The Cure : une cure de jouvence (Best, 1984) (*** THE CURE : les archives ***) posté le samedi 06 mai 2006 16:28

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The Cure publie l'album le plus psychédélique de son histoire : The Top. Gérard BAR-DAVID pour Best recueille les dernières confidences de Robert Smith au sujet du nouvel album et de la tournée qui va suivre.
Mouvement, optimisme, pour Robert Smith aujourd’hui Cure rime même avec humour

«Docteur, dîtes-moi donc ce qu’il me faut pour guérir ?» Et le praticien en blouse blanche de répondre : «Mon petit gars, je sais ce qu’il faut : une bonne cure et il n’y paraîtra plus.»
Robert Smith — car c’était lui — n’allait tout de même pas répondre : «Mais docteur... Cure, c’est moi !»
Aujourd’hui, tous les symptômes ont disparu, lavés par «Let’s go to Bed» et les «Lovecats». Cure est enfin débarrassé de sa sinistrose exacerbée après une pause de deux années sans tour ni LP. Smith et Laurence Tolhurst ont rassemblé un nouveau groupe pour exorciser les ombres du vieux Cure. Et cela mérite bien qu’on se rende dans un bar de Londres pour en causer.

Votre nouvel album «The Top» est un véritable bestiaire puisque dans les titres des chansons on retrouve pêle-mêle le chat, le chien, le poisson, le porc et la chenille. Vous montez un zoo ?

Robert Smith : Il y a des gens qui pensent que je suis moi-même un zoo. En fait, c’est le hasard et surtout un style particulier d’écriture qui font qu’en ce moment je jongle avec ces images. J’écris tous les textes avec Laurence et honnêtement, ni lui ni moi ne savons pourquoi notre album est truffé de références à tous ces animaux. En fait tu as raison : le disque aurait du s’intituler «The Zoo» à cause de ces images simples et naturelles. N’oublie pas que l’homme a toujours utilisé l’animal pour dépeindre certains caractères du comportement humain. On dit bien «Ce type est un cochon» ou «Il est malin comme un singe».

Tu as récemment déclaré que le passé t’importait plus que le futur. Peux-tu développer cette idée ?

— Pour chaque individu le passé est quelque chose de concret et de spécifique, même si le temps ou la mémoire peuvent l’altérer. Le futur, par contre, est infini. Si tu te prends la tête entre les mains pour songer au futur, ça finira par t'obséder au point que tu ne pourras plus penser à rien d’autre. La seule solution face au futur, c’est de le vivre. Il ne sert à rien d’y penser sans arrêt. Il existe une infinité de futurs possibles pour un seul passé. Et pourtant ton passé n’est pas le même que le mien, même si tu as vécu des choses semblables aux miennes.

Oui mais nous appartenons tous deux à l’espèce humaine et il existe une certaine hérédité.

— Ça s’appelle l’Histoire, mais là aussi il existe différentes versions à différents endroits du monde. Tout ce qui est advenu est passé, c’est irréversible, alors que tout ce qui peut arriver offre des combinaisons illimitées.

C’est pas un peu mystique tout ça ?

— Je ne crois pas. Chacun de nous à un moment ou un autre doit y songer.

Parlons un peu de tes vidéo-clips : dans Let’s go to bed par exemple, tu t’es transformé en sex-symbol un peu naïf et juvénile.

(Rire)  Je ne crois pas être plus sensuel ou sexuel qu’auparavant, mais lorsque tu cherches au fond de toi tu peux y découvrir une foule de choses différentes. Je crois qu’il est vain de s’attacher uniquement à une parcelle de toi-même car à force tu ne découvres plus rien. Lorsque tu as fini d’explorer cette partie en toi, tu dois chercher ailleurs une autre facette. Je suis froid et sensuel comme je suis heureux et malheureux. Nous avions choisi, c’est vrai, le côté noir mais Let’s go to bed, The Walk et The Lovecats étaient plus flamboyants, plus gais, plus heureux. Ça ne signifie pas qu’avant nous n’étions jamais heureux, mais peut-être n’osions-nous pas l’exprimer.

