Ernest Ranglin : In Search Of The Lost Riddim (1998) (*** 1990's ***) posté le dimanche 04 juin 2006 07:00

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Genre  :  World music Jamaica
Note :  ***


Ernest Ranglin ne se remit jamais vraiment des premières écoutes du jazzman américain Charlie Christian, l'homme-qui-apporta-l'électricité-à-la-guitare. Le Jamaïcain en abandonna définitivement l'ukulélé, tout en conservant les caractéristiques fluides d'un style qui lui permet, encore aujourd'hui, d'osciller en permanence du reggae au jazz. Salarié de Coxsone Dodd, puis père putatif du ska, accompagnateur versatile de tube mondial (Millie, My boy Lollipop, en 1964), compagnon de studio des Wailers ou des Melodians, et définitif maître à penser de Bob Marley, le guitariste retrouve pour In Search Of The Lost Riddim le label d'un ami de quarante ans, Chris Blackwell. Tout concourait donc, pour ce musicien presque septuagénaire, à un album aussi luxueux que dilettante. 
C'était compter sans l'élégance et l'inventivité de notre homme à Kingston : non seulement Ranglin joue avec le même raffinement qu'un Tal Farlow des tropiques, mais il a de plus opté, dans cette suite au très acclamé Memories of Barber Mack, pour le risque de la surprise et du voyage vers les rivages du Sénégal. Le choix est rien moins qu'anecdotique. Au large de ce pays déjà visité par le Ranglin des 70's, à l'occasion d'une tournée en compagnie de Jimmy Cliff, se trouve en effet l'île de Gorée : ultime terre africaine foulée par les esclaves en partance, elle reste un espace d'infamie. Le mariage entre les tambours de Sabar et la sonorité gracile d'Ernest n'en est que plus signifiant. La star incontournable Baaba Maal accompagne ainsi les phrases souples et enjouées de la guitare dans un Minuit francophone et fiévreux. La contrebasse d'Ira Coleman s'amuse de la délicatesse de l'hoddu, luth à cinq cordes, et glisse son acoustique, inusitée dans pareil contexte, aux côtés de la calebasse, ou s'émoustille au chant de la kora et du balafon. Mais la fête est réciproque : parfois Ranglin se plie à la polyrythmie sénégalaise et à la guitare virevoltante de Mansour Seck, parfois il apporte une touche caribéenne à quelques incunables de Maal. On s'amusera donc un instant à rechercher la pulsion jamaïcaine dans les interventions en solo d'une section rythmique, foisonnante comme à l'accoutumée en Afrique de l'Ouest. Puis, on ne recherchera plus, et on s'amusera tout simplement, avec une musique de compréhension, de respect mutuel et de racines.

Christian Larrède dans Les Inrockuptibles n°175 du 25 novembre 1998
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