Genre : Rock alternatif UK
Note : ****
Le succès de Belle & Sebastian est tel, qu’au début du mois d’août, un exemplaire du premier album (l’introuvable Tigermilk) fit l’objet d’une vente aux enchères sur Internet. Mise à prix 500 £. Il est vrai que de simple sensation indépendante, le groupe de Stuart Murdoch est devenu une sorte de religion intime pour ceux et celles qui ont laissé If You’re Feeling Sinister s’agripper comme une moule à leurs oreilles. Car dans la série "beaux disques addictifs", on n’avait pas entendu pareille merveille depuis le Shankly Gates de John Cunningham. Ce qui n’est pas peu dire... Et même si The Boy With The Arab Strap ne fait que confirmer tout le bien qu’il faut penser de Belle & Sebastian, on remarquera avec plaisir une augmentation notable de la richesse instrumentale de cette petite fanfare qui, vagabondant à l’occasion en dehors d’une acoustique maigrelette mais jamais misérable, songe à dynamiter ses limites apparentes sur Sleep The Clock Around, l’accouplement Moog/trompette — très fort ça — amène la chanson vers de très hautes sphères. Spaceboy Dream évoque au passage l’étroite communauté d’esprit qui existe avec... Arab Strap (autre groupe majeur, est-ce nécessaire de le répéter), tout en continuant sur la lancée du single de Looper, projet parallèle très classe de Stuart David. Immédiatement après, Dirty Dream et ses cordes magistrales nous emmènent définitivement vers des sommets, juste à côté du Forever Changes de Love ou des Pale Fountains. Impérial de bout en bout, The Boy With The Arab Strap conforte l’idée que Belle & Sebastian, à l’instar de Felt, est un groupe auquel on tiendra longtemps. Un groupe de soul music.
Étienne Greib dans magic! N°22 de septembre 1998
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Moins flamboyant que If you're feeling sinister, le troisième album des discrets Ecossais voltige pourtant très haut au-dessus de l'ordinaire pop. Sans bruit ni pollution.
Pas de single, pas de photos, pas d'interviews sinon sous la torture. L'énigme Belle And Sebastian est pourtant la plus transparente de l'histoire de la pop-music : si ce groupe n'offre rien d'autre que ses chansons, c'est qu'il n'a rien de mieux à offrir. Etrange intransigeance : cette musique s'est imposée uniquement par sa légèreté, cette manière bien à soi de chanter du bout des lèvres, de jouer du bout des doigts une forme d'extrémutisme, d'amical radicalisme. Les membres de Belle And Sebastian vivent dans une église (Saint-Bernard ?) où ils cultivent leur autarcie, grattent des guitares acoustiques comme on se gratte les puces, chantent des chansons pattes-de-mouche pour chasser le bourdon, sortent des disques comme on dit sortir le cerf-volant, comme d'autres font entrer des bateaux dans des bouteilles. Un groupe très intéressant parce que viscéralement désintéressé, largué, le genre à enregistrer un best-of de reprises des Go-Betweens jouées à la flûte à bec. La grande erreur serait de vouloir relier ce tortillard au train où vont les choses la nostalgie réconfortante d'un âge d'or de la musique, la pléthore des jeunes prodiges qui font dans les vieux pots pop, la cohorte des critiques qui s'oublient dans leur panthéon dès qu'un groupe sonne comme en 1966. Groupe libre de ses gestes, Belle And Sebastian sort du système de la citation, ce bocal dans lequel tourne en rond le menu fretin pop. Belle And Sebastian joue léger parce qu'il s'est délesté du poids de l'histoire. Ici, les références (Arthur Lee, Spector, Nick Drake, Jobim, Go-Betweens) n'apparaissent qu'en ombres chinoises, vues de très loin, par le trou de la serrure.