Ce nouvel optimisme, c’est un moyen de battre le mauvais temps, Thatcher ou le chômage ?

C’est surtout un moyen de combattre l’existence. C’est dur à décrire mais c’est avant tout un refus de la mort, une réflexion par rapport à ce que nous vivons, un antidote.

Après deux ans d’absence que nous mijotez-vous pour cette tournée ?

— Nous allons passer toute la semaine prochaine à répéter. Nous avons déjà sélectionné 30 titres. On en fera 15 ou 16 chaque soir et chaque set sera différent, histoire de briser la routine et aussi pour permettre à nos fans d’enregistrer des bootlegs différents.

Ce sera très visuel ?

— Oui, car nous avons prévu des films et des projections de diapos durant tout le concert ; ces images seront une partie intégrante du show. Elles interviendront en filigrane durant les morceaux. Nous utiliserons trois court-métrages réalisés par des étudiants en cinéma, en conjonction avec Mac qui assure les éclairages de Cure depuis cinq ans.

Ce sera une performance à moins que vous n’aimiez pas cette appellation ?

— Non, au contraire, ça laisse toute la place à l’improvisation car les films créent une atmosphère qui donne une impression de mouvement. Jamais nous n’aurions obtenu cela avec des éclairages. Nous ne sommes plus sur une scène statique mais au milieu d’un environnement qui se déplace avec nous. Nous jouerons à l’illusion. Dommage que nous n’ayons pas plus d’argent. C’est comme les vidéos, tu peux dépenser des millions, si les idées sont nulles, le résultat sera lamentable. Par contre, tu peux tourner un clip pour une poignée de livres et il sera flashant si les idées le sont.

En parlant de clip, sur celui de «Let’s Go To Bed» on vous découvre un surprenant sens de l’humour.

— Lorsque nous avons décidé de faire ce titre à deux, nous avons essayé de trouver quelqu’un qui ait une approche différente. Nous avions admiré les pop promos de Soft Cell et des Psychedelic Furs et nous avons choisi Tim car nous savions qu’il mettrait en valeur notre sens de l’humour. Ce sens de l’humour a d’ailleurs toujours existé chez Cure, sauf qu’il était aussi amer que le cacao.

Quoi ? Une chanson comme Killing an Arab était un titre drôle, désolé, je n’avais pas remarqué.

— Le titre était sarcastique car nous traitions le racisme par le biais de la dérision.

Je vous ai vu plusieurs fois sur scène ; ça ne manquait pas de feeling, mais personne n’avait envie de rigoler.

— Sur scène, c’est très différent, je suis beaucoup plus sérieux. Quant au contenu des chansons, c’est vrai qu’en général il n’est pas spécialement désopilant. Tu sais, c’est facile de monter sur scène en faisant de la provoc’ ou des vannes grosses comme des montagnes, c’est à la portée de n’importe qui. Par contre, lorsque tu sors d’une salle en ressentant que quelque chose de fort a su te toucher c’est différent.

Quelque chose de fort ? Tu veux dire un orgasme ?

— N’exagérons rien. Disons une petite jouissance ; c’est une sensation indispensable.

Cure donnez-nous notre «petite jouissance» quotidienne ! Faites un test chez vous : offrez-vous le 45 tours «The Caterpillar», par exemple. Au début, ça paraît plutôt terne, on est loin du stade de l’érection. Alors, il faut insister. Les guitares acoustiques et les choeurs naïfs à la «All You Need Is Love » finissent par agir. Au fur et à mesure des passages successifs, le plaisir monte comme la mayonnaise.

Curo, curas, curat, curamus, curatis, curant, trop tard pour décliner l’invitation au plaisir de cette Cure.


Gérard BAR-DAVID dans Best n°191 de juin 1984
© 1984 Best. Tous droits réservés.

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