parfait pour que ce Londinium puisse être apprécié à sa juste valeur... Car ce disque sort au moment où il fallait. A une époque où les barrières semblent être définitivement tombées. Où les scènes n’existent plus. Car dans le monde d’Archive, les frontières n’existent pas. Ici, on se contre-fiche des étiquettes : un rap feutré succède à quelques accords de guitare acoustique, des violons Bohème laissent place à des nappes synthétiques. Ici, tous les mariages semblent permis : une structure jazz abrite une mélodie pop, Julie London est accompagnée par Syd Barrett, Dj Shadow sample Quincy Jones.
Par la force des choses, on serait souvent tenté de rapprocher Archive de Portishead. Par défaut : une belle voix féminine, celle de Roya, feutrée et mystérieuse, des ambiances cinématographiques, des scratches habiles, un hip hop blanc mais désespérément sombre. Pourtant, Londinium serait plus à rapprocher d’un autre premier album, injustement ignoré en son temps, celui des regrettés Bark Psychosis, Hex. Mêmes atmosphères crépusculaires, mêmes impressions de fin du monde. Ici, le temps ne semble plus avoir d’emprise, à chaque chanson, les minutes semblent ne plus s’égréner. Comme son précurseur, ce disque est à la fois incroyablement urbain mais aussi superbement rural. En treize morceaux, ce groupe aux contours flous, sans vraiment de visage — ni même de leader ? — s’est amusé à créer son propre univers où, pourtant, tout semble familier. A la fois accueillant et inquiétant, Londinium va changer les donnes du milieu groove, la perception de la pop, l’approche d’un hip hop, où les Anglais semblent enfin prêts, avec leurs propres armes, à lutter contre les Américains. Sans le vouloir — mais qui sait ? —, Archive vient porter un coup terrible à une quelconque concurrence : plus soul que Neneh Cherry, plus félin que Massive Attack, plus souple que Attica Blues, plus sensuel que Portishead. Choc des cultures, rencontre du passé et du futur, Londinium est un album incroyablement moderne. Mais, désormais, reste le pari le plus difficile à tenir : Archive pourra-t-il surpasser, un jour, un tel tour de force. Pire, pourra-t-il lui survivre ?
Christophe Basterra dans magic! n°12 de janvier-février 1997
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Fin 1995, un magistral triplé Portishead/Massive Attack/Tricky fait de Bristol la Seattle des nouvelles musiques électroniques mélancoliques. Depuis, une nouvelle génération britannique cultive le filon, mélange trip-hop et növo dub avec une préférence marquée pour les voix femelles et nous amène à prendre position, voire à couper quelques têtes en terme de terreur robespierriste. Car d’un côté, les tièdes, pâles imitateurs, provoquent une somnolence sans rêve ni cauchemar (Morcheeba, Sneaker Pimps, Palm Skin), de l’autre, quelques illuminés parviennent à provoquer un onirisme dépressif réellement personnalisé (The Aloof, Stange Brew, Baby Fox et Archive). Débarqué du sud-est de Londres, ce quatuor dont le nom se prononce Arckaïve à l’anglaise réunit deux bidouilleurs studios (Darius, Danny G), un rapper (Rosko) et une chanteuse (Roya) et fait de son premier album un coup de maître romantique qui aidera à patienter jusqu’à septembre et son doublé Portishead/Massive. Dès les premières mesures de “Old Artist”, le beat trip-hoppé impose sa noirceur métallique. Avec “So Few Words”, diamant noir, les machines pleurent toutes les larmes de leur corps, un Farfisa s’enfonce dans une lysergie désenchantée et la voix de Roya dégage une soul de velours adulte qui trouve tout juste sa place entre la rage lolitesque de la Martina de Tricky et le blues dépressif de Beth Gibbons. Avec “Headspace”, on plonge dans un bouge enfumé traversé par la guitare wah-wah de Karl Hyde, sorti pour l’occasion de son Underworld. Mister Hyde que l’on retrouve pour un “Londinium” démarrant slow, enchaînant rap et montant en vidéo-games sous LSD. A faire de ce “Londinium” le successeur béni du “Pre-Millenium Tension” de Tricky.
Valérie Coroller dans Rock & Folk n°355 de mars 1997
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