Chef-d'oeuvre feutré, le précédent If you're feeling sinister se déroulait comme une pelote de laine angora sous la patte d'un chat. The Boy with the arab strap laisse voir quelques ficelles, il ressemble un peu moins à un rêve sous l'édredon et un peu plus à un disque. Constances : des harmonies songeuses, des mélodies veloutées, une production vaporeuse, de cristallins mille-feuilles, une délicate horlogerie rythmique, des chansons-gigognes qui semblent ne savoir s'en aller qu'à regret, éblouissantes de transparence et de fluidité. Pas de franc renouvellement, mais une liberté formelle inédite ; un groupe qui crève sa bulle, dont la suave écume caresse à l'occasion les arpions de la normalité une certaine normalité ; celle, précieuse, du meilleur Divine Comedy ou des Chills. A force de cultiver son jardin, Belle And Sebastian assiste à l'éclosion d'étranges hybrides croisement dub/pop symphonique sur Spaceboy dream/Dirty dream #2, bossa nouvelle ailleurs. Pour éviter la redite, Stuart Murdoch laisse parfois les rênes du songwriting à Isobel, Stuart David ou Stevie (pour deux chansons qui justifient d'urgence une carrière solo ou la reformation du Velvet avec Stevie à la composition). Belle And Sebastian est un de ces rares groupes qui semblent avoir réglé tous les conflits entre le chant et la musique, entre les instruments, entre lui-même et son public. Un groupe qui vit sur une île déserte où personne ne s'est jamais posé la question de savoir quel disque emporter : ici, la musique de rêve est celle qu'on joue.
Stéphane Deschamps dans Les Inrockuptibles n°164 du 09 septembre 1998
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Abonné régulier aux fulgurances d’écriture pop (le triplé gagnant Dog On Wheels, Lazy-Line Painter Jane et 3.. 6.. 9.. Seconds Of Light, trois eps magiques parus dans la même année), Belle & Sebastian semble pourtant accuser une légère baisse de régime à l’heure du troisième album. Hier, sur Tigermilk et surtout le formidable If You’re Feeling Sinister, Belle & Sebastian apparaissait avant tout comme le groupe, discret et joliment amateur, qui donnait forme aux chansons précieuses de Stuart Murdoch. Aujourd’hui, The Boy With The Arab Strap déçoit un peu, avant de révéler progressivement toutes ses attachantes finesses. Il marque surtout l’entrée de Belle & Sebastian dans un processus d’écriture plus démocratique, où chacun a à présent l’occasion de confronter et de faire paraître ses chansons au sein du groupe : hier simples exécutants du talent de Murdoch, Stevie Jackson (guitare), Stuart David (basse) ou la belle Isobel Campbell (violon) placent dorénavant quelques compositions, sans pour autant éclipser celles de Stuart Murdoch, qui accroche une nouvelle fois quelques grandes chansons (les feux d’artifices du sublime Sleep The Clock Around , les promenades bucoliques d’Ease Your Feet In The Sea, The Boy With The Arab Strap ou le classique Dirty Dream Number Two) à son palmarès.
A l’écoute de cet album paradoxalement inégal parce que collectif, Belle & Sebastian laisse pour la première fois apparaître clairement ses limites, quand le groupe joue trop souvent familial, avec une insouciante légèreté, voire une relative facilité, une musique éminemment pastorale qui puise toujours avec une passion charmante dans la pop et le folk sixties anglais tout en explorant de nouvelles voies (le psychédélisme narratif d’A Space Boy Dream, une trouvaille de Stuart David). En abandonnant son statut de songwriter unique, Stuart Murdoch laisse du même coup entrer un souffle nouveau et, aussi, quelques passages à vide. Mais l’important est ailleurs. The Boy With The Arab Strap apparaît comme une transition, une réorganisation intime montrée en public dans laquelle Belle & Sebastian apprend aujourd’hui à jouer en communauté les chansons de chacun : une fois que cette aventure a sept se sera collectivement mise à niveau, Belle & Sebastian redeviendra indispensable ou presque, comme hier.
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