Genre : Rock alternatif UK
Note : ****
Les disques des Tindersticks se suivent et se ressemblent. Chaque nouvel album est toujours un non-événement, une non-surprise, confortant tranquillement nos belles certitudes. C’est que les Tindersticks maîtrisent parfaitement l’art du papier-calque : leur discographie ne forme à ce jour qu’un seul et même décalcomanie. Somptueux. Démentant avec force l’adage qu’on avance qu’en changeant, le groupe de Stuart Staples n’a pas son pareil pour creuser inlassablement le même sillon. Et c’est tant mieux. Car la musique des Tindersticks - au scénario écrit d’avance, au casting toujours identique et à la mise en scène soigneusement balisée - possède un formidable pouvoir d’évocation. Celui du caractère brumeux des soirées imbibées, dont Stuart Staples est si coutumier. D’ailleurs, s’il fallait baptiser l’oeuvre du groupe, nul doute que son titre idéal se trouverait au fronton du premier album de Jay-Jay Johansson, Whiskey. Dont les effluves capiteux nourrissent idéalement les tourments éthyliques des Tindersticks. Enivré, l’auditeur n’a jamais aussi bien supporté la gueule de bois.
Franck Vergeade dans magic! n°14 de mai/juin 1997
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La parenthèse cinématographique de Nénette & Boni humblement refermée, le groupe de Stuart Staples sort son véritable troisième album. Enregistré à Londres, New York et Dublin sous une impressionnante pluie de cordes, Curtains révèle le visage définitif des Tindersticks, après une jeunesse cabossée et une adolescence dorée : une vraie gueule, aux rides profondes et aux traits usés, éblouissante d’intelligence. Un visage franchement adulte, finalement assez proche de celui de Nick Cave, avec qui les Tindersticks partagent plus que jamais un goût pour cet étonnant lyrisme qui manie aussi bien la fièvre que l’ascétisme ou pour les arrangements glissants — ici, des violons au chômage depuis Scott Walker, des descentes dans le grave généralement réservées à Leonard Cohen ou les trompettes en fausse joie de Jesus Alemany ou Joe De Jesus. D’où ce titre, fatalement pas innocent, de Curtains, à l’ambiguïté tout anglaise, signifiant aussi bien “rideau final” que “fichu” — car si les tâtonnements musicaux des Tindersticks s’achèvent ici, en beauté et en langueurs, le ton est plus que jamais d’ébène. Musiques de nuit mais jamais d’ennui, ces ballades chancelantes et intoxiquées (Another Night In, Dicks Slow Song, Walking) se révèlent pourtant étrangement euphorisantes, apaisantes. Interdisant tout mouvement, elles seront la bande-son idéale des chaises longues, quand on restera bronzer tout l’été sous cette voix lactée.
Avant-première Les Inrockuptibles n°100 du 16 avril 1997
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