Migala : Así Duele Un Verano (1999)  (*** 1990's ***) posté le dimanche 04 juin 2006 16:25

Genre  :  Rock alternatif Espagne
Note :  ****


Espagne, terre de contrastes : on connaissait les penchants de nos voisins ibériques pour la pop ensoleillée, le rock festif et ses Djs au groove tempéré, le tout à déguster bien frais. C’était avant de rencontrer Migala. Maintenant, c’est trop tard, le mal est fait et du coup, difficile d’envisager la patrie de la movida avec la même bienveillance. C’Est Ainsi Que L’Eté Peut Faire Mal, proclame le titre du deuxième album de Migala, sextet sudiste signé sur le label Acuarela. Alors que l’année dernière, leur premier essai, Diciembre 3 A-M était passé inaperçu, il n’y a aucune raison que Asi Duele Un Verano subisse la même injustice. Parce que tout de suite, on s’y sent chez soi. Une production humaniste qui privilégie la chaleur de l’acoustique, une voix grave et belle d’homme triste, qui évoque autant les Tindersticks (avec plus de sangria que de bourbon) que Kurt Wagner de Lambchop, une instrumentation hétéroclite et classieuse (violon, piano, guitare sèche, Theremin...) et des amis sûrs, tels Will Oldham, que Migala aura accompagné lors de sa tournée espagnole, ou Pascal Comelade, évoqué sur quelques interludes. Surtout, Migala possède des chansons aux mélodies sublimes (Low Of Defenses, Guetaria, The Whale...) et prouve qu’il existe en son sein un songwriter au talent indéniable. Cette merveille sans distribution française pour le moment est donc à traquer absolument. Fans de "bodega, bodega", s’abstenir.

Hervé Crespy dans magic!  n°26 de janvier 1999
© 1999 magic. Tous droits réservés.

Qui n'en a fait le (blind) test ? Difficile, pour ne pas dire impossible, de réprimer un sourire moqueur à la simple évocation de l'entité "rock espagnol" qui, selon nombre de mélomanes, fait figure, au même titre que "musique militaire", de définitive contradiction dans les termes et offre une inépuisable matière à plaisanteries. Mais, dans le cas présent, terminada la rigolada : por favor, amigos, si Migala vous accoste, topez là. A peine franchi le cap, de plus en plus souvent décisif, de la prise de contact, l'(excellente) affaire est entendue : devant le charme altier de cette grande musique de nuit, infiniment racée et puissamment hypnotisante, l'on ne peut que tomber à la renverse et ne plus vouloir jamais se relever. Faire un inventaire détaillé de la collection de bijoux recelés à l'intérieur d'Así Duele Un Verano contraindrait à énumérer le track-listing dans son entier. Car il n'y a pas, vis-à-vis de ces satanées merveilles, de plus défendable position à adopter ­ hormis sans doute celle consistant à offrir le disque en accompagnement de la chronique (il faudra bien que la réalité finisse par ressembler à nos rêves, aussi improbables soient-ils). A défaut, l'on s'ingéniera pour l'heure à communiquer vaille que vaille par nos maigres mots l'indicible beauté du deuxième album ­le premier distribué en France ­ d'un groupe déjà important. Un groupe qui, dès le terrassant The Whale, fait se croiser, au carrefour où Robert Johnson rendit son âme au diable, la sensualité cotonneuse de Mazzy Star et le cafard 100 % pur malt du Tom Waits façon Blue Valentine. Un groupe dont l'impressionnante précision orchestrale n'a d'égale que la poignante âcreté du chant ­ le chant (en anglais), beau comme celui du cygne, d'un crooner écroulé mais toujours digne et raide comme la justesse. Un groupe qui s'approprie avec un panache sidérant tout un pan du rock anglo-américain contemporain (il tourne régulièrement avec Will Oldham), allant des Tindersticks aux Supreme Dicks en passant par Calexico et l'indépassable Smog de Kicking A Couple Around, et l'enrichit de sa fébrile touche personnelle, touche qui n'est naturellement autre que la touche même du roi Midas. Comment ne pas y croire ? Cette musique sans âge, donc promise à l'éternelle jeunesse, nous suivra dans notre tombe. Poussière d'or elle est, poussière d'or elle redeviendra.

Jérôme Provençal dans Les Inrockuptibles 10 novembre 1999
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